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Fonds en euros : la valse des rendements

En 2020, les contrats d’assurance vie fonds en euros ont servi de 0,50 à 2,75%. Soit 450 % d’écart ! Tous les détails.

Assurance vie
Crédit: iStock.

Ce qui compte avant tout dans un placement, c’est sa performance. Pour les fonds en euros, cette information tombe en début d’année. Pour 2020, le taux moyen servi sur le marché va atterrir autour de 1,20 % avant taxes sociales, après 1,46 % en 2019 et 1,80 % en 2018. Ces résultats sont en baisse continue depuis vingt ans. Le saviez-vous ? Probablement.

Selon une étude de la société de gestion Fidelity (mars 2020), « près de 60 % des épargnants se disent bien informés de la forte baisse des rendements du fonds en euros », un pourcentage qui culmine à 80 % pour les ­détenteurs d’un patrimoine supérieur à 150 000 euros.

En effet, à quoi bon fuir la réalité ? Voilà les assureurs pris au piège d’un environnement obligataire très ­dégradé, tout en opérant dans un cadre réglementaire cadenassé qui les empêche de diversifier davantage leurs investissements.

Le contexte de marché restera défavorable pour longtemps

« Les contraintes réglementaires de solvabilité ne sont pas facilitantes pour les assureurs vie, c’est un fait, confirme Odile Ezerzer, directrice générale de Mutavie (Macif). Leur assouplissement permettrait une gestion plus dynamique, davantage en prise avec l’économie réelle, des actifs en euros. Mais ne nous y trompons pas, la rentabilité des obligations, matière première des fonds en euros, est le juge de paix du marché. Or, dans un environnement de taux bas durable, le rendement du portefeuille obligataire de tout actif en euros va baisser régulièrement avec l’arrivée à échéance d’anciennes obligations qu’il faut en partie ­réinvestir à des taux très faibles. »

Vous pouvez donc déjà prévoir peu ou prou la même érosion pour 2021, avec un taux moyen qui butera sur les 1 %, donc autour de 0,80 % net de taxes sociales. Puis à nouveau 20 à 30 centimes de moins en 2022 et ainsi de suite…

Le décor est posé. Maintenant, entrons dans le détail des résultats de l’année 2020. Comme toute moyenne, le taux de 1,20 % ne nous dit rien sur les niveaux minimaux et maximaux servis ici ou là, ni de la proportion d’épargnants en ayant bénéficié. Si l’on observe en détail les rendements, ils s’étalent en réalité de 0,50 à 2,75 %. Soit 450 % d’écart !

Illustrons notre propos en prenant deux contrats commercialisés depuis plusieurs années. D’un côté, l’offre grand public du Crédit Agricole, Predissime 9 série 2, dont le fonds en euros a rapporté 0,65 % en 2020. De l’autre, le contrat de l’association Afer, crédité de 1,70 %. Soit pour ce dernier, un taux 2,6 fois supérieur au premier cité. Sur quatre années pleines (2017-2020), Predissime 9 série 2 aura rapporté 4,01 % contre 8,45 % pour le multisupport de l’Afer.

Ce qui revient à dire que si vous aviez placé 10 000 euros le 1er janvier 2017 sur l’offre de la banque verte, vous auriez seulement, quatre ans plus tard, 10 089 euros, compte tenu des 3 % de droits d’entrée. Avec l’assurance vie de l’Afer, dont les frais sur versements sont à 0,50 %, vous auriez 10 791 euros. Match plié, le tout pour une sécurité et une liquidité du produit identique.

Cet exemple pourrait être dupliqué à l’infini. Il illustre combien le marché des fonds en euros est disparate, élastique, voire insensé. Ainsi, alors que les banques pèsent pour environ les deux tiers des contrats (source : FFA, Fédération française de l’assurance), elles affichent aussi les taux les plus bas du marché, notamment sur leurs offres destinées au grand public.

