Assurance vie: les fonds euros fragilisés par les taux d’intérêt bas

L’environnement de taux d’intérêts toujours plus bas pousse les assureurs à orienter les épargnants vers de nouveaux supports d’investissements… plus risqués.

Generali France va baisser "très significativement" la rémunération offerte par ses fonds euros et compte imposer à ses clients des conditions renforcées pour y investir. Crédit: iStock.

Placement favori des épargnants français depuis des décennies, l’assurance vie « en euros » n’a plus la faveur de certains assureurs, qui peinent rémunérer ces contrats dans un contexte de taux d’intérêts désormais négatifs et poussent leurs clients vers de nouveaux supports d’investissements.

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« Le monde du fonds euros roi est terminé », a affirmé cette semaine aux Échos Jean-Laurent Granier, l’influent patron de l’assureur Generali France, qui compte près de deux millions de clients en assurance vie et veille sur 50 milliards d’euros investis sur ces fonds euros.

En cause ? Un environnement de taux d’intérêts toujours plus bas et qui se sont installés depuis plusieurs mois en territoire négatif, une situation rarissime. « On est entré en terrain inconnu et on se prépare à ce que cela dure. Nous croyons plus que jamais à l’assurance vie mais compte tenu de cette situation sans précédent, il faut revisiter le modèle d’épargne », fait valoir M. Granier, qui a récemment pris la tête de la Fédération française des sociétés anonymes d’assurance (FFSAA).

Dans ce contexte, Generali France va baisser « très significativement » la rémunération offerte par ses fonds euros et compte imposer à ses clients des conditions renforcées pour y investir. Cette sortie n’est pas passée inaperçue dans le monde feutré de l’assurance.

« Pour nous, le contexte des taux négatifs est un contexte passager » sur lequel « on ne fonde pas une stratégie en assurance vie », a réagi auprès de l’AFP Gérard Beckerman, le président de l’Association française d’épargne et de retraite (Afer). « L’Afer ne partage en aucune mesure les positions de M. Granier, elle renouvelle sa confiance dans les fonds euros », a martelé M. Beckerman.

1.750 milliards sur l’assurance vie

En France, l’assurance vie représente de loin le premier placement d’épargne. Quelque 1.750 milliards d’euros y sont investis, dont plus des deux tiers sur des supports « en euros », qui désignent des placements dont le capital initial et les intérêts sont garantis indépendamment de la conjoncture. Revers de la médaille, pour garantir le capital, les assureurs doivent investir sur des placements peu risqués et donc faiblement rémunérateurs, comme les obligations d’États considérées sans risque.

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Les compagnies placent aussi en réserve une partie des bénéfices plutôt que de les verser aux assurés pour continuer à servir plus tard des rendements attractifs en cas de coups durs. Pendant longtemps, ces placements ont offert de confortables niveaux de rémunération aux épargnants mais cet âge d’or semble révolu.

Les politiques monétaires des dernières années pour contrer les effets des crises économiques ou financières ont conduit les grandes banques centrales mondiales à inonder les marchés d’argent frais et faire chuter les taux d’intérêts sur de nombreux placements. L’an passé, la rémunération moyenne des contrats en euros s’est établie aux alentours de 1,8%, selon les chiffres de la Fédération française de l’assurance.

« Durant des années, les assureurs ont constitué des réserves substantielles quand ils le pouvaient, à quoi ça sert quand on ne consomme pas ce qu’on a mis de côté ? », interroge M. Beckerman, qui appelle les assureurs à puiser dans ces provisions pour rémunérer les fonds euros.

Le superviseur préoccupé

« Pour le superviseur, les taux bas sont un sujet de préoccupation majeure (…). Ce phénomène inédit se prolonge et rien n’indique qu’il se terminera rapidement », a récemment souligné Bernard Delas, le vice-président de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (le gendarme français de la finance), dans un entretien avec l’Argus de l’assurance. Selon lui, la baisse des taux de rémunération des supports « euros » apparaît incontournable. 

« Il faudra aussi renoncer aux produits en euros offrant à la fois la protection du capital et une liquidité permanente. Les assureurs devront imaginer de nouvelles offres et, étape par étape, habituer les clients à prendre une part de risque. C’est une question de pédagogie et d’éducation financière », a-t-il affirmé. Cette évolution ne devrait toutefois pas se faire du jour au lendemain, tempèrent certains acteurs.

Guillaume Rosenwald, directeur assurances et services chez l’assureur mutualiste MACSF, a estimé auprès de l’AFP que si on reste longtemps dans un environnement de taux bas, « le fonds euros va devenir de moins en moins intéressant ». Mais cela ne va venir que « très progressivement » et renoncer aux fonds euros « n’est pas à l’ordre du jour » à la MACSF, assure-t-il.

Ceci étant, « il est certain que les épargnants vont devoir faire une réallocation de leur épargne vers des placements plus à risque pour avoir du rendement », a souligné mercredi sur RTL Philippe Crevel, le directeur du Cercle de l’épargne.

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