Assurance vie : les rendements de vos contrats en passe de s’écrouler ?

La chasse au fonds en euros est lancée. Generali annonce une baisse sévère des rendements pour 2019 et de nouvelles conditions d’accès très contraignantes. Le marché pourrait suivre, mais en ordre dispersé.

Depuis deux à trois ans, certains assureurs comme Apicil, Spirica et Suravenir (sur certains contrats) imposent des seuils d’investissement en fonds risqués pour disposer du sésame garanti, le fonds en euros. Crédit : Istock

« Le monde du fonds euros roi est terminé ». Dans une interview aux Echos, le PDG de Generali France, Jean-Laurent Granier, vient cogner fort sur le cœur de l’assurance vie, son support à capital garanti plébiscité par les épargnants (70% des versements). Il fait suite à la salve envoyée il y a dix jours par Bernard Delas, le vice-président de l’ACPR, gendarme du marché financier, appelant « à la poursuite du mouvement de baisse des taux de revalorisation des contrats déjà engagé depuis plusieurs années… et à renoncer aux produits en euros offrant à la fois la protection du capital et une liquidité permanente. » Inquiétant.

Une baisse attendue de 0,50%

Prenons la compagnie italienne aux mots. Sur ses fonds en euros, l’assureur ne veut pas « donner l’illusion qu’il serait encore possible de servir un rendement à 1,50 %… alors que le taux sans risque est négatif ». La baisse devrait donc être de l’ordre de 0,50% sur l’ensemble des fonds gérés. Avec des taux respectifs en 2018 de 1,75% pour AGGV, de 1,95% pour Euro G Firma, de 1,65% pour Eurossima, de 2,25% pour Netissima, faites les comptes. Au passage, l’assureur annonce fermer deux fonds en euros, pourtant très rentables, aux nouveaux versements : France 2 (2,25% en 2018) et Euro Innovalia (2,45%).

Des mesures anti-fonds en euros

Deux autres leviers sont utilisés par Generali pour vous détourner des fonds en euros. Dès ce 1er octobre, il ne sera plus possible d’y verser 100% de son épargne, mais seulement 40% ! Les 60% restant devront être investis sur des unités de compte, c’est-à-dire des fonds risqués. Et pour 2020, l’assureur envisage aussi d’augmenter les frais d’entrée sur ses fonds en euros.

A CONSULTER >> Les rendements 2018 des contrats d’assurance vie

Une politique justifiée par des conditions d’investissement sur les marchés obligataires, avec notamment les taux d’État négatifs (France, Allemagne), qui menaceraient directement la survie des fonds en euros. La plupart des assureurs récitent ce discours, oubliant de rappeler que les actifs en euros sont composés pour moins d’un tiers en obligations d’État. Que leur taux de revalorisation reste bon, à 2,67% en 2018 pour les 16 premiers assureurs du marché en 2018 (source ACPR). Et que les réserves de rendement des compagnies s’élevaient à 4,30% fin 2018, soit 50 milliards d’euros.

Que vont faire les concurrents ?

Dans ce contexte, la baisse des rendements attribuée in fine aux épargnants est certaine, sans doute entre 20 et 50 centimes pour la plupart des contrats. Le taux moyen du marché, qui était de 1,83% en 2018 selon l’ACPR, pourrait tomber autour de 1,40%. Il faut toutefois s’attendre à des écarts très marqués, certains assureurs, notamment des mutuelles, limitant la casse.

Mais le pire est sans doute à craindre sur l’accès aux fonds en euros. Depuis deux à trois ans, certains assureurs comme Apicil, Spirica et Suravenir (sur certains contrats) avaient imposé des seuils d’investissement en fonds risqués pour disposer du sésame garanti. Cette pratique va faire école. Allianz aurait ainsi validé dès le 1er octobre une part de 30% minimum d’unités de compte sur toutes les souscriptions, passant dans le même temps les tickets d’entrée de ces contrats à 30 000 euros (sauf exception) ! A qui le tour ?

L’euro-croissance en ligne de mire

Le rouleau compresseur ne va pas s’arrêter là, puisque le gendarme du marché invite sans tarder les assureurs à « imaginer de nouvelles offres et, étape par étape, habituer leurs clients à prendre une part de risque ». Generali le proclame ainsi haut et fort, l’avenir est au fonds euro-croissance, une solution hybride ayant seulement une garantie en capital au terme (8 à 40 ans). Mais entre-temps, la prise de risque est portée intégralement par l’assuré. Les fonds euro-croissance, relancés par la loi Pacte votée au printemps, pourraient aussi puiser dans les plus-values des fonds en euros, ce qui est permis par les textes.

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