« L’assurance vie est construite sur une idée simple : plus longtemps vous restez, mieux c’est. » Cette formule de Bernard Spitz, président de la Fédération française de l’assurance (FFA), caractérise avec brio le placement roi des Français, à savoir sa longévité(1).

On ne souscrit pas une assurance vie pour quelques mois, ni pour deux à trois ans, même si rien ne l’interdit. Pourquoi ? De ­manière évidente, pour des raisons fiscales.

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Les retraits sont moins taxés à mesure que le contrat prend de l’âge, avec une quasi-défiscalisation passé huit ans.

L’introduction en 2018 d’un prélèvement unique – quel que soit l’âge du contrat – pour les épargnants détenant plus de 150 000 euros (300 000 euros pour un couple) en ­assurance vie, entame ­toutefois cet avantage.

Autre raison, il faut bien amortir les frais pris par les assureurs, 3 % en moyenne sur chaque versement : à ce tarif, investir à court terme est inefficient. Là encore, l’existence de contrats sans frais d’entrée tempère ce constat.

Enfin, pour espérer décrocher de belles performances sur les marchés financiers, s’engager sur de nombreuses années est nécessaire.

L’âge venant, la plupart des produits sont moins rentables

Problème, les propos du patron de l’assurance se heurtent aux réalités d’un marché nourri à la nouveauté. La plupart des contrats sont commercialisés une petite dizaine d’années, puis mis au placard et remplacés par des offres plus flamboyantes.

Pour la longévité, vous repasserez ! « C’est un mauvais procès, réagit un gros ­bancassureur du marché, sous couvert d’anonymat toutefois. Les contrats ­fermés à la vente restent gérés par la compagnie d’assurances, leurs détenteurs peuvent y reverser et retirer leurs avoirs librement, leur argent continue d’être rémunéré, en somme, tout est bien conforme aux engagements contractuels. Pour le reste, c’est la loi du marché, on ne va pas rester les bras croisés. La durée moyenne de conservation d’une assurance vie étant de onze ans, le ­renouvellement de l’offre à ce tempo est parfaitement logique. »

Circulez, rien à voir ! Vraiment ? Quelques bémols quand même. La durée de onze ans précitée ? C’est une moyenne selon la Fédération française des assurances. Traduisez : nombre d’épargnants conservent leurs contrats au-delà, voire jusqu’à leur trépas.

Autant que cela se fasse avec une assurance vie de qualité, non ? Vous-même, connaissez-vous la durée du contrat de votre assurance vie ? Lisez donc sa notice d’information, on y parle de durée « viagère » ou « de huit ans, prorogeable d’année en année ». Traduisez : votre assurance vie est faite pour être conservée sans limitation dans le temps. Du long terme, vous dit-on.

Pourtant, le traitement infligé aux contrats sortis de la vente est peu flatteur. Ces derniers souffrent de rendements du fonds en euros inférieurs aux nouveaux venus, de conditions techniques moins souples, d’une offre financière insuffisante… Bref, beaucoup de moins pour vous inciter à changer de support.

Les exemples sont légion. Prenons La Banque Postale dont les produits sont gérés par la première compagnie d’assurances vie française, CNP Assurances. Ses vieux contrats GMO ou Ascendo affichent des rendements étiques, par exemple 1 % et 1,35 % en 2016, contre 1,85 % et 1,95 % respectivement pour les nouveaux contrats Cachemire 2 et Cachemire Patrimoine.

Inutile d’en dire plus. Sauf un chiffre, peut-être. Selon une étude de l’ACPR (l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution), le gendarme du secteur, on compterait 18 373 versions de contrats différentes sur le marché ! A vue d’œil, moins de 1 % d’entre elles sont encore commercialisées aujourd’hui. Le long terme a bon dos.

L’ancienneté d’un bon contrat est gage de sa fiabilité

Dans ce contexte, que doit faire l’épargnant ? Etre lucide d’abord : il doit résolument viser les contrats faits pour durer, c’est son intérêt. Autrement dit, ceux qui vieillissent bien et se bonifient comme un bon cru. Rassurez-vous, il en existe encore. Sans naïveté toutefois : certaines assurances vie sont à la fois ridées et décevantes.

Comment découvrir les bons filons alors ? En faisant de l’ancienneté d’un contrat un critère clé de sélection. Une information très difficile à obtenir – et pour cause, elle dessert nombre d’établissements financiers. Mais vous pouvez vous appuyer sur notre suivi du marché. Chaque année, dans son numéro de mai, Mieux Vivre Votre Argent établit un classement d’environ 150 produits commercialisés. L’âge de chaque contrat y est référencé.

Où trouver des assurances qui résistent au temps ?

Nous avons ici délibérément poussé la barre à quinze ans d’existence ­minimum pour trier le marché et faire émerger les assurances vie robustes face au temps qui passe. Sur la trentaine de contrats ayant passé ce filtre, seule une dizaine se montre de très bonne facture (voir tableau en fin d’article), quelques autres de qualité ayant été écartés en raison d’un encours géré peu significatif.

Bilan : les associations d’épargnants (Afer, Agipi, Asac…) font figure de bons élèves suivies par quelques mutuelles. On peut noter aussi la présence des courtiers en ligne, signe que l’assurance vie commercialisée sur Internet, quand elle est finement choisie, est bien plus solide que celle souscrite à travers les réseaux bancaires ou d’assurances.

Le point commun à tous ces acteurs : ils ont préféré faire évoluer dans le temps leur contrat d’origine plutôt que de lancer de nouvelles offres et fermer les contrats existants. Au bout du compte, la formule de Bernard Spitz aurait pu être : « Un BON contrat d’assurance vie est construit sur une idée simple : plus longtemps vous restez, mieux c’est. »

A vous de jouer, maintenant. Pour ceux qui détiennent déjà l’un de ces vieux et bons contrats, conservez-le précieusement. En cas de retrait important, laissez-y toujours le minimum en compte pour que votre assurance vie reste ouverte, en général quelques dizaines ou centaines d’euros suffisent. Vous conserverez ainsi une enveloppe financière de qualité avec une fiscalité quasi nulle.

Pour tous les autres, si nombreux, en quête d’une assurance vie rentable, à frais contenus, évolutive et j’en passe, prenez au moins date sur l’un de ces contrats. Vous ferez ainsi tourner le compteur fiscal. Pas de méprise, nous n’avons pas de boule d’Irma pour vous garantir que ces contrats passeront le cap des dix prochaines années. Mais notre expérience, la connaissance et l’analyse objective du marché donnent une forte probabilité à ce pronostic. Comme le dit l’adage, c’est dans les vieux pots que l’on fait les meilleures soupes. Pensez-y avant de souscrire une assurance vie.
(1)Déclaration sur RMC, le 31/08/2017.