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Bourse : Poutine rebat les cartes par rapport à ses voisins européens

L’isolement de la Russie et de Vladimir Poutine pose surtout le problème de l’inflation des matières premières.

Poutine
Vladimir Poutine

Le célèbre proverbe boursier selon lequel il est conseillé « d’acheter au son du canon » va-t-il se vérifier avec l’opération militaire de Vladimir Poutine déployée en Ukraine ? C’est possible une fois passée l’effet de panique lié à la sidération de la décision prise par le président russe. Concrètement, l’indice CAC 40 a déjà perdu près de 9% depuis les premiers bruits de bottes observés le 10 février (le marché valait à l’époque 7156 points). La rupture graphique du support des 6721 points sur lequel le marché a longtemps ricoché n’est pas une bonne nouvelle et constitue le signal d’une accélération à la baisse du marché parisien.

Pour l’instant, il a testé à l’ouverture de la séance du 24 février un premier seuil à 6455 points. Il est fort probable que l’objectif des 6296 points soit atteint au cours des prochaines semaines. La panique est toutefois rarement bonne conseillère. D’après l’étude d’une vingtaine d’événements militaires (y compris celui de Pearl Harbour pendant la seconde guerre mondiale), les stratégistes de LPL Financial ont observé en moyenne une baisse de l’ordre de 5% de l’indice S&P500 et surtout que Wall Street avait effacé son trou d’air en l’espace de 50 jours. Un constat partagé par Emmanuel Cau de chez Barclays pour qui les marchés actions ont renoué avec le chemin de la hausse six mois plus tard.

Peu d’entreprises pénalisées directement par le conflit russe

Sur un plan économique, l’isolement de la Russie pose surtout le problème de l’inflation des matières premières (pétrole et gaz), sachant que l’ancienne république soviétique exporte 40% du gaz en Europe et est le deuxième exportateur au monde d’or noir. Même constat sur les prix des céréales et des métaux (aluminium et nickel) dont certains sont stratégiques pour la voiture électrique par exemple.

Machiavélique, Vladimir Poutine joue sur la dépendance énergétique de l’Europe et l’inflation alimentaire pour imposer ses vues à ses voisins européens. Pour le reste, les échanges avec la Russie sont limités (les exportations européennes sont limitées à 1% du PIB). À part quelques sociétés comme Société Générale, Renault, Tarkett, Exel Industrie ou Danone, l’effet du conflit russe devrait peu pénaliser les entreprises en direct. En revanche, le conflit provoqué par Vladimir Poutine entraînera un ralentissement de la croissance mondiale (1 point en moins) et de la dynamique européenne (-1,8 point).

Des banques centrales de nouveau accommodantes

De quoi inciter, et c’est la bonne nouvelle (si l’on peut dire), les banques centrales américaine et européenne à tempérer leur stratégie récente d’accélérer la normalisation de leur politique monétaire pour combattre une inflation bien réelle mais en partie liée aux effets temporaires de l’envolée des prix de l’énergie provoquée par la Russie. Les réunions de la BCE le 10 mars et de la Fed (les 15 et 16 mars) devraient apporter des premiers éléments de réponse. Il y a fort à parier que la Réserve fédérale américaine se montre moins agressive dans le premier relèvement de ses taux directeurs (un demi-point était évoqué il y a quelques semaines) et qu’il ne soit plus question de réduire les bilans. Le rendement des emprunts d’État à dix ans devrait alors refluer et apporter des éléments de soutien aux actions grâce à une prime de risque plus favorable aux placements à risque.

Retour en grâce des valeurs de croissance

Pour autant, les investisseurs devraient reconsidérer leurs choix d’investissement du début d’année. Exit la thématique des valeurs sensibles au cycle économique et des financières comme les banques et les compagnies d’assurance. Typiquement les sociétés industrielles comme Saint-Gobain, Manitou, le secteur automobile, les médias (Publicis, TF1), le tourisme (Accor) ou les valeurs financières (Société Générale, BNP-Paribas, Crédit Agricole, Axa) sont à alléger. En revanche, les actions dites défensives et de croissance, qui avaient déjà beaucoup baissé depuis le début de l’année et qui sont sensibles à l’évolution des taux d’intérêt, devraient mieux de comporter une fois l’effet de panique passé grâce à la forte visibilité de leur profil de croissance.

Le phénomène s’est vérifié avec la crise sanitaire et devrait jouer encore cette fois-ci avec le conflit militaire. Des actions comme LVMH vers 600 euros, Hermès vers 1100 euros, L’Oréal vers 310 euros dans le luxe, Dassault Systèmes (autour de 37 euros), Teleperformance (300 euros), Capgemini (vers 170 euros) dans le compartiment des valeurs technologiques ou même Schneider Electric (à moins de 130 euros) vont commencer à redevenir intéressante à acheter dans une perspective de moyen terme. Enfin, l’or mérite plus que jamais une place dans les portefeuilles (5% des encours) en guise de protection.