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Des ETF pour un investissement durable

L’investissement ESG se développe rapidement. Si cette méthodologie a pris son essor dans la gestion active de fonds, elle a désormais conquis le monde des ETF. Panorama d’une offre en pleine croissance.

Les stratégies financières utilisant des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) sont en plein boom depuis quelques années. « Ce sujet devient crucial pour les investisseurs, notamment sous l’effet de l’inquiétude croissante autour du changement climatique », explique Etienne Vincent, responsable de la stratégie quantitative et du marketing de la société de gestion Ossiam. Et cette approche s’étend rapidement des fonds classiques vers les ETF (Exchange Traded Funds ou trackers).

« Plusieurs raisons expliquent la forte croissance des ETF ESG, explique Arnaud Gihan, responsable de l’activité iShares de BlackRock pour la France. D’abord, l’investisseur peut choisir entre divers types d’offres en fonction de ses convictions et bénéficier d’une approche restant constante dans le temps. Et surtout, la performance de ces stratégies a fait preuve de résistance cette année, ce qui illustre la surreprésentation des valeurs de qualité. »

Comment l’offre évolue ?

Les crises sont souvent des accélérateurs de tendances et celle du Covid-19 ne semble pas faire exception. Depuis le début de l’année, la flopée d’ETF répondant à des critères ESG lancés en 2018 et 2019 a largement trouvé son public. « A la fin de septembre 2020, les ETF ESG représentaient environ 100 milliards de dollars d’actifs gérés dans le monde dont 64 milliards en Europe », indique Arnaud Gihan. Et sur ces 64 milliards, la collecte depuis début 2020 s’élève à 27 milliards. » Autrement dit, les encours ont quasiment doublé ces derniers mois.

Tous les ETF ESG ne se ressemblent pas, certains ayant un univers d’investissement très large quand il est plus restreint pour d’autres. « On peut distinguer trois types de stratégies parmi les ETF ESG, explique Antoine Lesné, responsable stratégie et recherche de la plate-forme SPDR ETF pour la région Europe, Moyen-Orient etAfrique chez SSGA. Certaines vont se contenter de « screener » [passer à travers un crible] – les indices pour en exclure des sociétés controversées,d’autres vont privilégier les meilleures valeurs sur le plan ESG dans chaque secteur et, enfin, d’autres encore, cibler une thématique particulière, comme la réduction de l’intensité carbone, par exemple. »

Dans la première catégorie, SPDR ETF propose ainsi un produit très lisible et relativement basique dénommé SPDR S&P 500 ESG Screened. Comme son nom l’indique, cet ETF part de l’indice du marché américain S&P 500, dont il exclue simplement les sociétés exposées à des activités contestées (tabac, charbon, armes à feu civiles et armes controversées) et celles qui contreviennent aux règles éthiques mises en avant par le Pacte mondial des Nations-Unies. Ici, seules 30 valeurs sur les 500 de l’indice de base sont supprimées, avec à la clé un écart de performance assez limité.

D’autres produits vont aussi partir d’un indice de marché assez large mais pousser plus loin la sélection, en accordant une pondération supérieure aux valeurs bien notées sur le plan ESG, voire en filtrant davantage l’univers de départ et en ne gardant que les meilleurs élèves, quitte à accepter de changer la répartition sectorielle initiale. « Nous proposons huit ETF ESG, explique Houda Ennebati, responsable de la distribution ETF de DWS pour la France. Nos cinq stratégies actions se fondent sur la recherche ESG de la société MSCI et suivent la même méthode sur cinq zones (Europe, Japon, marchés émergents, monde, USA). D’un côté, sont retenues les meilleures valeurs après application d’un filtre ESG ; de l’autre, nous constituons une sélection permettant de réduire de plus de moitié l’empreinte carbone du portefeuille. L’indice final ne retient que les valeurs communes aux deux groupes. »

Ainsi, le fonds « monde » ne va inclure que 625 valeurs sur les 1601 que contient l’indice de départ (MSCI World). C’est en démontrant une véritable sélectivité de leur approche ESG que certains fonds indiciels peuvent espérer, au même titre que les fonds actifs, être reconnus par le label ISR promu par les pouvoirs publics français : tel est le cas d’une quinzaine d’ETF émis par BNP Paribas, iShares, Lyxor ou Ossiam. Cette dernière société avance un argument intéressant pour justifier le mariage des formats ETF et ESG, que l’on imagine plus volontiers l’affaire de gérants actifs. « Les entreprises publient de plus en plus de données ESG, remarque Etienne Vincent. Cela favorise la gestion quantitative, particulièrement pour les stratégies dont l’univers d’investissement est mondial. » Ossiam a ainsi lancé un fonds actions monde qui utilise les technologies d’apprentissage automatique (machine learning) pour choisir ses investissements. « L’ETF a été lancé en 2018 sur la base d’un projet de recherche démarré en 2016, rappelle Carmine de Franco, responsable de la recherche fondamentale d’Ossiam. La machine a pour but de détecter, à partir des données ESG, les forces et les faiblesses de la stratégie des entreprises et de les classer en opportunités ou valeurs à risque. »

