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Assurance vie : comment se constituer un pécule pour la retraite

Afin de maximiser leurs revenus une fois la retraite entamée, certains font le choix de l’assurance vie. Mais comment utiliser au mieux cet outil ? Éléments de réponse.

assurance vie
Crédit: iStock.

Alors que les produits dédiés à la retraite se sont modernisés avec la création du PER ou plan d’épargne retraite, l’assurance vie n’a pas dit son dernier mot. Rappelons la mécanique de ce placement, assez simple. Vous épargnez sur un ou plusieurs contrats pendant votre vie active, régulièrement ou non, puis, une fois à la retraite, si vous le souhaitez, vous venez y piocher librement. Cette solution présente deux avantages certains par rapport aux formules concurrentes. Sa souplesse de fonctionnement, d’abord. Répétons-le, on y verse et on y retire à sa guise avec pour seule contrainte le respect des montants minimaux fixés par l’assureur (quelques dizaines, centaines ou milliers d’euros selon les contrats).

Contrairement à une idée tenace, il ne faut en aucun cas attendre que son assurance vie ait huit ans d’âge pour être autorisé à y reprendre son obole. Voilà qui nous amène au second avantage, la fiscalité de cette enveloppe. Certes, avant les huit ans du contrat, en cas de retrait, les intérêts (compris dans tout retrait) sont taxés à 12,8 %, auxquels s’ajoutent 17,2 % de prélèvements sociaux, comme pour la plupart des produits financiers. Mais passé huit ans, les retraits d’argent y sont peu, voire pas fiscalisés, du fait d’abattements annuels importants sur les intérêts.

Mais ce n’est pas tout. L’assurance vie est aussi un placement modulable, contrairement à l’enveloppe très (trop?) cadrée du plan d’épargne retraite individuel. Si pour quelque raison, votre objectif retraite n’est plus prioritaire avant l’échéance, ou si, une fois en retraite, vous n’avez pas besoin d’utiliser le capital accumulé (par exemple, vous percevez une donation ou un héritage important), pas de panique ! L’assurance vie conserve sa botte finale : être un outil de transmission incontournable (fiscalement et civilement) au décès, dès lors que vous avez un peu de patrimoine. Rappelons qu’on peut laisser jusqu’à 152 500 euros sans impôt à autant de personnes que souhaité, pour les versements effectués avant ses 70 ans.

Reste à savoir comment l’utiliser efficacement pour se constituer un pécule complémentaire au service de votre vie post-tprofessionnelle. Combien d’années vous séparent de la retraite ? C’est en fonction de cette échelle que vous allez doser votre prise de risque sur votre épargne.

Vous avez entre 30 et 45 ans

Ici, la question est : combien puis-je épargner de manière régulière dans une assurance vie ? En effet, le versement programmé chaque mois via un virement de votre compte bancaire est une règle d’or afin de se constituer un capital pour la retraite. Sachez que pour disposer de 100 000 euros à 65 ans, il faudra verser 226 euros par mois en démarrant à 40 ans, mais 722 euros à 55 ans (avec une hypothèse de rendement de 3 % net par an). Il sera souhaitable de réévaluer le montant de son versement programmé en cas de changement professionnel, mais aussi d’effectuer un virement exceptionnel en cas de prime, etc.

Partant de là, comment gérer votre contrat ? Avec de la diversification pour profiter des marchés financiers sur le long terme. Si vous êtes un épargnant suffisamment averti, donc autonome, vous pouvez constituer vous-même votre allocation de fonds. Sans chercher à faire trop compliqué : il vous suffira d’investir, par exemple, aux deux tiers votre capital sur deux ou trois fonds actions diversifiés, et le dernier tiers sur le fonds en euros. Sur la durée, vous générerez plus de performances qu’en vous positionnant exclusivement sur le fonds en euros. Attention, ce n’est en rien une certitude, et votre capital pourra même fluctuer assez brutalement selon l’évolution des marchés financiers. C’est pourquoi votre diversification doit toujours être raisonnée et s’appuyer sur des versements réguliers, qui permettent de lisser le cours d’achat des fonds.

