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Guerre en Ukraine : Société Générale va se retirer de Russie

Cette annonce de retrait a été qualifiée de « positive » par les analystes de RBC, qui soulignent également l’impact « gérable » de l’opération pour la banque.

guerre en Ukraine

Six semaines après le début de l’invasion de l’Ukraine, Société Générale a annoncé lundi mettre fin à ses activités en Russie via la cession de la totalité de sa participation dans Rosbank. Très impliquée dans le pays, la banque française était exposée à hauteur de 18,6 milliards d’euros, dont 15,4 milliards pour Rosbank, poids lourd du secteur bancaire russe dans lequel elle était actionnaire majoritaire. Vers 10H15 à la Bourse de Paris, le titre Société Générale prenait plus de 5,90% dans un marché en hausse de 0,44%.

« Au terme de plusieurs semaines de travail intensif », le groupe a annoncé lundi matin dans un communiqué avoir signé « un accord » avec le fonds d’investissement russe Interros Capital « en vue de [lui] céder la totalité de sa participation » dans Rosbank ainsi que ses filiales d’assurance en Russie – une cession qui aura un impact négatif de 3,1 milliards d’euros dans ses comptes.

Société Générale a eu des discussions avec d’autres candidats à la reprise, précise à l’AFP une source proche du groupe. Interros, qui est également le précédent actionnaire de Rosbank, est un des plus gros fonds du pays. Il détient des actifs dans l’industrie lourde et métallurgie, notamment dans la société Nornickel et dans le secteur pharmaceutique (Petrovax). Il a été fondé par Vladimir Potanine, 61 ans, l’un des oligarques les plus puissants et connus de Russie. Proche de Vladimir Poutine, il était en 2021 la deuxième personnalité la plus riche de Russie avec une fortune estimée à 27 milliards de dollars, selon le magazine Forbes.

Dans un communiqué séparé, Interros a précisé lundi que « les conditions de l’accord ont été approuvées par la commission gouvernementale du contrôle des investissements étrangers dans la Fédération de Russie ». Il indique que la conclusion de la transaction doit avoir lieu d’ici quelques semaines, après « réception de toutes les autorisations nécessaires des organes de régulation ».

Un impact négatif de 3,1 milliards d’euros

« Interros a l’intention de faire le maximum d’efforts pour développer Rosbank », et son « objectif le plus important est de préserver la stabilité de Rosbank, ainsi que de créer de nouvelles opportunités pour ses clients et ses partenaires », a déclaré Vladimir Potanine, cité dans le communiqué.

Dans un communiqué sur Telegram, Rosbank a affirmé pour sa part être « certain » de la stabilité du groupe grâce à son « expérience » et au recours continu à une « expertise internationale ». Il assure aussi avoir une « grande résistance » aux turbulences économiques grâce à une « politique de risque réfléchie » et à la détention d’un « portefeuille de prêts équilibré et une base de liquidité diversifiée ».

Dans les comptes de Société Générale, cette cession, si elle se réalise, « devrait conduire » à un impact négatif de 3,1 milliards d’euros, soit 2 milliards de « dépréciation de la valeur nette comptable des activités cédées », et 1,1 milliard d’ « élément exceptionnel », précise la banque française. 

« Avec cet accord, le groupe se retirerait de manière effective et ordonnée de Russie en assurant une continuité pour ses collaborateurs et ses clients », met en avant le communiqué.

Début mars, le groupe bancaire s’était dit « tout à fait en mesure » de résister à une éventuelle perte de contrôle de Rosbank. Son directeur général Frédéric Oudéa avait insisté sur la gestion autonome de la filiale. Cette annonce de retrait a été qualifiée de « positive » par les analystes de RBC, qui soulignent également l’impact « gérable » de l’opération pour la banque.

En parallèle, sa filiale de leasing automobile ALD a annoncé qu’elle ne conclura pas de « nouvelles transaction commerciales » en Russie, au Kazakhstan et au Bélarus, en attendant que les contrats de location en cours prennent fin. Société Générale a tenu à « confirmer l’ensemble de sa politique de distribution » au titre de son exercice 2021, à savoir le dividende de 1,65 euro par action – qui sera soumis au vote de l’assemblée générale des actionnaires le 17 mai, ainsi que son programme de rachat d’actions annoncé pour un montant d’environ 915 millions d’euros.