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MaPrimeRénov’ : ce qu’il faut savoir pour bien l’exploiter

Toutes les catégories de ménages peuvent désormais bénéficier de cette aide publique destinée à favoriser la rénovation énergétique des logements. Mais attention, tout le monde ne sera pas servi de la même manière et le dispositif reste contraignant.

Depuis le 1er janvier 2020, si vous engagez des travaux de rénovation énergétique dans votre logement, vous pouvez bénéficier de MaPrimeRénov’. Pour rappel, cette dernière remplace à la fois le crédit d’impôt transition énergétique (CITE) et l’aide Habiter Mieux Agilité de l’Anah. A compter du 1er janvier 2021, le bénéfice de MaPrimeRénov’ sera étendu à tous les ménages, y compris les propriétaires bailleurs (ainsi qu’aux copropriétés). Mais ces derniers peuvent déjà engager les travaux et donc bénéficier du dispositif. Pour autant, MaPrimeRénov’ est loin d’être la panacée pour tous, comme le vantent les communications officielles.

D’abord, les foyers catégorisés en rose, c’est-à-dire ceux à revenus dits aisés (par exemple, plus de 56.130 euros de revenu fiscal de référence en Ile-de-France pour un couple, plus de 42.848 euros en régions) sont, dans les faits, toujours non éligibles à certains des forfaits de l’aide. Les plafonds de ressources restent donc bel et bien un critère de sélection.

Ensuite, en cas de cumul de plusieurs aides, le montant des forfaits MaPrimeRénov’ sont écrêtés de façon à ce que le total des subventions ne dépasse pas 90% de la dépense éligible pour les ménages très modestes (catégorie bleu), 75% pour les ménages modestes (catégorie jaune), 60 % pour les ménages intermédiaires (catégorie violet) et 40% pour les ménages aisés (catégorie rose). Les dépenses éligibles sont, par ailleurs, plafonnées (voir tableau ci-dessous).

Pas de prise en charge à 100%

En clair, pour l’installation par exemple d’une pompe à chaleur air/eau, il ne faudra pas dépasser 12.000 euros de dépense. Et le maximum théorique d’aides qu’un ménage très modeste pourra obtenir sera calculé sur 10.800 euros et sur 4.800 euros pour un ménage aisé. Il est donc impossible d’obtenir une prise en charge à 100%, et la facture finale peut être élevée. Sur notre simulation ci-après, un ménage aisé se retrouve ainsi avec un reste à charge de 60%. De plus, sur bien des travaux, les forfaits MaPrimeRénov’ s’avèrent, du fait de l’écrêtage, moins avantageux que d’autres aides y compris pour les ménages modestes.

Attention également aux délais : si les travaux peuvent être engagés depuis le 1er octobre pour les publics éligibles à partir de cette date, le dépôt des dossiers de demande de l’aide ne pourra se faire qu’à partir du 1er janvier prochain pour les propriétaires occupants et qu’à partir du 1er juillet 2021 pour les propriétaires bailleurs. Il faut donc avancer les sommes en jeu, sauf à passer par un mandataire (Hellio, PrimesEnergie, Effy) qui pourra faire l’avance des aides. Pour rappel, cette possibilité d’accompagnement est ouverte depuis juin dernier. Il peut s’agir d’un délégataire des aides des fournisseurs d’énergie, d’une entreprise de travaux, d’une collectivité…

Partant de là, comment optimiser le dispositif ?

Premier levier : bien choisir ses travaux pour doper la prime

Un rapide coup d’œil aux barèmes permet de s’apercevoir que, pour le chauffage par exemple, le gaz reste perdant face au bois : le forfait maximal MaPrimeRénov’ sera ainsi, pour une chaudière à granulés, de 10.000 euros pour un ménage très modeste, contre seulement 1.200 euros pour une chaudière à gaz très haute performance. Il faut donc cibler les « bons » travaux.

De façon globale, selon Marina Offel, responsable des affaires publiques et juridiques d’Hellio, « les travaux à effectuer en priorité sont l’isolation des combles et des planchers, ainsi que le chauffage. Ils sont bien subventionnés et ces postes peuvent impacter la facture jusqu’à 30 %. Autrement dit, ils sont efficaces énergétiquement. La ventilation et l’isolation thermique par l’extérieur des murs sont un plus ».

