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5G : pourquoi il ne faut pas se précipiter

Alors que les enchères pour l’attribution des fréquences sont en cours, Orange s’apprête à dégainer ses forfaits 5G le 8 octobre. Et les lancements de nouveaux smartphones compatibles s’accélèrent. Avez-vous intérêt à souscrire ? Pas forcément….

A moins d’être perdu quelque part en pleine jungle birmane, difficile d’échapper à la 5G en ce moment ! La première étape des enchères pour l’attribution des fréquences 3,5 GHz s’est terminée jeudi 1er octobre avec 11 blocs répartis entre les 4 opérateurs et, au total, près de 2,8 milliards d’euros empochés par l’Etat. Puis, d’ici à la fin de l’année, au mieux, ce sera au tour des opérateurs de déployer leurs réseaux, pour l’heure inexistants. Les offres de forfaits et les smartphones 5G, eux, ont déjà commencé à débarquer sur le marché.

Alors, faut-il se convertir ? En fait, la 5G vous n’en avez pas forcément besoin. Explications.

Les forfaits sont plus chers

D’après un document interne qui a fuité et qui a été dévoilé par le site iGen, Orange devrait commercialiser le 8 octobre 4 nouveaux forfaits estampillés 5G avec des enveloppes de data de 70 Go, 100 Go, 150 Go et de l’illimité. Les prix seront variables selon que les clients sont abonnés à un pack Open ou non : pour ceux équipés, les tarifs iront de 29,99 à 79,99 euros, et de 39,99 à 94,99 euros pour les autres. L’illimité se paiera donc au prix fort.

Chez Bouygues Telecom, les forfaits Sensation compatibles 5G sont déjà connus et proposent des enveloppes de data de 60 à 120 Go, avec des prix variant là aussi selon que le client est déjà ou non abonné BBox. Pour du 60 Go, par exemple, un client BBox paiera 21,99 euros pendant 1 an, puis 36,99 euros ; pour un non-abonné, ce sera 26,99 euros durant 1 an, puis 41,99 euros.

Ces tarifs sont plus chers que leurs homologues 4G. Orange fera ainsi payer 5 euros de plus : par exemple, sur le 70 Go, 39,99 euros contre 34,99 euros actuellement. Ces tarifs s’entendent avec des engagements de 12 (Orange) ou 24 mois (Bouygues Telecom). Pour payer moins, il faudra attendre les premiers forfaits 5G sans engagement. Sur la 4G, il est possible à l’heure actuelle de décrocher du 80 Go à 14 euros à vie. Qu’en sera-t-il avec la 5G ?

Mieux vaut être patient en attendant ces offres et se poser la question de ses besoins réels. Pour rappel, sur la 4G, la consommation mensuelle moyenne de data – qui a pourtant fortement augmenté avec cette norme – est de… 8,6 Go.

Il va falloir changer de téléphone

C’est une autre des répercussions directes de la 5G pour les clients : il faudra aussi s’équiper d’un nouveau terminal compatible pour utiliser ce réseau. Et, bien entendu, les fabricants font tout pour créer le besoin à coups de nouveautés. Pour l’heure, les prix sur le haut de gamme, les fameux flagships de chaque marque, ont de quoi en refroidir plus d’un. Soit de 800 à plus de 2 000 euros (prix fabricants). Le Samsung S20 FE, par exemple, s’affiche à partir de 759 euros, le S20 Ultra à partir de 1 359 euros. Le Galaxy Z Fold 2, lui, dépasse les 2 000 euros (2 020 euros). Chez Huawei, le P40 Pro est à 850 euros. Côté Apple, il faudra attendre la sortie de l’iPhone 12, d’ici fin novembre au plus tard, pour connaître les tarifs.

Bien sûr, il est possible de faire baisser la note en traquant les promotions. Sur Rakuten, le MI 10 de Xiaomi est « bradé » à 513 euros (contre près de 800 euros habituellement). Mais là encore, mieux vaut attendre, car la concurrence devant s’intensifier, les prix vont nécessairement chuter dans les prochains mois. Déjà, le 15 octobre prochain, Google lancera son Pixel 4a 5G à 499 euros. Le 26 octobre, Xiaomi bousculera le marché avec le premier terminal 5G, le MI 10T Lite, à moins de 300 euros.

L’intérêt sera restreint

Pas d’ « effet waouh » à attendre de la 5G pour les particuliers, au moins dans un premier temps. Le gain essentiel sera un « saut en débit » qui permettra de réduire, par exemple, les temps de téléchargement (vidéos…) ou de bénéficier du streaming haute définition ultra-fluide (jeux vidéos). Ainsi, selon le cabinet spécialisé Tactis, le débit maximal de la 5G sera de 1 à 10 Gbit/s et le débit moyen de 50 Mbit/s et plus. A titre de comparaison, pour la 4G, le débit maximal est de 150 Mbit/s et le débit moyen de 5 Mbit/s.

Pour autant, ces promesses semblent remises en cause dans la pratique : les premiers retours d’expérience des utilisateurs décrits par Le Monde sont plutôt décevants. Il faut, en effet, couper la 5G sur le mobile car la connexion est hachée en raison des multiples allers-retours entre réseau 4G et 5G.

Comme a alerté l’UFC-Que Choisir, les vraies innovations de la 5G ne sont pas pour tout de suite. L’association de consommateurs cite à ce propos le propre patron de Bouygues Telecom qui avait avoué devant la Commission de l’aménagement du territoire du Sénat : « Les services 5G qui révolutionneront l’industrie n’arriveront pas en France avant 2023. D’ici là, la 5G permettra surtout d’afficher un 5 au lieu d’un 4 sur les smartphones des utilisateurs, mais surtout aux opérateurs d’écouler plus de trafic pour un prix inférieur. »

Tout le monde ne sera pas servi à égalité

La 5G commencera à être déployée sur le territoire alors même que les objectifs de couverture en 4G par les opérateurs ne sont pas encore atteints. De 1 à 4 % de la population est toujours exclue de la 4G.

De plus, les premières fréquences 5G attribuées sont celles de la bande 3 400-3 800 MHz. Or, selon Tactis, la faible portée des ondes de cette bande fait qu’elle n’est pas adaptée pour couvrir l’ensemble du territoire. Elle permettra surtout de servir les zones urbaines denses, celles où la couverture 4G est déjà optimale. Pour les zones rurales, en revanche, il faudra attendre l’arrivée de la 5G via la bande 700 MHz. Mais le service pour les consommateurs ne sera pas à la hauteur car « ces fréquences basses ne présentent pas les caractéristiques requises pour profiter du saut en débit ».

Bref, pour bénéficier de la 5G, et dans de bonnes conditions, il faudra être dans la bonne zone…