« L’Arabie Saoudite pourrait bien gagner son pari de faire fermer une partie de l’industrie pétrolière américaine »

Le pétrole se retrouve une nouvelle fois au centre de l’actualité et d’enjeux économiques et politiques. Stéphane Soussan, gérant de portefeuilles actions thématiques chez CPR AM, spécialisé notamment dans le secteur de l’énergie, nous les décrypte.

Les prix bas actuels du pétrole vont conduire les groupes pétroliers à réduire leurs investissements, ce qui aura un impact à la baisse sur la production future. Crédit: iStock.

Jusqu’à quel niveau les prix du pétrole peuvent-ils tomber ?

Stéphane Soussan : On peut envisager un baril approchant vingt dollars, soit le niveau de prix où il devient plus intéressant de fermer un puits plutôt que de poursuivre son exploitation.

Quelles sont les conséquences de prix aussi bas ?

Stéphane Soussan : Si l’on reste à des prix aussi bas, c’est la faillite qui attend l’industrie pétrolière.

Des prix aussi bas vont entraîner la fermeture de puits en cours d’exploitation, ce qui donc fera baisser la production actuelle. Mais ils vont aussi amener les producteurs à réduire leurs investissements, occasionnant un impact à la baisse sur la production future.

Quant à la demande, elle s’est effondrée par suite des mesures de confinement et de la mise à l’arrêt de l’économie. La baisse des prix ne devrait donc pas avoir d’effet.

Quels sont les enjeux de la guerre des prix entre la Russie et l’Arabie Saoudite ?

Stéphane Soussan : Depuis plusieurs années, l’Arabie Saoudite fait l’effort de réduire sa production pour équilibrer le marché, face à la hausse de la production américaine. Elle a demandé à la Russie de partager l’effort, ce que cette dernière a refusé.

L’Arabie Saoudite pourrait bien gagner son pari de faire fermer une partie de l’industrie pétrolière américaine. Cette dernière est en effet la grande perdante. D’ailleurs on observe déjà les premières faillites aux Etats-Unis.

Par défaut, l’Arabie Saoudite et la Russie pourraient donc ressortir gagnantes, avec un bémol néanmoins : ces deux pays sont très dépendants de leurs exportations pétrolières, ce qui, dans une économie mondiale à l’arrêt, est un facteur de fragilité.

Quels scénarios de sortie de crise peut-on envisager ? Quel niveau de prix anticipez-vous à moyen terme ?

Stéphane Soussan : On parle depuis quelques jours d’une baisse de production coordonnée entre l’Arabie Saoudite, la Russie et les Etats-Unis.

Avant la crise, l’industrie avait besoin d’un baril à 60-65 dollars le baril pour fonctionner correctement, c’est-à-dire être suffisamment rentable pour réinvestir. Un retour à ce niveau nécessiterait un doublement à moyen terme des prix actuels, ce qui est difficilement envisageable. Par ailleurs, des réductions de coûts auront sans doute lieu qui peuvent faire baisser ce plancher. On peut anticiper un baril entre 55 et 60 dollars d’ici à 2022.

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