Une autre règle d’or assez simple pour gérer son assurance vie, c’est d’y prendre de temps en temps ses gains pour les mettre au chaud. En pratique, cela revient à déplacer les plus-values enregistrées sur les fonds actions vers le fonds en euros sécurisé. Techniquement, cette opération est un arbitrage (gratuit ou non selon les offres). Vous pouvez également opter pour une option de sécurisation automatique des plus-values, par exemple dès que celles-ci atteignent 6 % sur un fonds du contrat. Mais selon votre horizon de temps, d’autres solutions valent d’être soupesées, comme le rééquilibrage annuel de l’allocation avec un arbitrage automatique effectué par l’assureur, ou comme l’investissement sur un fonds euro-croissance.

Encore plus commode, si vous êtes un épargnant moins averti, portez-vous sur les solutions clés en main des assureurs, qui sécurisent votre capital au fur et à mesure que vous approchez de la retraite. On retrouve ici la gestion à horizon promue dans le cadre du PER. Sauf que, différence majeure avec ce produit, l’épargne n’est pas bloquée et pourra donc être mobilisée le cas échéant pour un autre but.

D’autres pistes sont à creuser dans le cadre de la préparation d’un complément de retraite. L’une d’elles est de vous tourner vers les fonds indiciels (dits trackers ou ETF). Il s’agit de miser sur un ou plusieurs indices boursiers, par exemple le CAC 40. Le mieux est de recourir aux offres de gestions pilotées dédiées à ce type de supports proposées par quelques courtiers en ligne comme Altaprofits, Nalo, Patrimea, Yomoni. Vous pouvez aussi profiter de l’accès aux supports immobiliers que sont les SCPI (sociétés civiles de placement immobilier), les SCI (sociétés civiles immobilières).

Vous avez 55 ans et plus

Ici, il faut penser avant tout à sécuriser régulièrement les plus-values enregistrées sur des fonds actions. Rappelez-vous que les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, il serait dommage de voir votre capital fondre à la suite d’une crise financière foudroyante. Plus vous approchez de votre départ en retraite, plus il est temps de protéger significativement votre capital sur le fonds en euros, en gardant une poche d’environ 20 % de fonds risqués. Une proportion qui sera variable selon votre situation professionnelle, patrimoniale et votre profil psychologique.

Et ensuite ? Faudra-t-il vous contenter d’une gestion prudente? Tout est ouvert. Quelques outils pourront vous intéresser. Ainsi, une option appelée « dynamisation des intérêts » vous permettra d’orienter automatiquement les gains obtenus sur le fonds en euros vers un fonds actions choisi. De quoi générer de la performance sans prendre de risque sur le capital. Enfin, n’hésitez pas à combiner cette stratégie pour la retraite à l’enveloppe de défiscalisation qu’est le PER.

Comment choisir le bon contrat ?

Sachez que le marché regorge d’assurances vie aux qualités très inégales. Tournez-vous vers des contrats compréhensibles, pilotés par les assureurs dans la durée et qui ont fait leurs preuves, le tout à frais contenus. Et si vous visez des produits récents, appuyez-vous sur des données solides, étayées, puis comparez. Prenez garde aux artifices commerciaux, incompatibles avec un projet d’épargne à long terme. Dans tous les cas, agissez sans précipitation. Préparer sa retraite requiert davantage que de souscrire un contrat en dix minutes chrono avec un conseiller, aussi compétent soit-il. Cet engagement, qui peut certes être rompu à tout moment, ne sera vraiment efficace que s’il perdure.

Dernière hypothèse, assez probable : vous détenez déjà un contrat. S’il est solide, banco, utilisez-le pour votre future retraite. S’il est mauvais, faut-il le garder ? Dans une optique de retraite à plus de dix ans, franchement non. Mieux vaut repartir sur un bon contrat et s’y tenir. Afin de conserver l’antériorité fiscale du contrat délaissé, vous pouvez toutefois demander son transfert vers un autre contrat du même assureur, une possibilité issue de la loi Pacte d’avril 2019. A condition que ce soit opportun en fonction de l’offre de la compagnie et que cette dernière accepte votre demande.