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Actions, immobilier, euro-dollar : tous les actifs sont survalorisés

La guerre des marchés est déclarée. Les adversaires se sont engagés, depuis peu, dans une bataille de long terme : en début d’année, tous les experts étaient d’accord pour affirmer que les Bourses américaine et européennes entraient dans un marché de tendance haussière. Mais depuis quelques semaines, les raisons d’hésiter se multiplient. L’indice Cac 40 s’est replié à 5 120 points la semaine passée.

D’un côté, il y a ceux qui craignent un nouveau krach, à l’instar de la société de gestion Pimco ou d’Amundi, qui estiment que 2017 serait un remake de 1987. Pour Éric Mijot, responsable de la stratégie d’investissement chez Amundi, les similitudes entre les deux années sont nombreuses, avec notamment des valorisations très élevées des sociétés cotées. De l’autre côté, il y a les “passifs”, qui évoquent une pause estivale bienvenue.

Chez KBL Richelieu Gestion, Pascal Bernachon, fort de ses trente-sept années d’expérience, affirme qu’« il faut relativiser les inquiétudes ; les acheteurs aimeraient bien acheter plus bas », indique-t-il. Il ajoute que le niveau modéré d’investissements des gérants américains limite le risque d’une chute brutale des Bourses. Dans les salles de marché, les analystes chartistes, qui basent leurs prévisions sur les graphiques des années précédentes, affichent une sérénité apparente. Ils expliquent que le Cac 40 évolue dans un couloir entre 5 120 et 5 550 points, mais qu’il ne faudrait pas qu’il sorte trop brutalement de cette zone.

« On ne comprend pas bien la hausse des valorisations des actions », a reconnu le 2 juillet le chef économiste de l’AMF, Stéphane Gallon. Tous secteurs confondus, la Bourse de Paris se paie actuellement 16 fois les bénéfices des entreprises (contre une moyenne historique de 14 fois). Mais les valeurs technologiques, tirées par Wall Street, atteignent des niveaux bien plus élevés, parfois jusqu’à une « exubérance irrationnelle », pour reprendre la célèbre expression de l’ancien responsable de la Réserve fédérale américaine, Alan Greenspan.

Pour la plupart des économistes, après avoir vécu avec l’épée de Damoclès de la déflation, les banques centrales seront à présent moins accommodantes. La Réserve fédérale a annoncé, le 15 juin, une hausse d’un quart de point de ses taux directeurs en précisant surveiller étroitement les développements de l’inflation. D’ici à la fin de l’année, la banque centrale entend procéder à au moins une nouvelle hausse des taux.

Dans la zone euro, la Banque centrale européenne (BCE) a prévenu que ses taux resteraient au niveau actuel pour une période prolongée et qu’elle poursuivrait son vaste programme de rachats de titres (60 milliards d’euros par mois), le quantitative easing.

« La BCE n’a pas d’autre alternative que de continuer son quantitative easing si elle veut régler le problème d’endettement des pays de la zone euro », commente Pascal Bernachon. Une analyse partagée par Meyer Azogui, président de Cyrus Conseil, qui estime que « la crise de l’euro n’est pas finie et (que) les marchés peuvent encore avoir de mauvaises surprises ».

Autant dire que les obligations d’État, qui délivrent actuellement un rendement d’à peine 0,5 %, ne sont pas près de se revaloriser. « L’actif que nous préférons, c’est le passif », poursuit Meyer Azogui. L’expert juge que les marchés de l’immobilier et des actions cotées étant à des niveaux élevés, il convient de diversifier son patrimoine dans des actifs non cotés. D’une part, dans le private equity (lire notre article page 38), en investissant dans des sociétés en phase de développement via des fonds spécialisés — notamment dans les sociétés israéliennes. D’autre part, dans la dette privée non cotée. Dans la mesure où les emprunts d’État ne procurent pas de rendement satisfaisant, la société conseille d’investir via les spécialistes de la dette non cotée, à l’instar de la société Tikehau Capital, qui vient d’ailleurs d’annoncer une augmentation de capital de 500 millions d’euros pour doper ses investissements.

Dans sa dernière note intitulée Un saut dans l’inconnu, la société de gestion Pimco pointe du doigt le niveau d’incertitude élevé qui plane sur tous les marchés. Elle recommande aux investisseurs de mettre l’accent sur les produits qui préservent le capital. Pour faire face aux soubresauts des Bourses cet été, les gestionnaires recommandent d’investir jusqu’à 10 % de son portefeuille dans l’or. Même s’il s’agit du placement « le plus bête du monde », puisqu’il ne rapporte aucun dividende, le métal jaune est une valeur refuge qui s’apprécie en cas de problèmes politiques ou monétaires. Les Français ne s’y trompent pas. Selon un sondage OpinionWay réalisé fin juin, 62 % d’entre eux considèrent l’or comme un des placements les plus sûrs en période d’instabilité.

Auteur : Marie de Greef-Madelin