Se connecter S’abonner

Fonds en euros en assurance vie : mode d’emploi en 4 points clés

L’assurance vie en euros reste la meilleure épargne garantie, malgré la faiblesse des rendements. Mode d’emploi en 4 points clés.

assurance vie
Pour l’épargnant, la mutation de la fiscalité de l’assurance vie ouvre assurément un espace de liberté supplémentaire. ©Istock

Aussi sombre soit-il, l’avenir du fonds en euros ne doit pas vous conduire à l’immobilisme. Prenez donc les choses en main. Notre feuille de route se décline en quatre points qui vont droit au but. Un, malgré la faiblesse des rendements, soyez convaincu que le fonds en euros reste le meilleur produit d’épargne sécurisé. Deux, il vous revient d’aller dénicher les contrats les plus performants sur la durée. Trois, n’omettez jamais de tenir compte des frais prélevés sur votre épargne à l’entrée, un critère désormais décisif. Enfin quatre, sans précipitation, analysez les propositions alternatives de votre assureur, en gardant à l’esprit qu’à bien des égards, il est très intéressé à vous voir quitter le navire des fonds en euros.

1-Ne désertez pas les fonds en euros

Existe-t-il aujourd’hui un placement à capital garanti plus rentable que le fonds en euros d’une assurance vie ? Non. Avec un rendement moyen de 1 % net de taxes sociales en 2020, les fonds en euros auront fait mieux que le livret A (et consorts), qui pointait à 0,50 %. Deux fois mieux pour la même sécurité, sans plafond de versement (contre 22 950 euros pour un livret A), l’argument est déjà suffisant pour conserver son fonds en euros. Vous ne trouverez aucun équivalent sur le marché de l’épargne sans prise de risque. Certes, certains fonds en euros n’auront pas davantage performé que votre livret A. Mais d’autres auront en ­revanche permis de gagner trois à cinq fois plus !

Autre point clé, les fonds en euros sont liquides, vous pouvez donc récupérer votre argent à tout moment. Certes, les délais sont plus longs que sur un livret, mais dans certaines compagnies, les fonds sont virés sur votre compte bancaire en trois à quatre jours. De fait, comme l’affirme Guillaume Rosenwald, directeur général de MACSF Epargne Retraite, « le fonds en euros est un placement utile à pérenniser, c’est la base bien sécurisée d’une épargne diversifiée ».

Il correspond même parfaitement à certains objectifs patrimoniaux comme la transmission d’un capital ou sa sécurisation en vue d’un projet précis à court ou moyen terme. Autre raison de ne pas déserter trop vite les fonds en euros, vous ne pourrez peut-être pas y revenir de sitôt. Prudence, donc, avant de les liquider.

2-Faites la chasse aux meilleurs d’entre eux

L’assurance vie est un marché protéiforme. On y recense au moins 150 contrats différents en cours de commercialisation, avec de grands écarts sur les rendements des fonds en euros. Une hiérarchie des taux se dessine assez clairement sur les dix dernières années. Sur le devant de la scène, on trouve essentiellement des contrats de mutuelles et d’associations d’épargnants. Au fond de la classe, les contrats bancaires. Au milieu, tout le reste.

Entre un taux à 0,80 % et un autre à 1,50 % l’an dernier, on pourrait estimer que l’écart reste insignifiant. Erreur. Répété sur la durée, il vaudra son petit pesant d’euros par le jeu de la capitalisation et des intérêts composés. Votre cible est donc très précisément définie : visez les fonds en euros les plus rentables sur la durée, et qui permettent d’y investir sans devoir en parallèle miser sur des unités de compte (UC). A étudier sans tarder, car tout bouge très vite (voir notre sélection page précédente).

En revanche, si vous avez d’emblée l’intention de panacher votre investissement avec des fonds risqués, misez aussi sur les contrats qui dopent fortement leurs fonds en euros selon la part d’UC détenues. Les bonnes adresses sont du côté de Swiss Life (2,50 % de rendement avec 60 % d’UC) ou de Suravenir (2 % avec 50 % d’UC).

Restez toutefois bien conscient que sur la part investie en UC, outre des frais de gestion annuels élevés, vous pouvez voir votre capital baisser. En somme, dans ces contrats, à travers la promesse de gagner plus sur le fonds en euros, on fait courir à l’assuré la possibilité de perdre également plus.

3-Ne négligez pas les frais d’entrée

L’assurance vie est un placement qui s’achète, notamment son fonds en euros. Et pour cause, on vous prélève des frais sur chacun de vos versements. Ces derniers courent jusqu’à 5 %, le maximum légal. En moyenne, il faut compter 3 % de ponction. Cher payé, notamment lorsque les rendements sont nettement sous cette barre.

Prenons le contrat LCL Vie, construit avec 3,50 % à l’entrée. Son fonds en euros a rapporté de 0,65 % à 1,85 % l’an dernier, selon l’encours et la part d’UC. Avec le taux plancher, il faudra plus de cinq ans pour amortir la facture.

Autre exemple : l’assurance vie de l’Agipi. 4,85 % de frais, 1,30 % de rendement, résultat, près de quatre années seront nécessaires pour retrouver son capital initial. Vu sous cet angle, investir sur un fonds en euros est dénué de tout bon sens.

D’où la nécessité absolue de prendre le critère des frais sur versements en considération dans la comparaison des fonds en euros. Notre postulat : payer un tribut supérieur à 1,50 % est ­aujourd’hui incongru.

Vous avez donc deux stratégies. Soit, vous ciblez ­directement les contrats présentant les frais les plus bas, pour ensuite vous intéresser à la rémunération des fonds en euros. A ce sujet, sachez qu’il existe encore quelques contrats sur le Net à 0 % de frais d’entrée et qui permettent d’investir sur le fonds en euros sans contrainte d’UC (Assurancevie.com, Boursorama, Placement-­direct).

Soit, vous négociez farouchement avec votre conseiller la baisse des frais. C’est toujours une possibilité, fruit d’un rapport de force et de l’intérêt bien compris de chacun.

4-Etudiez posément les propositions de votre assureur

C’est une certitude, les assureurs veulent orienter votre épargne sur les unités de compte. Le support en euros leur coûte trop cher en fonds propres, contexte financier oblige. Mais vous, est-ce votre intérêt ? C’est la question clé que vous devez vous poser face aux sollicitations de votre conseiller financier.

Il ne s’agit pas de fermer la porte à la diversification de votre épargne, mais de prendre le temps d’étudier les propositions en la matière. La mode est de vous pousser vers des options de gestion pilotée. Très bien, mais pour quel prix, quels résultats, quel risque ? Ces questions doivent trouver réponse. Idem pour toute autre offre alternative.

En tout état de cause, modifiez toujours votre stratégie d’investissement de manière progressive. A chacun selon ses besoins et sa culture financière, selon ses objectifs, son âge, son tempérament, son horizon de placement. 

« Pour tirer le meilleur de son contrat d’assurance vie, il est indispensable de trouver le bon équilibre entre fonds en euros et unités de compte, résume Albert d’Anthoüard, directeur de la clientèle privée de la fintech Nalo. Cet équilibre ne dépend absolument pas du marché, mais du profil et des objectifs personnels de chaque investisseur. »

L’essentiel est dit. Mais vigilance toute de même. L’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), le gendarme du secteur, pointe régulièrement du doigt de nombreuses publicités qui manquent de clarté quant aux risques portés par les épargnants. Sachant que 25 % des épargnants ignorent s’ils ont ou pas des unités de compte dans leur assurance vie (étude Fidelity précitée), mieux vaut prévenir.