Il serait difficile, voire impossible, de mettre en œuvre une telle sélection avec des moyens purement humains : il s’agit en effet d’analyser environ 1 000 points de données sur 2 000 sociétés, ce qui est considérable. Avec ce type d’indice « intelligent », les ETF ESG évoluent vers des stratégies capables de se différencier nettement des grands indices de marché. Mais on voit aussi des produits qui privilégient un angle thématique spécifique, qu’il soit environnemental ou social. Certains thèmes sont extrêmement larges, comme celui de l’égalité femmes-hommes, qui s’applique à tous les secteurs économiques, un filtre utilisé notamment par un ETF actions monde de Lyxor. D’autres critères ESG sont beaucoup plus resserrés, comme ceux ciblant des sociétés actives dans les énergies propres ou la ville connectée. Par exemple, l’ETF d’iShares sur ce dernier aspect est investi à plus de 85% sur trois secteurs (industrie, technologies de l’information et immobilier). Urgence climatique oblige, la thématique de la réduction de l’empreinte carbone est présente dans bon nombre d’ETF, notamment ceux qui suivent les critères des deux familles d’indices « climat » définies par l’Union européenne : les indices « transition climatique » (Climate Transition Benchmark ou CTB) ou ceux, plus exigeants, alignés sur l’Accord de Paris (Paris Aligned Benchmarks ou PAB). Lyxor a notamment développé une gamme importante sur le sujet.

Qui achète des ETF ESG?

Historiquement, le marché des fonds indiciels a été créé en Europe pour séduire les investisseurs particuliers, mais ce sont en réalité les investisseurs institutionnels qui l’ont préempté. Cela reste vrai pour les ETF ESG. « Au plus fort de la crise du Covid-19, on a enregistré une décollecte
massive sur les ETF européens. Ainsi, entre le 24 février et le 25 mars, 36 milliards d’euros ont été retirés de ces produits. Pourtant, même dans cette période, les ETF ESG ont enregistré une collecte positive de 1,7 milliard. Lorsque les investisseurs qui sont sortis des indices classiques se sont repositionnés, ils sont souvent revenus sur des produits ESG, réalisant ainsi la migration qu’ils prévoyaient d’effectuer depuis un certain temps
», estime François Millet, responsable ESG, stratégie et innovation de Lyxor ETF. Mais un rééquilibrage se fait jour auprès des particuliers. Les ETF sont de plus en plus utilisés par les banques privées pour constituer des allocations à destination d’une clientèle fortunée. Et parallèlement, l’on voit de plus en plus souvent cette famille de fonds s’inviter dans des contrats d’assurance vie en ligne accessibles à un très large public. On en trouve ainsi une quarantaine dans le contrat Kompoz que vient de lancer le courtier Sicavonline, dont l’ETF « low carbon » de BNP Paribas AM. Si Les ETF ESG ont de beaux jours devant eux, c’est aussi qu’ils cumulent la transparence propre aux fonds indiciels avec des préoccupations environnementales ou sociales : exactement de quoi séduire la génération Y (les 25-40 ans), dont le patrimoine financier va aller croissant. Si la génération des baby-boomeurs est aujourd’hui celle qui détient la plus grande part du patrimoine des ménages, une étude de Cerulli Associates, mentionnée dans une récente analyse de SPDR sur l’investissement ESG, évalue à 48 000 milliards de dollars les sommes qui vont être transférées de cette génération aux suivantes dans les vingt-cinq prochaines années par le biais de l’héritage. Des montants gigantesques vont arriver aux mains d’investisseurs beaucoup plus friands de ces nouveaux outils.

Quel potentiel de performance ?

