« Les Gafam sont déjà dans le monde d’après » pour François Roudet

Les Gafam, ces grandes valeurs technologiques américaines si décriées de ce côté-ci de l’Atlantique, continuent d’engranger les bénéfices. Elles capitalisent à elles cinq près de 5.000 milliards de dollars. François Roudet, gérant chez Lazard Frères Gestion, nous explique pourquoi leur succès n’est pas prêt de s’arrêter.  

Pour François Roudet, gérant chez Lazard Frères Gestion, les Gafam modèlent notre façon de vivre et de travailler.

Pourquoi les valeurs techno américaines ont-elles si bien résisté à la crise sanitaire et boursière ?

François Roudet : Parmi les valeurs technologiques américaines, il faut faire une distinction entre les Gafam, que certains dénomment par un nouvel acronyme FANGAM en y ajoutant Netflix et Microsoft, des autres.

Ces valeurs représentent 20% de la capitalisation du S&P 500, qui concentre l’essentiel de la cote américaine, et agrègent une grande part des achats des investisseurs.

Elles ont mené le marché depuis le début de l’année, et cette situation s’est prolongée durant les turbulences boursières et lors du rebond qui est survenu ensuite. Elles sont devenues incontournables dans tous les portefeuilles des gérants.

Leurs résultats trimestriels se sont avérés meilleurs que ceux des autres groupes, même si certaines d’entre elles ont dû réviser à la baisse leurs prévisions de résultats. A l’image d’Apple pénalisé par la fermeture à la fois des boutiques et des usines en Chine. Mais le marché reste confiant dans la reprise rapide de son activité.

Facebook a aussi déçu avec une baisse des recettes publicitaires, ses principaux annonceurs comptant parmi les principales victimes de la crise, voyagistes, compagnies aériennes, etc. Mais dans le même temps, l’usage du réseau social s’est développé.

Toutes ces valeurs représentent à leur manière « le Nouveau monde ».

Prenons l’exemple d’Amazon, géant du commerce en ligne, dont les ventes ont été dopées durant la période de confinement, mais aussi premier acteur mondial dans le Cloud, technologie devenue indispensable pour le télétravail.

Microsoft qui s’est réinventé après le départ opérationnel de ses fondateurs propose aujourd’hui des solutions performantes pour les entreprises pour le Cloud avec Azure et pour les vidéoconférences avec Teams.

Et que dire de Netflix, qui a enregistré une hausse des abonnements au cours des dernières semaines et qui a transformé notre manière de regarder la télévision.

Les Gafam sont déjà dans le « monde d’après », au-delà de toutes considérations pour savoir s’il sera différent ou pas. A l’aune de la période que l’on vient de vivre, il est rationnel de penser que le travail sera de plus en plus délocalisé, qu’il y aura moins de voyages d’affaires, plus de conférences virtuelles, …

Ces entreprises s’inscrivent dans des tendances de croissance supérieures à celles des autres, dans la mesure où l’après sera pour elles une continuation de l’avant ; leur taille leur permet de générer des économies de masse ; leur puissance financière leur donne les moyens de procéder à des acquisitions de technologies nouvelles, et de se montrer innovantes, …

Seul bémol, les marchés surpaient aujourd’hui toutes ces perspectives. Apple par exemple se traite en termes de valorisation à son plus haut niveau historique. 

Le succès des Gafam ne doit pas occulter le très beau parcours de sociétés comme Nvidia, qui fabrique des cartes à puce et notamment des cartes graphiques, ou encore des fabricants de semi-conducteurs, portés par la numérisation croissante de l’économie et le développement de la domotique.

Sont-elles déjà (dans) le monde d’après ?

François Roudet : Clairement. Le monde d’après si l’on se fie à Wall Street sera un monde encore plus numérisé, avec moins de déplacements.

Le développement de l’informatique distribué, qui consiste à ne plus stocker les logiciels sur son ordinateur ou sur les serveurs de son entreprise mais dans des grands data centers devrait s’accélérer. Et profiter aux fournisseurs de cloud. 

Ce qui permettra aux petites entreprises d’avoir accès à des logiciels qu’elles n’auraient pas pu s’offrir autrement, en payant un abonnement ou à l’usage, et aux grandes de réduire leurs coûts.

Le télétravail qui a prouvé son efficacité durant le confinement et pour lequel les dernières réticences ont été levées, va se généraliser. Il se traduira par un accroissement des ventes d’ordinateurs individuels notamment.

Enfin, pour faire transiter toutes les données, les infrastructures devront être renforcées. Le déploiement de la 5G par exemple est appelé à fortement se développer.

Aucune de ces évolutions n’est vraiment révolutionnaire, elles existaient avant la crise, mais elles sont « évolutionnaires ». Elles font progresser l’activité de chacune des valeurs technos à un niveau supérieur.

Les Gafam n’en restent pas moins des entreprises disruptives. Elles modèlent notre façon de vivre et de travailler.

Quelles sont alors les nouveautés ?

François Roudet : Beaucoup d’entreprises s’attachent à transformer une partie des fonctions des entreprises.

Par exemple, Salesforce est le premier éditeur à distribuer des logiciels CRM (de gestion de la relation client) sur Cloud. Ces derniers permettent de donner le profil précis d’un client, d’établir son historique, de vous informer des relances à faire, ….

Dans le même ordre d’idées, ServiceNow, qui a fait ses premières armes dans la gestion de logiciels, propose des solutions de support informatique à distance via le cloud. La société résout les problèmes de votre ordinateur portable comme de votre téléphone mobile.

On peut aussi citer Workday, qui est spécialisée dans les applications cloud dans le domaine des ressources humaines, et Okta, qui permet de gérer les identités et les codes d’accès de l’ensemble des salariés d’une entreprise.

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