Pour Arnaud Bisschop : « Jouer la thématique de l’eau signifie investir dans les entreprises qui apportent des solutions à ses grands enjeux »

Arnaud Bisschop, Associé-Fondateur chez Thematics Asset Management et Co-Gérant de la stratégie Eau, nous explique sur quels grands principes repose une stratégie d’investissement dans la ressource de l’eau.

Arnaud Bisschop, Associé-Fondateur chez Thematics Asset Management, suit pour son fonds dédié à la thématique de l'eau 250 sociétés dans le monde, dont 45 ont été placées dans son portefeuille.

Quels sont les grands enjeux de la problématique de l’eau ?

Arnaud Bisschop : L’eau possède la particularité d’être une ressource renouvelable, mais sans les attributs des autres commodités. Elle ne s’échange pas par exemple.
Plusieurs grands facteurs laissent augurer des perspectives de croissance importantes pour son utilisation.
En premier lieu, la démographie, et son corollaire, l’urbanisation croissante, engendrent un accroissement de la demande en eau. Les populations augmentent un peu partout dans le monde, et elles se regroupent dans les grandes villes. Ce phénomène nécessite de construire des infrastructures, d’assainissement, de traitement et d’acheminement d’eau potable, de transport, des logements, etc. Dans le cas contraire, se développent des bidonvilles, insalubres, avec tous les problèmes de santé que cette situation engendre.

La montée du niveau de vie des ménages dans les pays émergents se traduit par des changements dans leurs habitudes alimentaires. Ils adoptent le mode de vie occidental, et développent des besoins accrus en protéines animales. Or produire de la viande est jusqu’à 100 fois plus intensif en eau que la production de la même quantité de calories sous forme végétale.

Le développement économique constitue un autre facteur d’utilisation accrue de l’eau. Cette ressource concerne tous les secteurs de l’économie, de la construction à l’exploitation minière, en passant par la production de semi-conducteurs et la fabrication de véhicules électriques. Le secteur des semi-conducteurs connaît par exemple une croissance forte. Or, quand un acteur comme Intel décide d’implanter une usine quelque part, il regarde de multiples critères, et la disponibilité en eau et sa qualité figurent toujours dans le top 3 de sa liste.

Face à cet accroissement de la demande, la disponibilité de la ressource reste limitée à l’échelle locale. D’autant qu’il n’y a pas de sens économique à la transporter. La Californie emploie par exemple 20% de l’électricité produite pour déplacer l’eau du nord de l’Etat vers le sud. Il y a donc un besoin de protéger cette ressource rare, d’autant que sa pollution s’accroit. Pour y remédier, les réglementations envers les entreprises et les collectivités se durcissent, et imposent des contraintes sur la nature des rejets en eaux usées. Elles font l’objet en Chine par exemple de contrôles de plus en plus stricts.

Enfin, le changement climatique est dû à la trop forte concentration en CO2 de l’atmosphère, mais la manière dont chacun d’entre nous ressent le dérèglement climatique a un rapport avec l’eau, que ce soit via la multiplication des épisodes de sécheresse, de l’accentuation de la puissance des ouragans, de l’intensification des événements pluvieux qui engendrent des inondations, ou de la hausse du niveau des océans…

Comment peut-on jouer cette thématique en Bourse ? A travers quels types de groupe ?

Arnaud Bisschop : Jouer cette thématique ne signifie pas investir directement dans la ressource, mais dans les entreprises qui apportent des solutions aux grands enjeux évoqués précédemment.

Nous classons les entreprises dans trois grands segments d’activité.

Le premier concerne les infrastructures, et regroupe les entreprises qui construisent et exploitent les infrastructures de services d’eau : usines de production et réseaux de distribution d’eau potable, stations de traitement et réseaux de collecte des eaux usées. En France, il s’agit de groupes comme Suez et Veolia. Ce segment comprend également les sociétés qui fournissent les équipements pour construire ces infrastructures : tuyaux, pompes mais aussi membranes pour le recyclage des eaux usées.

Les modèles économiques diffèrent selon les zones géographiques, et il existe des opportunités partout dans le monde, au Brésil, en Chine, au Chili, au Royaume-Uni ou encore aux Etats-Unis.

Le deuxième segment comprend les sociétés focalisées sur « l’efficience de la demande en eau ». Il s’agit de fournisseurs de technologies qui permettent d’améliorer la qualité de l’eau, ou de réduire la quantité consommée. Figurent notamment dans cette catégorie les producteurs d’équipements qui vendent des systèmes de traitement de l’eau au robinet, – un nombre grandissant d’usagers des services publics de l’eau dans de grandes villes perdent confiance dans sa qualité -, ou des systèmes d’irrigation efficients pour les maisons des particuliers afin de réduire la consommation. Ces systèmes d’irrigation peuvent aussi s’adresser aux agriculteurs (à bien plus grande échelle !). Le secteur agricole est responsable de 70% de la consommation globale d’eau. En conséquence, certaines sociétés ont développé des technologies d’irrigation intelligente (avec la pose de sondes dans le sol) ou de goutte à goutte. L’objectif dans tous les cas est d’optimiser la consommation d’eau.

Enfin, le dernier segment se focalise sur les sociétés qui permettent de contrôler la pollution des ressources en eau. Il s’agit de sociétés qui traitent les déchets, en particulier les déchets dangereux, ce qui permet d’éviter la pollution des nappes phréatiques notamment. Ce segment comprend également des sociétés qui développent et opèrent des systèmes de contrôle de la qualité de l’eau.

Pouvez-vous nous donner des exemples de valeurs prometteuses ?

Arnaud Bisschop : Nous suivons 250 sociétés dans le monde, dont 45 ont été placées dans notre portefeuille. Nous les choisissons en fonction de leur business model, de leur management, de critères extra-financiers (ESG, …), mais aussi bien sûr en tenant compte de leur niveau de valorisation.

La société américaine Xylem, connues pour ses pompes dans le secteur de l’assainissement des eaux usées, a développé des pompes intelligentes, pilotées à distance, et qui consomment moins d’énergie. Elle offre aussi des solutions pour rendre les réseaux plus intelligents, en identifiant par exemple les fuites avant que les dégâts ne surviennent. Sachant que 80% de la valeur d’un système d’assainissement, c’est le réseau.

La société anglaise HomeServe offre des services d’assurance et d’assistance aux ménages pour tous les équipements de plomberie (mais aussi pour le gaz et l’électricité) après le compteur, renforcés récemment par la mise en œuvre des capteurs intelligents.

Enfin, la société Eurofins Scientific opère des laboratoires partout dans le monde, qui font notamment des analyses de la qualité de l’eau du robinet ou de la qualité des rejets des stations d’épuration. Dans ce cadre, dans le contexte actuel de lutte contre le coronavirus, Eurofins travaille en partenariat avec des collectivités pour développer un système d’alerte qui pourrait identifier des clusters de contamination, à travers le suivi de la concentration du virus dans les eaux usées.

Cet exemple est une parfaite illustration de la place de l’eau au cœur de nos vies de tous les jours.

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