Bien sûr, il ne suffit pas que des produits financiers apparaissent modernes et séduisants. Encore faut-il qu’ils soient performants. A ce titre, les ETF ESG bénéficient d’un premier atout: une tarification avantageuse. « L’approche ESG n’engendre pas de surcoût notable pour les clients des ETF, note Bertrand Alfandari, responsable du développement ETF de BNP Paribas AM. Selon le fournisseur de données ETF GI, à la fin d’août 2020, les frais de gestion annuels moyens sont de 0,27% sur les ETF ESG cotés en Europe. » On est ainsi plus proche du coût des ETF classiques que de celui des fonds actifs, où les frais de gestion annuels avoisinent souvent les 2%. La stratégie ESG ne coûte donc pas nécessairement cher, surtout appliquée à un format comme celui de l’ETF, pour lequel le type de gestion est systématique, c’est-à-dire que la sélection des titres, effectuée sur des critères objectifs, fait certes l’objet d’une révision périodique – tous les semestres, tous les ans – mais non pas permanente, à la différence d’une gestion active, forcément plus consommatrice de moyens humains, donc plus onéreuse. Mais il y a mieux encore. La période récente, et particulièrement cette année 2020 très chahutée par la crise du Covid-19, a apporté des éléments intéressants sur la qualité des performances que l’on peut espérer du filtre ESG. Chez DWS, la stratégie ESG assez exigeante décrite plus haut, appliquée de manière similaire sur cinq zones géographiques, surperforme les indices classiques partout. Sur les marchés émergents, la performance annualisée, arrêtée au 31 août dernier, est de 11,33% sur les cinq dernières années, soit 2,67 points de mieux. Répété sur une longue période, un tel écart est bien plus impressionnant qu’il n’y paraît. Même sur le marché américain, très difficile à battre, la stratégie ESG a fait légèrement mieux que l’indice MSCI USA. Et ce constat est largement partagé. « Au sein de notre gamme d’ETF, plus de 85% des indices ESG-ISR répliqués font mieux que les indices équivalents n’ayant pas de filtre ESG, sur un an comme sur trois ans, note Bertrand Alfandari, pour BNP Paribas AM. Les exceptions – deux indices sur quatorze – concernent les indices MSCI SRI sur les marchés émergents et, dans une moindre mesure, sur les small caps. Dans ce dernier cas, l’ETF fait certes moins bien que son indice sur un an, mais mieux sur trois ans. Cette surperformance n’est passurprenante, car l’approche ESG s’apparente à la recherche d’un indice intelligent, de meilleure qualité que l’indice de base. »

Il y a une autre manière de le dire : en s’intéressant à des paramètres extrafinanciers, l’investissement ESG s’écarte des éléments de court terme comme les résultats financiers trimestriels pour s’intéresser à des facteurs de performance de long terme des entreprises. Dans des périodes de marché troublées, cela peut faire la différence.

Quelles stratégies adopter?

On l’a vu, les ETF ESG sont plus ou moins typés, de ceux qui vont seulement exclure quelques mauvais élèves à ceux qui vont explorer une mégatendance économique en cherchant à sélectionner les futurs vainqueurs. Classiquement, un investisseur institutionnel, qui va être jugé en fin d’année sur sa performance par rapport à celle de son marché de référence, peut avoir tendance à ne pas prendre trop de risque par rapport à son indice de référence. Un épargnant n’aura pas nécessairement le même souci, surtout s’il investit pour un objectif de long terme comme la retraite. Et il peut écouter sa sensibilité : comme les fonds classiques, les ETF sont des OPCVM et en tant que tels, sont contraints de fournir à l’investisseur un « document d’information clé », le Dici, pas toujours digeste mais, au moins, synthétique. On y trouvera par exemple des informations sur les secteurs exclus par l’indice que suit l’ETF. Mais attention : il reste important pour le particulier de bien distinguer entre les produits très diversifiés et ceux de « niche », plus exposés au risque. « Sur notre gamme de vingt-deux ETF en Europe, quatre utilisent une stratégie ESG, indique Alfred Le Léon, responsable de la distribution ETF de JP Morgan AM en France. Ce sont des produits investis en actions de grandes capitalisations et destinés à être utilisés comme cœur de portefeuille. Ils visent à surperformer régulièrement les indices avec une prise de risque limitée et un cadre ESG robuste. » Ici, on cherche à battre un indice de marché large, sans prise de risque excessive, grâce à une plateforme d’analyse financière, et le filtre ESG n’est pas le plus exigeant: il s’agit de récompenser les meilleurs élèves en leur accordant un poids supérieur, et en excluant seulement les entreprises aux activités très controversées.

A l’inverse, des ETF thématiques très ciblés sur les énergies renouvelables, comme iShares Global Clean Energy ou Lyxor New Energy, vont avoir un potentiel de performance bien plus important que les indices classiques globaux, comme ils l’ont prouvé récemment, mais leur forte concentration sectorielle en fait aussi des produitsplus risqués en casde retournement de marché. Ce sont des fonds à utiliser en diversification plus qu’en cœur de portefeuille. Entre ces deux extrêmes émergent des fonds indiciels aux thématiques plus larges, comme le critère de l’égalité femmes-hommes, dépourvu de biais sectoriel notable. On peut aussi donner une coloration « responsable » à un portefeuille sansprisede risqueparticulière. Par exemple, l’ETF de BNP Paribas ciblant les sociétés qui favorisent l’économie circulaire reste focalisé sur des grandes capitalisations, en privilégiant les secteurs de la consommation, de l’industrie et de la technologie, principalement. Une vraie sélection de valeurs, mais effectuée sur des critères extrafinanciers.