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Sicav: 7 axes de diversification porteurs pour investir en 2020

Dans un environnement boursier porteur, la majorité des Sicav a tiré leur épingle du jeu. Mais qu’en sera-t-il en 2020 ? Notre sélection.

En Bourse, les années se suivent et ne se ressemblent pas ! Après un millésime 2018 catastrophique, celui de 2019 s’annonce extraordinaire. A l’heure où nous écrivons ces lignes, le CAC 40 progressait de près de 23 %, un record depuis une décennie. Et la plupart des indices boursiers à travers le monde ont affiché des performances mémorables : + 28 % pour le S&P 500 aux Etats-Unis, + 21,3 % pour le Nikkei au Japon, + 10,9 % pour le MSCI Emerging Markets pour les pays émergents. Malgré des taux d’intérêt toujours bas, les indices obligataires ont eux aussi fini l’année dans le vert. « Globalement, les stratégies obligataires (obligations d’entreprise et souveraines) ont offert des rendements compris entre 9 % en Europe et 13 % aux Etats-Unis », indique Gilles Dauphiné, responsable des gestions obligataires Euro Alpha chez Amundi.

Dans cet environnement porteur, la très grande majorité des Sicav commercialisées auprès des particuliers en France ont tiré leur épingle du jeu. Sur les 3 800 fonds que nous avons étudiés, 95 % ont enregistré des performances positives l’an passé et plus de la moitié ont affiché des gains supérieurs à 10 %. Des résultats exceptionnels, à contre-courant des prévisions pessimistes du début d’année. La volte-face de la Réserve fédérale américaine (Fed) qui, à partir du mois de mars 2019, a réenclenché une politique monétaire accommodante, a changé la donne sur les marchés. Dès lors, il fallait oser les actifs risqués, notamment les actions.

Mais qu’en sera-t-il en 2020 ? Les professionnels se montrent toujours positifs sur les actions, même si les perspectives de hausse ne sont plus aussi importantes. Les banques centrales devraient continuer à soutenir les marchés, mais la croissance mondiale commence à s’essouffler et des incertitudes demeurent quant au Brexit ou encore à la guerre commerciale menée par les Etats-Unis. Toute la question est également de savoir s’il est encore bien raisonnable d’investir sur des niveaux de valorisation aussi élevés ! Dans ce contexte, nous vous recommandons cette année sept axes de diversification pour lesquels nous avons sélectionné vingt fonds ayant fait leurs preuves sur une longue période.

Données arrêtées au 04-12-2019. Source : SIX.

Misez indirectement sur les actifs réels

La pierre, les infrastructures, les matières premières… Voici des investissements dont la valeur intrinsèque repose sur des biens tangibles. Difficile toutefois, en tant que particulier, d’investir directement sur ces marchés. La parade : misez sur des fonds qui sélectionnent des sociétés cotées évoluant dans l’univers des actifs réels.

Immobilier coté

Très attachés à l’immobilier physique, les épargnants français ne pensent pas spontanément à se porter sur la pierre à travers les foncières cotées en Bourse, ces sociétés qui gèrent des parcs immobiliers (bureaux, entrepôts, centres commerciaux, résidences…). Pourtant, ce segment offre une grande souplesse d’investissement et peut constituer un réel axe de diversification. Il faut toutefois garder en tête que même si la valorisation d’une foncière est bel et bien corrélée aux prix de l’immobilier, elle dépend aussi en partie de la stratégie de l’entreprise et de l’évolution des marchés actions !

Pour autant tous les signaux sont au vert pour ce secteur : pas de récession économique en perspective, des taux d’intérêt toujours faibles et une valorisation encore raisonnable par rapport à leur actif net réévalué (ANR). « Malgré la forte montée de tous les cours boursiers en 2019, les foncières off rent encore une décote de valorisation de 10 % », indique Victor Kittayaso, gérant chez Allianz Global Investors. Mais attention, il vous faudra être très sélectif. Les trois fonds que nous avons choisis  se montrent prudents sur les acteurs britanniques (qui peuvent encore souffrir du Brexit) et privilégient des actifs immobiliers souvent de niche comme des foncières spécialisées dans les résidences étudiantes, les entrepôts pour l’e-commerce ou encore les box de stockage.

Infrastructures

Sécuriser des rendements sur une longue période : telle est la promesse des fonds d’infrastructures. Les investisseurs professionnels y ont d’ailleurs misé massivement l’an passé, à travers des fonds dans le non-coté qui promettent des rendements à très long terme encore exceptionnels, de 10 à 15 % nets. Mais ce segment peu liquide du capital investissement n’est pas ouvert aux particuliers. Ces derniers peuvent toutefois s’y exposer via des Sicav visant les actions cotées à l’international dans les secteurs des transports, de l’énergie, de la gestion de l’eau ou des télécommunications. Ces sociétés bénéficient des mêmes facteurs structurels très porteurs sur une longue période : l’urbanisation, le changement climatique ou encore la révolution numérique…

Là encore, il faudra vous montrer sélectif. « Les actifs offrant du rendement ont été particulièrement recherchés en 2019, les prix ont donc déjà beaucoup monté, mais cela reste un thème intéressant sur le long terme », souligne François de Curel, directeur adjoint de l’allocation d’actifs chez Edmond de Rosthchild Asset Management (EdRAM). Privilégiez des sociétés de gestion reconnues sur ce segment et dotées d’une vision internationale, comme DWS ou First State Investments ainsi que des acteurs ayant une expertise robuste sur les actifs réels, comme EdRAM.

