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Le taux français à 10 ans repasse au-dessus de 0%, pour la première fois depuis juin 2020

Le taux d’intérêt sur la dette française à dix ans est repassé jeudi en territoire positif pour la première fois depuis juin 2020, reflétant des craintes inflationnistes toujours vives aux États-Unis, malgré les propos rassurants du président de la Fed.

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Crédit : Istock.

Le taux à dix ans sur le marché français secondaire, le marché « de l’occasion » où s’échange entre investisseurs la dette déjà émise par les États, évoluait à 0,014% vers 12H40 (11H40 GMT), selon le fournisseur de données financières Bloomberg. C’est la première fois depuis le 10 juin 2020 que cette échéance de référence, très surveillée pour les comparaisons internationales, évolue au-dessus de la barre symbolique de 0%. Elle était descendue au plus bas en clôture jusqu’à -0,38% le 11 décembre dernier.

Le marché « dans une période d’incertitude »

Les taux se tendaient aussi à l’échelle internationale. Le « Bund », le taux allemand à dix ans, référence en zone euro, évoluait à -0,25%, niveau inédit depuis fin mars 2020, pendant que le taux américain montait jusqu’à 1,44%, un nouveau plus haut depuis un an.

« Le marché reste dans une période d’incertitude », commente Christopher Dembik, directeur associé chez Berenberg, observant qu’une poursuite de la hausse du taux américain au-dessus du seuil psychologique de 1,50% pourrait enclencher une chute des actions. La hausse des taux sur les marchés obligataires encourage les investisseurs à se délester d’actions pour acquérir des obligations d’État, devenues plus rémunératrices.

Rachats massifs de dette publique

Les taux d’intérêt des pays développés ont plongé depuis l’an dernier en raison des programmes de rachats massifs de dette publique des banques centrales, principalement américaine et européenne, afin de soutenir les États qui doivent massivement emprunter en période de crise économique liée à la pandémie de Covid-19.

Ces programmes de soutien ont permis de ne pas voir s’envoler les taux d’emprunt réclamés par les investisseurs lorsque les dettes publiques ont fortement augmenté partout en Europe, dépassant les 116% pour la France, et ont permis d’éviter par là même une crise des dettes souveraines comme au tournant des années 2010.

Aujourd’hui, l’Allemagne est l’un des rares grands États au monde à voir sa dette à dix ans s’échanger à taux négatifs, avec entre autres les Pays-Bas et la Belgique. Mais en décembre, l’Espagne et le Portugal avaient eux aussi vu cette maturité de leur dette publique passer brièvement pour la première fois en territoire négatif. La France sera restée neuf mois dans cette catégorie.

Craintes d’une inflation non maîtrisée

Depuis ces reculs historiques, la perspective d’une relance budgétaire de 1.900 milliards de dollars aux États-Unis, s’ajoutant à plusieurs plans de relance déjà mis en place, le déploiement progressif des vaccins contre le Covid-19 et le retour anticipé de la croissance font craindre une inflation non maîtrisée, surtout outre-Atlantique.

Le patron de la banque centrale américaine Jerome Powell a tenté de rassurer cette semaine, affirmant que l’institution maintiendrait ses taux bas tant que l’inflation ne dépasserait pas durablement 2% et que ce seuil ne serait pas atteint avant trois ans. 

Le PCE, l’indice favori de la Fed pour mesurer l’inflation, a avancé de 0,4% en décembre sur un mois mais ne s’est établi qu’à +1,3% sur l’année tandis qu’en zone euro l’inflation est redevenue positive en janvier après cinq mois négatifs, à +0,9% sur l’année.