Beaucoup de contrats bancaires sont passés sous la barre des 1 % (avant taxes sociales) en 2020, comme à la Banque Populaire et à la Caisse d’Epargne, à La Banque Postale, au Crédit Agricole, chez LCL, ou encore à la Société Générale. Seuls BNP Paribas et le Crédit Mutuel ont tenu la barre avec un taux minimal attribué sur leurs contrats commercialisés à 1 %.

Bien sûr, ici ou là, les taux sont majorés selon l’encours géré et/ou la part d’unités de compte (UC) détenues. Mais, outre qu’elle redore à peine le blason des offres bancaires, cette pratique est très contestable dans son principe, puisqu’elle revient à habiller Pierre avec les habits (intérêts) de Paul. Passons…

Au plus bas chez les bancassureurs, les fonds en euros sont à peine mieux lotis chez les grosses enseignes de l’assurance. C’est notamment le cas pour les groupes étrangers travaillant avec une filiale en France, qui ont taillé dans le vif des rendements. Allianz, Aviva (hormis son offre Afer), Generali, Swiss Life affichent des taux planchers sous les 1 %. Leur message est clair : ne venez pas chez nous pour investir uniquement sur le fonds en euros.

En revanche, en diversifiant sur les supports à risque (les unités de compte), vous serez gagnant ! La palme revient à Swiss Life, puisque l’assureur helvétique alloue seulement 0,80 % au fonds en euros si vous détenez moins de 30 % d’UC, mais va jusqu’à 2,50 % si vous dépassez les 60 % d’UC dans votre contrat (2,70 % pour les clients ayant plus de 250 000 euros de patrimoine gérés chez Swiss Life).

Finalement, parmi les marques à forte notoriété, seul le français Axa affiche encore une rémunération minimale de bon aloi, malgré une baisse de 40 centimes par rapport à 2019, à 1,20 %, bonifiée jusqu’à 1,60 % selon la part d’UC pour ses principaux contrats.

La multiplication de ces taux variables rend l’analyse compliquée. D’autant que certains établissements font preuve d’une communication très contestable de leurs performances. C’est le cas d’Allianz, qui persiste année après année à présenter des taux de « rendement moyen » pour ses contrats commercialisés. Ce qui empêche toute comparaison avec la concurrence. Nombre d’enseignes ne signalent pas les encours gérés en regard des rendements, ce qui, là encore, est contraire aux ­recommandations de la FFA. Qui s’en soucie ?

Les mutuelles sont les mieux-disantes du marché

Regardons maintenant le haut du panier. Comme les années précédentes, on y trouve des mutuelles d’assurances et quelques associations d’épargnants autonomes. Avec 2,75 % net, la mutuelle Garance sort, de très loin, le meilleur taux du millésime 2020. Et ce pour la troisième année consécutive, ce contrat ayant été lancé en 2018. Point clé : le fonds en euros est accessible pour 100 % de sa mise.

Comment expliquer qu’un contrat rapporte 2,75 % quand d’autres butent sous les 1 % ? Les choix de gestion de l’assureur sont évidemment en cause. Chez Garance, on souligne que « la persistance de cette bonne performance s’explique d’abord par la stratégie de gestion de long terme menée depuis plus de quinze ans par Indép’AM, la filiale de gestion d’actifs de Garance. L’actif général comprend 72 % d’obligations, pour une durée moyenne de douze ans, et 28 % d’actifs à plus haut niveau de risque et de rendement potentiel [15 % d’actions et 5 % d’immobilier, NDLR]. De même qu’elle a permis de limiter l’effet des taux d’intérêt durablement très faibles, cette stratégie a largement prémuni le contrat Garance Epargne des conséquences économiques et financières de l’épidémie. » A contrario, les actifs des assureurs sont généralement remplis de 85 à 90 % d’obligations, aux rendements aujourd’hui atones.

