Avec un rendement moyen de 1,80 % net, les fonds en euros à capital garanti auront encore peu rapporté en 2017. Il ne faudra pas en attendre beaucoup plus dans les deux à trois ans à venir. Comment faire mieux, c’est toute la question pour les millions de Français détenteurs d’une assurance vie.

Une des solutions, au sein d’un contrat multisupport, consiste à sélectionner soi-même des fonds accessibles via les unités de compte pour diversifier son investissement. C’est le credo de la gestion dite « libre ». Mais qui en est vraiment capable ? Le temps, les connaissances, voire l’envie, manqueront à la plupart d’entre nous.

Conscients de ces limites, les assureurs misent aujourd’hui sur une nouvelle approche, en proposant une gestion dite « pilotée », encore nommée gestion « sous mandat » ou « déléguée ». De quoi s’agit-il ? De confier votre capital à votre assureur qui, avec l’aide d’une société de gestion, le pilotera selon votre profil de risque, défini à la souscription, en mixant savamment fonds en euros et unités de compte.

Vous êtes de nature plutôt prudente ? Votre capital sera géré en bon père de famille selon un mandat défensif, c’est-à-dire avec un panier de fonds comportant peu d’actions et bien plus de supports obligataires, et dans lequel le fonds en euros prédomine. Et inversement pour un tempérament offensif.

Les résultats récents font mouche

Sur le papier, la proposition est séduisante. Attention toutefois à ne pas la confondre avec d’autres types de gestion, dont le principe est différent comme la gestion conseillée. Le postulat de la gestion sous mandat sonne comme une évidence. Qui contestera l’idée qu’un professionnel aguerri puisse mieux gérer un capital qu’un épargnant lambda ? De surcroît, les résultats récents font mouche. Pour 2017, les contrats proposant ce service affichent des performances nettes s’étageant de 2 à 10 % selon les niveaux de risque. Autre élément favorable, le confort. Pour l’épargnant, pouvoir déléguer la gestion de son contrat dans un cadre défini est un véritable atout.

Contrat
(Distributeur / Assureur)

Nombre de profils

Société de gestion

Frais de gestion (1)

Performance 2017(2)

Commentaire

Boursorama Vie (Boursorama Banque / Generali Vie)

5

Edmond de Rothschild AM

0,75%

4,80% à 11,58%

Pas de majoration des frais de gestion. Performances attractives. Bémol, informations parcellaires sur les mandats

Epargnissimo Netlife (Epargnissimo / Spirica)

3

Active AM, E. de Rothschild AM ou Haas gestion

1,50%

Sans Objet. Offre lancée courant 2017

Combinaison gestion pilotée et gestion libre possible. Contrat très complet.

Titres@Vie

(Altaprofits/ Swiss Life)

3

Lazard Frères Gestion ou Lyxor AM

0,84%, 0,94% ou 1,18% (3)

5,06% (4) à 9,55%

Transparence des infos. Cumul possible gestion libre et pilotée. A réserver plutôt à un épargnant au profil très dynamique

Wesave Patrimoine

(WeSave / Suravenir)

10

WeSave

0,60% à 1,30% (3)

2,27% à 10,17%

Frais contenus. Recours aux trackers. Site complet, instructif. Prometteur, à suivre dans le temps.

Yomoni Vie

(Yomoni / Suravenir)

10

Yomoni

0,60% à 1,30% (3)

2,00% à 10,40%

Frais contenus, gestion avec trackers. Infos claires et pertinentes. Débuts convaincants, à confirmer.

D’autant que cette option devient enfin accessible au plus grand nombre. Jusqu’ici, seuls les clients disposant d’un certain pécule financier, a minima plusieurs dizaines de milliers d’euros, pouvaient y souscrire via les services patrimoniaux ou de gestion privée des établissements financiers.

La barrière est en train de céder sous la pression des contrats commercialisés via Internet, qui permettent de recourir à la gestion pilotée avec quelques centaines d’euros de mise initiale. Et ce n’est qu’un début. « La gestion déléguée fera le succès de l’assurance vie de demain, c’est une de mes convictions », commente Bernard Le Bras, président du directoire de l’assureur Suravenir. Cette filiale du Crédit Mutuel Arkéa propose un contrat grand public, NaviG’Options, qui donne accès à ce dispositif à partir de 300 euros seulement.

Au Crédit Agricole, le nouveau Predissime 9 Série 2 fixe un seuil plus élevé, à 5 000 euros. Mais la tendance se confirme. Il faut dire que les assureurs ont tout à gagner à vous voir prendre le chemin de la gestion pilotée, garnie de fonds risqués plus rentables pour eux que le support en euros et comprenant « un engagement de moyens et non de résultat ».

Le capital investi n’est jamais garanti

Voilà pour le cadre, place au mode d’emploi. Posons d’abord trois préalables. Le premier, la gestion pilotée ne garantit jamais le capital investi, même dans sa version la plus prudente. Les épargnants allergiques à la moindre prise de risque doivent rester arrimés au fonds en euros. Ensuite, démarrez du bon pied en étant clair avec vous-même. Quel est votre tempérament face au risque ? A quel horizon de temps comptez-vous récupérer votre argent ? Poursuivez-vous un projet précis, la préparation d’un complément de retraite par exemple ? Le choix du profil de gestion sera fonction de vos réponses.

Les établissements, de par leurs obligations légales de conseil, doivent vous poser ces questions. Mais mieux vaut y réfléchir en amont. Enfin, troisième aspect, comprenez bien le mécanisme général de la gestion pilotée pour éviter tout malentendu.

