Assurance vie : mettre des titres non cotés dans votre contrat, bonne ou mauvaise idée ?

Depuis quelques années, les fonds communs de placement à risques (FCPR) s’invitent dans les contrats d’assurance vie. Il peut être intéressant pour un épargnant d’allouer une petite partie de ses actifs financiers à de telles offres.

L’univers des FCPR offre une certaine diversité. Crédit : iStock.

Les fonds communs de placement à risques (FCPR) sont des véhicules d’investissement dédiés à l’acquisition de titres non cotés, le plus souvent des actions (on parle alors de capital-investissement ou de private equity). Certains de ces produits peuvent aussi être constitués de titres de dette (obligations, obligations convertibles).

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Les FCPR ne sont pas encore très nombreux sur le marché, surtout en comparaison des milliers de Sicav et fonds communs de placement (FCP), mais huit produits ont reçu le précieux visa de l’Autorité des marchés financiers (AMF) autorisant leur commercialisation en 2018, contre quatre en 2017 et six en 2016. De nouveaux FCPR devraient voir le jour en 2019. Ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord, nombre de sociétés de gestion spécialisées dans le non-coté se sont développées ces vingt dernières années via des produits de défiscalisation comme les FIP (fonds d’investissement de proximité) et FCPI (fonds communs de placement dans l’innovation). Or, la disparition de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) réduit considérablement leur intérêtce qui amène les établissements à développer d’autres offres pour continuer à attirer des capitaux.

Ensuite, le contexte législatif a évolué : la loi Macron de 2015 a facilité l’arrivée des FCPR au sein de l’assurance vie. Pour les inciter à proposer ces fonds dans leur offre commerciale, les assureurs sont désormais autorisés à remettre des titres à l’assuré en cas de rachat du contrat, alors qu’auparavant ils étaient tenus de ne lui délivrer que du cash.

La loi Pacte, en discussion au Parlement, entérine ce principe et vise aussi à favoriser l’essor des FCPR dans l’assurance vie. Voilà qui ouvre un marché important à ces fonds. Certes, ils peuvent aussi être acquis en dehors de cette enveloppe, mais les acquérir dans ce cadre permet aux épargnants de bénéficier des avantages fiscaux et successoraux de ce placement.

Reste à savoir si les offres disponibles présentent un intérêt pour l’épargnant. A priori, le capital-investissement a de solides atouts à faire valoir en termes de gains. Les statistiques compilées à la fin de 2017 par France Invest, l’association professionnelle du secteur, et le cabinet d’audit EY, sont assez éclairantes. Il en ressort que, sur quinze ans, la classe d’actifs a permis de générer une performance annualisée moyenne de 10,80 %, là où le CAC 40 n’a produit que 7,10 % et le CAC All-Tradable, indice qui représente davantage de sociétés cotées, 8,20 %.

Ce surplus de gain n’a rien de miraculeux. Le capital-investissement montre ainsi sa capacité à générer ce que les spécialistes appellent une « prime de liquidité » : les actions non cotées étant moins faciles à céder que celles qui sont cotées sur un marché organisé et quotidien, elles offrent une rémunération supplémentaire en compensation de ce handicap.

Une faible liquidité, des frais plutôt élevés…

Avant d’investir, il faut donc bien comprendre ce risque « d’illiquidité ». Les FCPR appartiennent à la catégorie plus globale des fonds d’investissement alternatifs (FIA) et, contrairement aux Sicav ou FCP, ils sont assortis d’une période de blocage de leur encours qui peut aller de six à dix ans. Par exemple, pour le FCPR Alto Avenir proposé par Alto Invest, ouvert à la souscription jusqu’au 30 juin 2019, l’argent collecté sera bloqué jusqu’à la fin de décembre 2025, une période susceptible d’être prorogée de deux ans, pour donner le temps aux gérants de céder leurs participations. D’autres éléments sont à prendre en compte avant d’investir, en particulier les frais.

Un des reproches faits – à juste titre – aux fonds de capital-investissement dits « fiscaux » (les FIP et FCPI) réside dans le niveau important des charges prélevées, pour la rémunération du gestionnaire et du distributeur. En réalité, celles-ci absorbent une large part de l’avantage fiscal accordé.

