La crise du coronavirus menace le pouvoir d’achat des plus modestes 

Plusieurs signaux font craindre une chute importante du pouvoir d’achat des Français, rapporte Le Parisien, et une augmentation de la précarité.

Les marques distributeurs représentent fin avril 35,3% des produits vendus en grande distribution. Crédit : IStock.

Le PDG du groupe Système U parle d’une « crise terrible ». « À la rentrée, la préoccupation autour du pouvoir d’achat sera centrale », prévient Dominique Schelcher. Depuis quelques semaines, le patron du groupe de distribution alimentaire remarque que de plus en plus de gens raclent le fond de leur sac pour pouvoir payer leurs courses. « D’habitude, ils font ça plutôt à la fin du mois. Là, c’est le 15 » raconte-t-il au Parisien.

Selon l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), la perte de revenus pendant la période de confinement aura été de 410 euros en moyenne pour les millions de salariés au chômage partiel. Elle atteint même 600 euros selon le cabinet Xerfi. Les perspectives économiques laissent penser que le pire est devant nous, écrit le quotidien, entre les différents plans sociaux et les faillites d’entreprises.

Une « crise à deux vitesses »

Par ailleurs, les Français mettent de côté en prévision des jours difficiles. Le niveau record de collecte du livret A en avril, 5,4 milliards d’euros, est un signe. Il s’agit d’une « crise à deux vitesses » selon Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités. « 80 % des ménages ont été peu ou pas touchés et ont pu économiser faute d’aller au restaurant ou chez le coiffeur, mais 20 % environ ont été touchés de plein fouet » analyse-t-il. De plus, la fracture est très grande, selon lui, entre la classe moyenne « dont l’emploi reste stable et la France populaire, souvent la plus précaire, celle qui gagne un peu plus que le smic ». L’expert s’attend à une hausse de surendettement dès cette année.

À LIRE >> Quel rapport à l’argent post confinement pour les Français ?

Autre indicateur, l’achat de marques distributeurs, qui s’est envolé : réputées moins chères, elles représentent fin avril 35,3% des produits vendus en grande distribution, contre 32,7% en 2019. Le patron de Système U signale un gros succès des offres bradées de son groupe. Les discounters, délaissés au début de la crise sanitaire, sont plus fréquentés, à l’image de Lidl, où l’activité a fortement repris depuis le 11 mai, selon son directeur exécutif Michel Biero. Pour Emily Mayer, de l’institut spécialisé IRI, ce sont « des signes de la paupérisation de la consommation » apparus au fil du confinement.

Les associations caritatives craignent un afflux sans précédent

Les associations caritatives ont vu arriver une « population nouvelle » lors des distributions alimentaires ces dernières semaines. « ces étudiants qui vivaient de petits jobs » ou  encore « ces petits commerçants et autoentrepreneurs en manque de trésorerie », détaille Véronique Fayet, la présidente du Secours catholique. « Ce sont tous ceux qui ont basculé de la précarité à la vraie pauvreté, ceux qui s’en sortaient plus ou moins en enchaînant les CDD ou les missions d’intérim et pour qui tout s’est arrêté », signale-t-elle. Cet afflux supplémentaire, les Restos du coeur l’estime à 30% environ. « Il y a aussi des saisonniers qui devaient travailler dans des restaurants ou hôtels, ou des mères célibataires avec des enfants », explique Patrice Blanc, président de l’association fondée par Coluche. « Après la crise de 2008, nous avions eu pendant deux à trois ans, 25 % de personnes en plus aux distributions. Là, ça va être bien pire » craint le président des Restos du coeur.

Sur le même thème

consommateurs Coronavirus pauvreté Pouvoir d'achat

Réactions et commentaires

Sur la même thématique