Le pilote a un coût, qui doit se traduire par des résultats !

Partant de là, voici les critères clés qu’il vous faut passer à la loupe avant de souscrire un service de gestion sous mandat. Commencez par vous intéresser au pilote lui-même : quelle société de gestion sera aux commandes ? Deux stratégies s’affrontent aujourd’hui sur le marché des contrats en ligne.

D’un côté, vous allez trouver une société de gestion – indépendante ou non de l’assureur du contrat – qui vous propose une gestion « classique » de votre épargne. Concrètement, ces sociétés (Carmignac Gestion, Lazard Frères Gestion…) investissent votre capital sur des supports d’actions et d’obligations, dont certains sont pilotés directement chez eux.

De l’autre côté, quelques courtiers en ligne – les « fintechs » (assemblage de finance et technologie) – recourent à la robotique et aux fonds dits indiciels (trackers ou ETF) pour diriger votre capital. Bien malin qui vous dira ce qui rapporte le plus, les historiques de performances n’étant pas similaires et les profils forts différents selon les établissements. Sous une même appellation de profil « offensif », vous serez chez l’un beaucoup plus exposé aux soubresauts des marchés financiers que chez un autre, mais le potentiel de gain sera dès lors plus élevé. Autant mettre en balance des choux et des carottes ! Si comparaison n’est pas raison, soyez toutefois exigeant sur la transparence des données. Tout prestataire doit vous fournir les performances nettes de frais des différents profils sur plusieurs années ou depuis la création du service. A défaut, passez votre chemin.

Critère suivant, les frais. Dans la quasi-totalité des cas, la gestion pilotée se paie par une hausse des frais de gestion annuels du contrat, en moyenne 0,40 % supplémentaire. Attention, certains facturent ce montant sur l’ensemble de l’encours, quand d’autres se limitent à la poche en unités de compte. Tous les arbitrages effectués dans le cadre du profil sont, eux, réalisés gratuitement (sinon, fuyez !).

Autre couche de frais : ceux qui proviennent des supports eux-mêmes, que ce soit dans le cadre d’une gestion libre ou sous mandat. Indiscutablement, les contrats pilotés reposant sur une gestion indicielle sont moins onéreux (autour de 0,35 % de frais de gestion des fonds par an) que ceux délégués à des gérants traditionnels (de 1,5 à 2 %). Ce qui fait dire à certains professionnels que, sur la distance, la gestion pilotée en mode indiciel sera forcément plus performante.

Tout aussi important est le niveau d’information fourni. Vous devez pouvoir accéder à tout moment à la situation de votre capital, connaître les opérations réalisées, etc. Sur ce point, certains établissements de poids, tels Boursorama Banque ou ING Direct, se montrent trop discrets sur l’identité des supports sélectionnés dans le cadre du mandat.

L’idéal ? Combiner gestion libre et gestion déléguée

Reste un dernier point à prendre en compte, la souplesse du dispositif. Vérifiez que vous pourrez sortir du mandat de gestion sans difficultés ni frais et que vous pourrez modifier votre profil de risque si besoin. C’est peu ou prou le cas aujourd’hui des contrats en ligne. Les offres qui vont être développées par les réseaux bancaires seront sûrement un peu moins flexibles.

Le mieux est encore de pouvoir combiner dans un même contrat gestion libre et gestion pilotée. C’est rare, la plupart des assurances vie imposant de faire un choix unique. Pourtant, le copilotage présente des atouts. Exemple : je choisis de placer moi-même 50 % sur le fonds en euros performant, et je laisse l’autre moitié de mon capital sur un profil offensif géré par l’assureur. A défaut, il faut ouvrir deux contrats, au risque de ne pas pouvoir souscrire aux meilleurs fonds en euros, dont l’accès nécessite généralement de verser un minimum sur des unités de compte.

Maintenant, que faire ? Pour l’heure, la bonne stratégie reste de se concentrer sur les contrats en ligne, quasiment tous équipés d’une offre de mandats satisfaisante. Avantage commun à tous ces produits, l’absence de frais sur les versements. Mieux, d’après notre analyse du marché, l’offre de gestion pilotée y est partout de bonne facture, avec notamment l’arrivée des fintechs (Nalo, WeSave, Yomoni…) aux propositions très convaincantes.

Quelques détails – les frais, le potentiel, la souplesse plus que les performances – permettent toutefois d’étalonner ce marché (voir notre sélection). Il vous faudra ensuite faire le pari de la durée, au moins sur trois années, pour tirer un premier bilan et si besoin, ramasser les fruits de votre épargne en réorientant votre capital sur le fonds en euros sécurisé. Car l’essentiel reste bien de conduire votre patrimoine à bon port, selon vos projets. Demeurez lucide sur les limites de la gestion pilotée. « Soyons honnêtes, un épargnant assez prudent peut tout à fait construire son profil tout seul en combinant un fonds en euros et un fonds indiciel, sur les actions mondiales par exemple (ETF World), confie un assureur clairvoyant. Nul besoin de signer un mandat de gestion avec des frais supplémentaires ! » Dont acte, la gestion pilotée doit rester un outil au service de votre patrimoine, pas l’inverse.

Une question, toutefois : cet épargnant sera-t-il capable de réagir en cas de crise financière ? Avec un pilote avisé, la casse pourrait être limitée. La fintech WeSave publie des éléments instructifs sur les risques de perte maximale liés à chacun de ses profils de gestion. Gagner plus, mais aussi perdre moins : c’est l’argument moins vendeur de la gestion pilotée. Pensez-y.