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Assurance vie : l’embellie profite-t-elle vraiment aux épargnants ?

Nul n’arrête le maillot jaune des placements financiers. Selon l’ACPR, le gendarme du secteur financier, les épargnants auront versé 123,5 milliards d’euros l’année dernière sur leurs contrats d’assurance vie individuels, un niveau inégalé depuis 2011. Une fois soustraites les prestations, c’est-à-dire les retraits et les capitaux versés au décès, l’apport net aura atteint 20,1 milliards d’euros.

Et la tendance s’annonce encore meilleure pour 2019, avec déjà 11,2 milliards d’euros net engrangés sur les quatre premiers mois, contre 8,1 milliards sur la même période en 2018, selon la Fédération française de l’assurance. A ce rythme, l’assurance vie n’en finit plus de grossir, pesant 1 745 milliards d’euros à la fin d’avril 2019, à comparer aux 750 milliards de son dauphin, l’ensemble que constituent les solutions d’épargne réglementée (livrets, épargne logement, plan d’épargne populaire).

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Quels enseignements tirer de cette réussite ? Commençons par regarder du côté des assureurs. En janvier dernier, François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France, expliquait que « la solvabilité des assureurs s’est renforcée avec une progression du taux de couverture moyen des grands organismes qui atteint 241 % (à la fin de 2018, NDLR) ».

Traduction : les compagnies ont une marge de solvabilité 2,41 fois supérieure au minimum requis par la réglementation pour faire face à leurs engagements. La progression de ce taux est logique : les assureurs parviennent peu à peu à pousser leurs clients hors du fonds en euros, support financier dont ils doivent assumer la garantie du capital.

La collecte se dirige vers les fonds risqués

Certes, ce dernier capte encore les trois quarts des versements, mais la collecte nette du marché se dirige majoritairement depuis trois ans sur les fonds risqués (unités de compte dans le jargon) car les prestations se font essentiellement sur le fonds en euros.

Or, avec les unités de compte, le risque de perte est cette fois porté par l’assuré. Ce qui change tout : contrairement au fonds en euros, ces produits demandent aux assureurs une moindre mobilisation de fonds propres et, ce qui est moins dit, leur procurent davantage de revenus à travers des frais bien plus élevés que sur les fonds en euros. D’où une santé florissante, avec des compagnies mieux armées pour faire face aux turbulences financières. Tant mieux.

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Du côté des épargnants, la musique est différente. Lorsque leurs livrets réglementés sont suffisamment remplis pour faire face aux imprévus, et sauf à être un investisseur boursier dans l’âme, les alternatives pour placer leur obole sont minces. Avec son étiquette de couteau suisse, l’assurance vie est devenue la solution passe-partout. Un choix par défaut ?

La question vaut d’être posée. Tout comme celle de la rentabilité du placement. N’en déplaise à nombre de professionnels, le fonds en euros reste le pilier de cette enveloppe. Ces deux dernières années, son rendement aura stagné à 1,80 % en moyenne. Moins les prélèvements sociaux (17,20 %), comptez 1,49 %. Mieux que le livret A (0,75 %) et consorts, mais au-dessous de l’inflation en 2018, qui s’est établie à 1,80 %, d’où un rendement réel négatif.

Une pirouette comptable pour garder la manne au chaud

Cette rentabilité moyenne cache, bien sûr, des écarts importants selon les compagnies. C’est un comble, d’autant plus qu’en regard, les assureurs ne cessent de gonfler leurs réserves de rendementen prévision des années difficiles, disent-ils. Ce matelas de sécurité (provision pour participation aux bénéfices, PPB, dans le jargon) avoisinait les 55 milliards d’euros à la fin de 2018, soit près de 4 % de rendement. Contre 1,40 % en 2012.

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Un élément rassurant, mais attention, sa constitution est très inégale selon les compagnies. Attention encore, rien n’indique que les assurés verront un jour la couleur de cet argent, le leur. Et pour cause, si la PPB doit légalement leur être redistribuée sous huit ans, des jeux comptables permettent de la laisser au chaud (il suffit de distribuer l’ancienne PPB mais de constituer de nouvelles réserves par ailleurs). Pire, elle est mise dans un pot commun – sauf exception – chez l’assureur, donc redistribuable librement entre ses produits. Bienvenue en eaux troubles.

Un autre écueil attend les épargnants, le coût de ce placement. L’érosion des rendements du fonds en euros, doublée des contre-performances des unités de compte l’an passé (8,90 % en moyenne) et d’un durcissement de la réglementation auront eu un mérite, celui de jeter la lumière sur les multiples couches de frais d’un contrat.

Des frais salés sur les supports à risque

Pourquoi les chargements sur les supports risqués sont en moyenne de 0,85 % par an, alors que l’assureur n’assume qu’un seul travail, leur mise à disposition ? Et encore garde-t-il la main sur les supports proposés. Saviez-vous que ces mêmes fonds, que les enseignes vous incitent fortement à privilégier, contiennent 1 à 4 % de frais en plus selon les cas ?

Ces questions sont évacuées d’un revers de la main par les compagnies, qui renvoient aux documents d’informations et expliquent qu’elles ont une chaîne de commercialisation et de gestion à faire vivre. Soit. Mais elles savent aussi noyer le poisson. Ainsi, la gestion pilotée, idée séduisante et très en vogue, consistant à confier votre capital à des experts, est-elle une nouvelle martingale : 0,20 à 0,50 % de frais de gestion supplémentaires chaque année en moyenne. L’addition, s’il vous plaît !

Pour autant, l’assurance vie poursuit son échappée belle. Faut-il toujours miser dessus pour demain ? Oui, à plusieurs titres. D’abord, son grand soir n’est plus à l’ordre du jour, dixit le ministre de l’Economie Bruno Le Maire lors du vote de la loi Pacte. Une loi qui contient du reste une ribambelle de mesures améliorant les droits des épargnants, tout en confortant la situation des compagnies

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Ensuite, l’horizon est assez dégagé. Sauf coup de tonnerre, la fiscalité du placement ne sera pas retouchée avant plusieurs années. Et le rendement du fonds en euros ? Avec des taux obligataires très bas, il pourrait continuer à descendre dans les deux ans à venir, autour de 1 % net de taxes sociales. Mais, et c’est la troisième raison de s’accrocher, les assureurs sauront sans doute le ménager en puisant (enfin) dans leurs réserves, pour ne pas tuer la poule aux œufs d’or.

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Vous l’aurez compris, tabler sur l’assurance vie en général n’a pas grand sens. Car ce terme générique recouvre un marché très disparate (rendements, frais, services, etc.). Pour profiter des vents porteurs de cette industrie, les épargnants doivent assurément choisir les bons coureurs.

Frédéric Giquel

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