Cette gestion plus offensive met-elle en danger votre épargne ? « Non, c’est tout le contraire, nous répond un dirigeant mutualiste. Un portefeuille diversifié, construit sans risques inconsidérés, est plus protecteur, puisque les poches de diversification ne sont pas corrélées entre elles en cas de crise sur les marchés. Inversement, si vous détenez trop d’obligations, le risque est grand, soit de voir le rendement tendre vers zéro si les taux obligataires restent plombés, soit, en cas de remontée brutale des taux, de subir la fuite des assurés pour des placements plus rentables. »

Outre la qualité de la gestion financière, un autre élément explique les écarts de rendement. Ce sont les frais. Trop élevés, ils viennent pomper les bénéfices censés revenir aux épargnants. Nous parlons ici des frais généraux de l’assureur, qui rétribuent l’ensemble de sa chaîne de production. Là encore, tout est question de stratégie : « Grâce à sa propre filiale de gestion d’actifs, à son indépendance et à son statut mutualiste à but non lucratif, Garance limite les frais de gestion de ses fonds et fait bénéficier ses clients de l’intégralité des plus-values réalisées, sans avoir à rémunérer d’actionnaires ou de maison mère. », précise-t-on chez la mutuelle.

Des performances entravées par les conditions d’accès

Ce n’est pas le cas, tant s’en faut, pour les grosses compagnies du marché… On comprend mieux pourquoi des mutuelles (AGPM, Garance, MACSF, MIF, etc.) tiennent la barre du rendement à un bon niveau. Pas toutes, cependant. Notons, par exemple, la baisse d’un bon demi-point du rendement à la SMABTP, avec un taux de 1,10 % seulement. « La probabilité d’un environnement de taux bas s’est renforcée, ce qui a été acté dès maintenant en fixant ce niveau de rendement, afin de préserver l’avenir », explique l’assureur mutualiste.

Chez Monceau Assurances, la chute est encore plus lourde, de 2,20 à 1,20 %, mais la raison est toute autre. Son actif très diversifié (24 % d’actions) a souffert d’une année chaotique, d’où la volatilité des rendements d’un exercice à l’autre.

Reste les associations d’épargnants, qui sont et ­seront sans doute les derniers bastions à défendre bec et ongles des fonds en euros rentables, cantonnés (donc sans bidouillage des rendements) et accessibles. Toutefois, elles n’y parviennent plus qu’à moitié. Outre l’Afer, dont les réserves de rendement sont maigres (autour de 0,60 %), citons encore l’Asac-Fapès et le Gaipare, aux taux flatteurs de 1,85 % et 1,90 %.

A rebours du marché, ces deux associations ont poussé leur assureur Allianz à puiser un peu dans les réserves. Problème : aujourd’hui, vous ne pouvez plus ouvrir ces contrats sans verser au moins 30 % sur des unités de compte. Autre association historique liée à Axa, l’Agipi affiche de son côté un rendement à seulement 1,30 % avec des frais d’entrée élevés (mais négociables).

Dans le paysage des fonds en euros, les contrats souscriptibles exclusivement via Internet ont longtemps mené la danse ces vingt dernières années. Sans frais d’entrée, ils étaient alors d’un rapport imbattable. Ce n’est plus le cas. Chez Generali, le fonds en euros traditionnel (Eurossima) est passé sous les 1 % l’an dernier. Logique, puisque cet assureur avait annoncé, dès l’automne 2019, que « le monde du fonds euros roi est terminé »

Du côté de Suravenir (filiale du Crédit Mutuel Arkéa), pourvoyeuse d’au moins seize contrats sur la Toile, le fonds classique affiche 1,30 %, dans la moyenne donc, mais, fait nouveau, est poussé à 1,60 % quand il est inclus dans un profil de gestion pilotée. Nouvelle preuve que les assureurs vous orientent délibérément vers la diversification. On note aussi le taux de 2 % du fonds en euros Suravenir Opportunités, mais sous condition d’investir 50 % sur des UC.