Deuxième levier : actionner les bonnes aides

En priorité, il faut demander les primes énergie ou certificats d’économies d’énergie. Il s’agit d’ailleurs de la première source de financement des travaux d’économies d’énergie réalisés par les particuliers. Elles vous seront systématiquement proposées par les mandataires. Mais vous pouvez vous tourner également en direct vers les fournisseurs de gaz, d’électricité… ainsi que vers la grande distribution ou les enseignes pétrolières qui les distribuent aussi. Ces aides sont accessibles à tous sans condition de ressources. A noter : ce dispositif bonifie certains travaux grâce aux «Coups de pouce» . Les montants vont de 50 à 4.000 euros selon le type de ménage et l’équipement. Les propriétaires bailleurs et les locataires sont éligibles.

Les ménages modestes peuvent en plus se tourner vers Action Logement qui peut accorder une aide jusqu’à 20.000 euros (15.000 euros pour les propriétaires bailleurs) ainsi qu’un prêt de 30.000 euros (1 % max hors assurance sur vingt ans). Les travaux doivent concerner l’isolation thermique des murs, le remplacement du système de chauffage, l’installation d’un équipement de chauffage ou d’eau chaude sanitaire utilisant une source d’énergie renouvelable. Outre des conditions de ressources assez strictes, le logement doit, lui, se situer en zone B2 ou C.

Enfin, des subventions locales peuvent être octroyées et sont cumulables avec MaPrimeRénov’.

A savoir :

  • Il est possible d’obtenir plusieurs primes pour un même logement mais pour des travaux différents, dans la limite de 20 000 euros par logement sur cinq ans ;
  • Les propriétaires bailleurs peuvent déposer des dossiers différents pour 3 logements maximum, dans la limite de 20 000 euros sur cinq ans, et peuvent en plus faire une demande pour leur propre résidence principale ;
  • Il est possible de bénéficier d’une TVA à 5,5 % sur le coût du matériel et de la main d’œuvre pour les travaux bénéficiant du dispositif et ceux qui y sont liés ;
  • Pour obtenir la prime MaPrimeRénov’, il faut créer un compte sur le site Maprimerenov.gouv.fr et y déposer sa demande avec les justificatifs demandés.

Simulation :

Nous avons pris le cas de figure d’un couple sans enfant, propriétaire d’une maison de 100 mètres carrés de plus de deux ans. Il souhaite réaliser un bouquet de travaux pour favoriser la réduction de 60 % de sa consommation d’énergie.

Les travaux sont les suivants : audit énergétique (700 euros), isolation des combles et de la toiture, soit 100 mètres carrés (3 000 euros), installation d’une chaudière gaz très haute performance (4 000 euros) et installation d’une VMC double flux (1000 euros). Le montant total des travaux est de 8 700 euros.

Voici le reste à charge en fonction de la catégorie à laquelle il appartient, après déduction de la prime énergie, de Maprimerénov’ et le cas échéant du bonus pour une rénovation globale :

Très modeste (bleu) :

  Audit Isolation Chaudière VMC Total
Prime Energie 0,00 € 2196 € 1 400 € 484 € 4 080 €
Maprimerénov’ 500 € 504 € 1 200 € 416 € 2 620 €

Reste à charge : 2 000 €

Modeste (jaune) :

  Audit Isolation Chaudière VMC Total
Prime Energie 0,00 € 2 196 € 1 400 € 242 € 3 838 €
Maprimerénov’ 400 € 54 € 800 € 508 € 1 762 €

Reste à charge : 3 100 €

Intermédiaire (violet) :

  Audit Isolation Chaudière VMC Total
Prime Energie 0,00 € 1 098 € 700 € 242 € 2 040 €
Maprimerénov’ 300 € 702 € 0,00 € 358 € 1 360 €
+ prime Rénovation globale 1 820 €

Reste à charge : 3 480 €

Aisé (rose) :

  Audit Isolation Chaudière VMC Total
Prime Energie 0,00 € 1 098 € 700 € 242 € 2 040 €
Maprimerénov’ 0,00 € 102 € 0,00 € 0,00 € 102 €
+ prime Rénovation globale 1 338 €

Reste à charge : 5 220 €

Source : PrimesEnergie.

Tableau