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Mettez de l’ISR dans votre assurance vie

L’assurance vie se met à son tour à l’ISR. Attention, tous les contrats ne se valent pas !

Assurance vie
Crédit: iStock.

Le placement financier préféré des Français – de par ses encours – est (enfin) rattrapé par le souffle de la  « finance durable ». Les contrats déclinant des solutions ISR (Investissement socialement durable) ou ESG (critères environnementaux, sociaux et de gouvernance) se multiplient. A vrai dire, la loi pousse les assureurs dans cette direction. Depuis le 1er janvier 2020, tout multisupport doit inclure au minimum une unité de compte (UC) labellisée ISR ou « Greenfin » (ex-TEEC, financement de la transition énergétique et écologique pour le climat) ou « Solidaire » (par exemple, le label « Finansol »). Et dès le 1er janvier prochain, le « ou » sera remplacé par « et », signifiant que ces trois types de fonds seront automatiquement inclus dans toute assurance vie commercialisée (hors celles exclusivement en euros, rares toutefois). A cette même date, tout assureur devra en amont de chaque ouverture de contrat présenter le pourcentage d’UC labellisées que celui-ci contient. Quid des fonds en euros ? Ils restent peu concernés par la question, puisque composés d’obligations d’État pour l’essentiel. Tout assureur devra toutefois expliquer sa politique d’intégration des impacts environnementaux et sociaux dans la gestion de son fonds en euros. A suivre… En attendant, les chiffres témoignent d’un marché en mouvement. Fin 2019, les encours des UC « responsables, vertes et solidaires » s’élevaient à près de 25 milliards d’euros contre 7 milliards fin 2018, selon la Fédération française de l’assurance. Nul doute que les données actuelles sont encore plus éloquentes.

Des offres chez les mutualistes et les bancassureurs

Dans les faits, les compagnies n’ont pas attendu la contrainte légale pour se positionner sur le terrain de la finance durable. L’offre de fonds labellisés a fortement grossi ces deux dernières années, tant dans le cadre de la gestion libre des contrats que dans les options de gestion pilotée (dites aussi sous mandat). Dans la plupart des assurances vie, outre l’étiquette ESG, les fonds retenus portent le label public français ISR ou luxembourgeois LuxFlag, plus rarement le cachet Greenfin. Pour autant, certains assureurs ont pris de l’avance. Quelques mutuelles étaient déjà bien engagées sur le terrain de la finance durable, comme la Maif et la Macif. Ou encore Groupama, qui a récemment enrichi sa gestion pilotée d’un nouveau profil « équilibré durable », et propose  une offre grand public ouverte sur une soixantaine de fonds ESG dont 25 labellisés ISR, Greenfin ou LuxFlag. Après quelques hésitations, les grandes enseignes se mettent aussi en ordre de marche. En début d’année, la Société Générale déployait dans toutes ses assurances vie une offre de fonds ISR multigestionnaire très accessible, une première pour une banque. Mais d’autres bancassureurs sont en pointe sur ce terrain, comme le Crédit Mutuel Arkéa via sa compagnie Suravenir, qui déploie des solutions responsables dans ses offres de gestion pilotée notamment.

Partenaire de l’assureur Axa, l’association d’épargnants Agipi propose une « gestion pilotée thématique ESG », privilégiant l’investissement dans l’environnement, la transition énergétique ou encore la santé et longévité. Certaines compagnies ont même conçu leur propre gamme ISR, pilotée par des équipes spécialisées au sein de leur société de gestion. Exemple : Aviva France a lancé Aviva Vie Solutions Durables, une gamme ISR dotée d’une gestion sous mandat responsable déclinée en trois profils de risque. A ce marché en mouvement, Internet vient donner un sérieux coup d’accélérateur. Tous les nouveaux contrats usent de l’ISR pour attirer le chaland. Citons notamment Birdee Vie, Active Seed, Prefon Vie Responsable ou encore Ethic Vie, le plus ancien de la bande. Avantage de ces formules digitales : l’absence de frais d’entrée permet d’y investir et d’en sortir, si besoin, sans se faire peler. Les anciens contrats du Net, reconnus pour leur caractère « durable », affûtent également leurs armes. Tels Boursorama Vie, qui propose des mandats de gestion 100 % ISR performants, ou ING Direct Vie, qui a enrichi sa gamme de supports de nombreux fonds responsables.

Soyez vigilant et sur les frais

Reste à marier cette offre galopante à une demande en germe. Là, tout se complique pour l’épargnant. Il lui faut d’abord apprendre à faire le tri entre les différents acronymes : ISR, ESG, Greefin, etc., une difficulté commune à tous les placements. Les confusions sont légion. Par exemple, ISR ne signifie pas « solidaire ». Pour rappel, un placement est dit « solidaire » lorsqu’il consacre une fraction de son encours (de 5 à 10 % au moins) au financement d’activités à forte utilité sociale. Des mutuelles (Macif, Maif) ou associations (Asac-Fapès) contiennent un ou plusieurs supports respectueux de ces quotas. Ensuite et surtout, l’offre de fonds d’investissement – les fameuses UC – est en hausse significative ici ou là, avec notamment de plus en plus d’options de gestion pilotée étiquetées ISR. Cet épaississement du marché, s’il ouvre le champ des possibles, rend à contrario le tri compliqué. Règle numéro un, la patience. Comment s’y prendre ? Analysez d’abord la qualité de l’offre d’UC ISR ou ESG, en pesant le contenu des fonds, les performances, les frais. Puis celle du contrat lui-même. Ce dernier point est essentiel. Contrairement aux dires de certains professionnels, les caractéristiques du contrat réceptacle vont largement conditionner le résultat de votre investissement sur la durée. Le poids des frais sur versements et surtout ceux pris sur l’encours chaque année, la force du fonds en euros (élément clé pour sécuriser le moment venu votre capital), les outils de gestion mis à disposition (comme les services en ligne) sont autant d’éléments à regarder de près. Votre objectif ? Combiner une offre de finance durable efficace avec un contrat présentant un rapport qualité prix reconnu. Soyez aussi pragmatique, en utilisant une autre enveloppe aux mains des assureurs pour épargner « responsable », à savoir le plan d’épargne retraite individuel. En somme, pour mettre de l’ISR dans votre assurance vie, usez de la même stratégie que pour investir sur d’autres supports financiers, en prenant le temps d’étudier les tenants et aboutissants des fonds comme des contrats.