Même constat chez les conseillers en gestion de patrimoine indépendants, dont les fonds en euros (gérés par Axa, Cardif, Swiss Life, etc.) rapportent autour de 1,20 %, avec des taux boostés selon la part d’unités de compte détenue.

Vous l’aurez compris, ce marché est un maquis, en évolution permanente. Ainsi, certains fonds en euros très reluisants ne sont plus accessibles aux nouveaux versements. A l’instar de Sécurité Pierre Euro, de Primonial, qui a pourtant délivré 2,50 % l’an passé. Pour préserver le portefeuille (essentiellement immobilier) et ne pas diluer les rendements futurs dans le contexte obligataire actuel, l’assureur Suravenir a décrété la fin de partie.

Idem chez Spirica, qui a notamment mis au placard Euro Allocation Long Terme, fonds en euros pourtant crédité de 2 % en 2020, pour lancer une solution à garantie partielle (voir p. 48). Il faut s’attendre à d’autres bouleversements dans les mois à venir…

Conclusion : par quelque bout qu’on la danse, cette valse des rendements laisse un goût d’inachevé. Impossible d’être exhaustif, tant ce marché regorge de centaines de contrats sortis des ­linéaires commerciaux, aux rendements très souvent dérisoires. Tant encore, les préconisations (voire les contraintes) d’investissement sur les unités de compte posées par les assureurs, outre qu’elles ne sont pas contractuelles, représentent l’antithèse des fonds en euros. Tant enfin, les frais d’entrée des contrats rendent aujourd’hui tout versement sur un fonds en euros immédiatement perdant. Sauf à choisir une assurance vie sans droits d’entrée (ou très faibles), il faudra plusieurs années pour se refaire la cerise, selon l’expression !

Cet élément est donc aujourd’hui un critère de taille pour établir une hiérarchie réelle des rendements, d’où notre choix d’indiquer systématiquement les frais sur versements dans nos sélections ou comparaisons de contrats. Habituez-vous à simuler des matchs.

Exemple : est-il plus efficace d’investir 1 000 euros sur Multi Vie (rendement de 1,25 %, pas de frais d’entrée) ou sur MMA Multisupports (rendement de 1,35 % et 4 % de frais d’entrée) ? Sans hésiter, visez la première option, d’autant que rien n’indique que le taux de MMA restera supérieur à l’avenir à celui servi par la Macif. Bref, comme le disait La Fontaine, « un tiens vaut mieux que deux tu l’auras »

Le massacre des vieux contrats

En assurance vie, ce n’est pas dans les vieux pots que l’on trouve les meilleurs fonds en euros. Bien au contraire, les contrats sortis des linéaires commerciaux affichent des rendements faméliques. Exemple : ceux de la Caisse d’Epargne (Initiatives Transmission, Ricochet, Yoga, etc.), gérés par CNP Assurances, sont crédités de 0,50 % net de frais pour 2020. Même topo (0,50 à 0,80 %) à la Banque Populaire (gamme Fructi-placement), au Crédit Agricole (Confluance, Predige, Predissime 9), au Crédit Mutuel Arkéa (Prévi-
Options, Prévi-Retraite), à La Banque Postale (Ascendo, GMO, Poste Avenir), etc.

L’information sur ces données est minimale. Le bilan n’est guère plus favorable chez les gros assureurs traditionnels comme Allianz ou Axa, qui toutefois conservent de nombreux contrats à taux garantis élevés (4,50 %) dans leurs portefeuilles. Seules exceptions : les associations d’épargnants (Afer, Agipi, Asac-Fapès, Gaipare), certaines mutuelles d’assurances (MACSF, Maif, GMF, Monceau Assurances…) ou distributeurs spécifiques (Carrefour Banque), qui attribuent le même taux à tous leurs contrats, vieux comme récents.