Ce que les introductions en Bourse ont rapporté aux épargnants… et ce qu’il faut attendre de celle de la FDJ

Si de nombreuses études montrent qu’investir lors d’une introduction en Bourse n’est pas une bonne affaire, des exceptions existent. Reste à savoir si la FDJ, qui devrait se coter à partir du 7 novembre, fera partie des rares cas porteurs.  

Dans le cas de la FDJ, l’Etat a des arguments pour faire adhérer les investisseurs particuliers : notamment une décote de 2% sur le cours d’introduction. Crédit : Istock

En matière d’investissements lors d’une introduction en Bourse, il y a deux écoles ! D’un côté, il y a les optimistes, prêts à se lancer dès l’annonce d’une nouvelle opération et de l’autre, il y a les sceptiques difficiles à convaincre. Impossible de dire dans quel camp vont se ranger les investisseurs particuliers dans le cadre des introductions en Bourse à venir, notamment celle de la Française des Jeux (FDJ) qui doit débuter le 7 novembre prochain. Mais pour vous faire une idée, voici quelques éléments.

Investir lors d’une introduction en Bourse peut rapporter gros…

Statistiquement, des études ont montré que si vous participez à toutes les introductions en Bourse sans exception aux Etats-Unis, vous gagnez de l’argent à court terme. D’après Jay Ritter, professeur de l’université de Floride, le rendement moyen du premier jour de cotation des sociétés américaines s’élevait à 18 % entre 1980 et 2018. Ce chiffre cache toutefois d’importantes disparités qui se remarquent encore aujourd’hui. Le cours d’Uber a par exemple perdu 7% le jour de sa cotation le 10 mai 2019 alors que celui de Levi Strauss, qui a retrouvé le chemin de la Bourse le 21 mars 2019, a flambé de 32%.

Et attention, le marché américain reste difficilement comparable aux autres places boursières. Les investisseurs y sont beaucoup plus nombreux et les nouvelles cotations plus dynamiques qu’ailleurs. En Europe, on compte seulement 72 opérations depuis de le début de l’année à mi-octobre, soit une baisse de 60 % par rapport à la même période en 2018. En France, les introductions se comptent même seulement sur les doigts de la main en 2019 (voir tableau). Parmi elles, certaines ont été porteuses le premier jour comme celle du fabricant d’emballages en verre Verallia dont le cours a grimpé de 4% le 4 octobre. Mais sur plus longue période les résultats sont souvent décevants.

… surtout aux banquiers conseils et vendeurs

Sur longue période, les introductions en Bourse sont bien plus rentables pour les banquiers conseils et les vendeurs (entrepreneurs, actionnaires historiques) que pour les investisseurs en Bourse. De nombreuses études ont démontré que l’achat d’actions lors de l’introduction en Bourse n’était pas le meilleur point d’entrée. Une étude réalisée, en 2005 et portant sur un historique de plus de 30 ans, par le professeur Jeremy Siegel de l’Université de Pennsylvanie démontre que si vous achetez des actions lors de chaque introduction en Bourse et que vous le conservez longtemps, vous ne parvenez pas à faire mieux que les indices boursiers.

Plus récemment, des chercheurs de l’université Paris-Dauphine sont également parvenus à la même conclusion. Il suffit d’ailleurs de regarder la performance des sociétés qui se sont cotées en Bourse par le passé. Certes, les investisseurs qui ont misé dès le départ sur Walmart ou Apple aux Etats-Unis ont été chanceux. Mais il est difficile de reproduire les mêmes résultats dans l’Hexagone. Les sociétés françaises qui se sont introduites en Bourse il y a cinq ans, perdent en moyenne de 7% alors que le CAC 40 progresse de 39% (voir tableau). Il existe toutefois quelques exceptions, comme Euronext ou Worldline qui affichent des hausses spectaculaires de plus de 200% sur la période. Néanmoins, les cas gagnants sont très rares et difficiles à anticiper.

Un saut dans l’inconnu

Investir dans une introduction en Bourse revient en effet davantage à jouer au loto qu’à miser en fonction de fondamentaux solides. « Même si nous pouvons avoir à notre disposition, l’historique des comptes et des prévisions chiffrées, ces données ne sont pas aussi tangibles qu’un historique de publications de résultats », remarque un gérant. Ce phénomène incite donc à la très grande prudence. Les gérants d’actifs de convictions participent très rarement voire même jamais aux introductions en Bourse. « Je ne suis pas à l’aise pour investir lors d’une introduction en Bourse, tout simplement car je n’ai pas à ma disposition un historique financier suffisant pour déterminer si son prix est intéressant ou non », révèle Marc Renaud, fondateur de Mandarine Gestion. Pour remédier à cette situation, il est possible de se référer aux sociétés comparables d’un même secteur d’activité.

Des atouts à étudier pour la FDJ

Dans le cas de la FDJ, l’Etat a des arguments pour faire adhérer les investisseurs particuliers : décote de 2% sur le cours d’introduction, attribution d’actions gratuites après une période de détention. Reste à savoir si le prix initial sera attractif. « Compte tenu de sa volonté de faire appel à l’épargne populaire pour réussir l’introduction en Bourse de la FDJ, l’Etat devrait se montrer raisonnable sur la valorisation », estime Tangi le Liboux, stratégiste au sein d’Aurel BGC. En attendant d’avoir toutes les modalités à votre disposition pour vous faire une idée, seulement deux sociétés cotées dans le monde sont aujourd’hui vraiment comparables à l’activité de la FDJ à savoir Opap en Grèce et Tabcorp en Australie.

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