Livret A : le vrai baromètre des inquiétudes des Français

Historiquement, le Livret A a toujours profité des moments de doute des ménages. L’année 2020 ne fait pas exception à la règle.

Généralement, la collecte du Livret A enfle à l'approche des crises. Crédit : iStock

Divers indicateurs permettent de mesurer le degré de confiance (ou d’inquiétude) des Français vis-à-vis des perspectives économiques. L’enquête de conjoncture réalisée par l’Insee auprès des ménages est certainement l’une des publications des plus connues en la matière. Mais aux côtés de ces travaux, un autre élément peut être mis à profit pour évaluer le moral des Français : le Livret A.

De fait, la collecte de ce support de précaution (plus que bicentenaire) peut être vue comme un véritable baromètre de l’état d’esprit de la population. En janvier 2009, alors que la crise financière battait son plein, le Livret a par exemple attiré la bagatelle de… 19 milliards d’euros d’argent frais. Certes, l’extension de sa commercialisation à tous les établissements n’y a pas été pour rien. Mais face à la crise, les Français ont aussi voulu jouer la carte de la sécurité. En témoigne d’ailleurs la forte collecte enregistrée au préalable sur l’ensemble de 2018 : 18,7 milliards d’euros, un record pour l’époque.

Le bas de laine des temps modernes

Autre exemple plus récent, en 2013. A l’époque, les Français ne redoutaient pas tant la crise que les conséquences de la réforme fiscale adoptée sous François Hollande. Face aux incertitudes, les ménages ont privilégié ce support défiscalisé lui apportant plus de 21 milliards d’euros en seulement cinq mois (de janvier à mai).

Il serait aisé de remonter le fil pour montrer avec d’autres cas à l’appui qu’à chaque choc, les épargnants ont pris l’habitude de se tourner vers l’épargne de précaution. Ceci est parfaitement compréhensible. Lorsqu’ils redoutent des turbulences, les Français se détournent des supports jugés contraignants ou à risque pour favoriser des produits offrant des garanties et une totale disponibilité du capital… quitte à tirer un trait sur le rendement. En résumé, le Livret A est devenu le bas de laine des temps modernes.

2020 a débuté sur les chapeaux de roues

L’année 2020 ne déroge bien évidemment pas à la règle. Depuis le début de l’année, sur fonds de crise du Covid-19, les épargnants ont déjà alimenté Livrets A et LDDS à hauteur de 22,4 milliards d’euros. Jamais depuis le début des années 2010, le démarrage n’avait été aussi spectaculaire. Tant et si bien qu’on peut se demander si le record annuel de collecte (49,2 milliards d’euros en 2012 sur les deux supports) ne va pas être rapidement battu.

A LIRE >>> Livret A: face à l’envolée de la collecte en mars, Bruno Le Maire alerte

Cela dépendra naturellement du sentiment que nourriront les Français dans les mois à venir face à la crise économique annoncée. Vont-ils entrevoir une éclaircie et se tourner vers des actifs plus dynamiques et productifs comme le souhaiterait le gouvernement ? Vont-ils au contraire continuer à jouer la carte de la prudence via le Livret A ? En tout cas, l’histoire récente comme l’histoire ancienne prouvent que l’arbitrage entre épargne de précaution et investissement ne se décrète pas. Les gouvernements ont beau appeler les particuliers à mobiliser leur épargne pour soutenir l’économie, ces derniers sont avant tout motivé par un autre critère : la confiance.

Sur le même thème

crise économique épargne Livret A Placements

Réactions et commentaires

Sur la même thématique