Assurance vie : les charmes discrets des contrats luxembourgeois

Sécurité renforcée pour les avoirs, neutralité fiscale, devises multiples, gestion sur mesure, les raisons de s’intéresser à l’offre du Grand-Duché ne manquent pas. Encore faut-il disposer de capitaux importants et savoir à quelle porte frapper.

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Qui le sait ? Les Français sont les champions de l’assurance vie au Luxembourg. Ils y pèsent 54 milliards d’euros, soit près d’un tiers des capitaux gérés chez notre voisin, selon le rapport 2017 du Commissariat aux assurances (CAA), l’organe de régulation du secteur dans ce pays. N’y voyez aucune évasion fiscale : ce marché de niche, qui concerne quelques dizaines de milliers de Français, est parfaitement légal.

Vous pouvez loger votre épargne dans tout pays de l’Union européenne (UE), à charge pour vous de le déclarer au fisc. Au Luxembourg, le principe de « neutralité » s’applique. Traduction : c’est le régime fiscal du pays de résidence de l’assuré qui prévaut. En souscrivant un contrat de droit luxembourgeois, un résident français bénéficie des mêmes obligations et avantages fiscaux, sur les rachats et en cas de décès, que pour un produit de droit français. Alors, pourquoi cet attrait du Luxembourg, vu de France ?

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A vrai dire, les raisons sont multiples. Au premier rang figure la sécurité. La crise financière de 2008, les peurs sur le devenir de l’euro, et, surtout, la loi Sapin 2 de décembre 2016, instaurant la possibilité pour les autorités de bloquer les retraits sur les contrats français, ont incité un nombre croissant d’épargnants à regarder par-delà les frontières. 

« Au Luxembourg, l’argent versé sur les assurances vie n’est pas logé dans les comptes de l’assureur mais détenu par une banque dépositaire indépendante, approuvée par le Commissariat aux assurances, explique Christophe Simon, dirigeant associé d’Optimus Patrimoine, cabinet de gestion patrimoniale. Cette particularité est connue sous les termes de “triangle de sécurité”. Il n’y a pas de mélange des genres entre le patrimoine de la compagnie, ses capitaux propres et celui des épargnants. »

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Mais le Grand-Duché va encore plus loin, en considérant les clients souscripteurs comme des créanciers de premier rang. En cas de faillite de l’assureur, ils seront prioritaires pour récupérer leur mise – on parle aussi de « super privilège ». Alors qu’en France, les épargnants passent après l’Etat, l’Urssaf, etc. Dernier bouclier : la garantie apportée par l’Etat luxembourgeois s’élève à hauteur de 100 % de la valeur de chaque contrat, contre 70 000 euros par personne et par assureur dans l’Hexagone.

Un pays dont la stabilité financière et politique rassure

Dans la même veine, le pays en lui-même rassure. Il est noté au mieux (AAA) par les trois grandes agences, Fitch, Moody’s et Standard & Poor’s. En outre, « à l’heure où beaucoup de pays font face à une détérioration du climat politique et social, la stabilité juridique du Luxembourg est un élément de sécurité majeur pour les épargnants aisés », appuie Gilles Dupin, président de l’assureur mutualiste Monceau Assurances, qui déploie une offre sur ce marché avec sa filiale Vitis Life.

Place maintenant à l’aspect financier de ces produits. Premier point : « Votre épargne peut être placée et gérée dans une monnaie étrangère (dollar, livre, franc suisse, etc.), expose Latifa Kamal, directrice de l’ingénierie patrimoniale chez Primonial, groupe spécialisé dans la gestion de patrimoine. Cette particularité séduira ceux qui souhaitent diversifier leurs investissements en assurance vie, mais aussi les personnes détenant des avoirs en devises étrangères qui souhaitent les placer sans risque lié au change. » Ainsi que les épargnants peu confiants dans l’avenir de l’euro.

Sur l’offre de diversification, les contrats luxembourgeois proposent des solutions très nombreuses. Les actions en direct, cotées et non cotées, y sont très répandues. Surtout, leur marque de fabrique réside dans les « fonds internes dédiés ». De quoi s’agit-il ? D’un portefeuille boursier bâti spécifiquement pour le contrat et piloté par un gestionnaire unique. Du sur-mesure, donc ! En réalité, le degré de personnalisation sera variable selon les montants investis. Avec 125 000 euros, vous aurez accès à un fonds dédié de premier niveau, dans lequel la liberté du gérant sera contenue. Avec 2,5 millions de versement (et autant de patrimoine financier en parallèle), vous pourrez prétendre aux solutions les plus abouties. A noter : des fonds internes collectifs et des fonds d’assurance spécialisés sont également proposés, gérés selon les mêmes principes que les fonds dédiés.

Séduit ? Ne vous emballez pas. Tout d’abord, vous l’avez compris, il va falloir bourse délier. Si l’on peut trouver des contrats accessibles avec 50 000 euros, il faut viser cinq à dix, voire vingt fois plus, pour obtenir une véritable gestion sur mesure. Ensuite, inutile de vous intéresser au Luxembourg pour y investir sur le fonds en euros. Enfin, l’offre de contrats va croissant, d’où la nécessité de bien définir vos besoins au préalable.

Des produits commercialisés en France

Techniquement, les assurances vie luxembourgeoises diffèrent peu des enveloppes françaises, même si les frais élevés doivent être négociés sans hésitation. La vraie question reste : où souscrire ? Pour ce faire, pas la peine de passer la frontière. Tous les grands groupes d’assurance ont créé leur filiale au Luxembourg (Cali Europe pour le Crédit Agricole par exemple) qui distribue des contrats dans le cadre de la libre prestation des services au sein de l’UE.

En pratique, outre les services de gestion privée des banques, quelques cabinets de conseillers en gestion de patrimoine indépendants arpentent désormais ce marché avec succès. « Nous avons accès à tous les contrats du marché, y compris des produits avec des tickets d’entrée limités, alors que les banques privées ont une offre d’assurance vie plus restreinte, accessible uniquement avec des montants très élevés », soutient Jean-Noël Insausti, associé du cabinet spécialisé Club Luxembourg. Certains courtiers en ligne (Advize, Altaprofits, Mesplacements, etc.) sont aussi présents sur ce marché.

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