Les FCPR tendent à être moins gourmands, mais restent significativement plus lestés de frais que les fonds classiques. Voilà qui peut occasionner quelques déceptions sur le potentiel de plus-value effectif. Précisons que les gains mis en avant par France Invest se fondent essentiellement sur des produits constitués pour les investisseurs institutionnels, moins lourdement chargés. En réalité, les FCPR pour le grand public étant relativement récents, on dispose de trop peu de recul sur les performances réellement dégagées.

… mais une bonne alternative aux titres cotés sur les marchés

Reste que, dans le contexte actuel, il peut être intéressant pour un investisseur particulier d’allouer une petite partie de ses actifs financiers à de telles offres. Premier avantage, les FCPR permettent d’accéder à un univers non coté bien plus large que celui des FIP et FCPI : il peut s’agir de sociétés matures, mais qui, pour autant, n’ont pas été se financer sur le marché boursier et n’iront peut-être jamais.

Deuxième atout, la diversification qu’apportent les FCPR répond opportunément aux écueils actuels. La politique de taux très bas menée par les banques centrales génère des effets pervers. Alors que les investisseurs bénéficient généralement d’une bonne tenue des marchés obligataires lorsque les marchés actions flanchent, aujourd’hui toutes les classes d’actifs cotés reculent simultanément, leur décorrélation habituelle ne fonctionne plus. Trouver des alternatives semble donc plus important que jamais. Enfin, investir dans des FCPR s’inscrit dans une optique de long terme, la préparation de la retraite, par exemple. Il y a donc bien une logique à acquérir de tels produits au sein d’un contrat d’assurance vie, support par excellence de l’épargne de long terme des Français.

Mais comment les choisir ? L’arrivée des FCPR en assurance vie est encore récente et tous les assureurs ne montrent pas le même empressement à les intégrer. Le plus proactif est assurément Spirica, qui référence trois FCPR gérés par Amundi (Amundi Mégatendances AV), Entrepreneur Venture (Entrepreneurs & Rendement 3, souscriptible jusqu’au 31 janvier) et Isatis Capital (Isatis Capital Vie & Retraite).

L’univers des FCPR offre une certaine diversité. Outre les fonds investis en capital, il existe des supports misant sur des produits de dette, comme ceux proposés par Entrepreneur Venture ou 123 IM, qui permettent des durées d’investissement plus courtes et ont un profi l moins risqué.

Par ailleurs, à côté de produits dotés typiquement d’une durée de vie de huit ans, prorogeables deux ans, on voit apparaître des fonds dits « permanents » dont la période de souscription et la durée de vie ne sont pas limitées dans le temps. Les FCPR d’Isatis Capital et d’Idinvest Partners (Idinvest Private Value Europe 3) fonctionnent presque à la manière de fonds ouverts, même si leur liquidité peut être restreinte. A partir de la cinquième année, le produit d’Idinvest Partners prévoit ainsi la possibilité de vendre jusqu’à 5 % de l’actif du fonds chaque trimestre pour faire face aux demandes de rachat.

Enfin, certains acteurs élaborent des stratégies plus ciblées, comme Oddo BHF AM avec Oddo BHF Secondaries Opportunities, dont le FCPR intervient « en secondaire », c’est-à-dire qu’il rachète des portefeuilles de capital-investissement préalablement constitués par d’autres fonds, ce qui permet une très grande diversification et un objectif de performance élevé.

Si son accès est encore limité, et s’il présente des contraintes qu’il ne faut pas oublier, le non-coté constitue une classe d’actifs qui mérite l’attention : dans le cadre de l’assurance vie ou en dehors, mais toujours avec parcimonie, comme pour tout placement de diversification. De toute façon, au sein d’un contrat d’assurance vie, légalement, vous n’êtes pas autorisé à placer plus de 10 % de votre encours sur ces supports.

Dans un contexte de retour de la volatilité boursière, les FCPR éligibles à l’assurance vie constituent un outil de diversification intéressant.

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