Or

Valeur refuge par excellence en période d’incertitude, l’or a eu aussi d’autres vertus l’an passé. Le métal jaune a de nouveau suscité l’attrait des investisseurs, son coût de détention devenant moins pénalisant face à la faiblesse des taux d’intérêt et aux rendements négatifs offerts par le cash. Après être beaucoup monté sur les neuf premiers mois de l’année avec un pic à plus de 1 550 dollars (1 400 euros) en septembre, le cours de l’once d’or s’est un peu essoufflé au dernier trimestre pour tomber à 1 450 dollars. Pourtant, d’après les spécialistes, le métal jaune recèle encore des atouts. « Nous avons intégré l’or dans nos portefeuilles afin de nous prémunir contre les risques extrêmes de baisse des marchés en 2020 », explique Florence Barjou, responsable adjointe des investissements pour les gestions actives au sein de Lyxor.

A LIRE >>>Un gérant français spécialiste des matières premières entrevoit de nouveaux records sur l’or dans les prochains mois

Afin de s’affranchir du risque lié au stockage de pièces d’or ou de lingots, les particuliers peuvent opter pour deux types de fonds. Ils peuvent miser sur des Sicav visant les sociétés aurifères, c’est-à-dire les entreprises qui exploitent des mines d’or. Seul bémol, ces fonds ont un biais actions assez fort et les valeurs minières sont très volatiles. Pour éviter ce travers, les investisseurs avisés peuvent s’exposer à l’or à travers des fonds de certifi cats, comme le Gold Bullion Securities (GB00B00FHZ82). Pour les moins chevronnés, il existe des supports qui répliquent la performance de plusieurs métaux précieux, comme le fonds OFI présent dans notre sélection.

Visez les placements à l’étranger

Principal handicap des portefeuilles actions des investisseurs français : la prédominance de valeurs françaises ou, au mieux, européennes. Pour éviter ce biais domestique, il vaut mieux diluer votre prise de risque en investissant en dehors des frontières.

Actions internationales

Nous avons assisté à une décennie sans visibilité sur les marchés actions. A tel point que ces dernières années, les professionnels se sont systématiquement trompés dans leurs prévisions. Depuis quelque temps, ils alertent par exemple sur le fait que les actions américaines sont devenues trop chères. Et il est vrai qu’elles sont actuellement valorisées à près de 18 fois les bénéfices attendus sur un an, un niveau largement supérieur à la moyenne. Pourtant elles continuent de monter et ne sont toujours pas détrônées par les actions européennes. Même constat pour les valeurs de croissance qui poursuivent leur belle ascension alors que les sociétés décotées restent à la traîne. La rotation des actifs va-t-elle enfin se matérialiser en 2020 ? Difficile de prédire quelle stratégie sera la plus porteuse cette année.

Pour contourner cet exercice délicat, mettez toutes les chances de votre côté en vous exposant à des fonds actions internationaux. Ceux-ci font toujours la part belle aux actions américaines, qui représentent souvent autour de 50 % de l’allocation d’actifs, tout en diversifiant leur risque dans d’autres pays développés (Japon, France, Italie, Allemagne…) et émergents (Chine, Brésil…). Nous avons sélectionné trois fonds positionnés sur des thèmes porteurs sur le long terme (voir tableau). Global Opportunity Fund privilégie les entreprises en croissance et de qualité tout en faisant attention à leur niveau de valorisation. Ostrum Global New World possède un biais sur les valeurs technologiques tandis que Mirova Actions Monde adopte une démarche sectorielle plus flexible et respecte les critères environnementaux.

Actions marchés émergents

Un plébiscite ! Tous les professionnels de la gestion d’actifs s’accordent à dire que les placements sur les marchés émergents constituent le thème porteur pour 2020. Il faut dire que cette zone géographique étendue affiche, en moyenne, un retard de progression par rapport aux autres places boursières. Son indice phare, le MSCI Emerging Markets n’a crû que de 11 % en 2019, soit 17 points de moins que le S&P 500 aux Etats-Unis. Ce décalage s’explique toutefois par des risques géopolitiques plus importants dans ces régions, facteurs qui ont été exacerbés l’an passé : mouvement social au Chili, tensions à Hongkong ou encore guerre commerciale sino-américaine… Les performances ont donc été très disparates selon les pays. Épargnées par les incertitudes macroéconomiques de 2019, les actions grecques ou russes ont constitué les deux meilleurs paris en 2019 avec un gain respectivement de 45 % et de 34 %. En revanche, d’autres pays ont été très pénalisés comme l’Argentine (29,7 % pour son indice phare, le Merval), le Chili (21,5 %) ou encore la Corée du Sud (1,2 %).

L’univers très hétéroclite des marchés émergents reste difficile à appréhender pour un particulier. « Dès l’annonce d’une mauvaise nouvelle, le risque de perte peut être important dans les pays émergents, prévient Michel Audeban, directeur général de Gemway Assets. Plus volatiles, ces économies sont, pour certaines, encore très dépendantes du prix des matières premières ou de la croissance mondiale. Même si d’autres, comme la Chine, réduisent leur exposition à ces facteurs au fur et à mesure que la consommation domestique se développe. » Mieux vaut donc choisir un gérant spécialisé qui effectuera les bons choix de pays et de valeurs à votre place.

Choisissez des actifs de protection

A l’heure où les actifs sans risques ne rapportent plus rien, il est particulièrement complexe de concilier performances et pertes limitées. Pour protéger votre portefeuille, vous pouvez encore opter pour certains fonds obligataires ou diversifiés.

Obligations internationales

Les obligations ne rapportent plus rien ! Ce nouveau paramètre est désormais bien intégré par les épargnants qui voient le rendement de leurs fonds en euros baisser à cause de la faiblesse des taux d’intérêt sur les marchés. Mais paradoxalement, les fonds obligataires ont continué d’offrir des performances très positives en 2019. Toutes catégories confondues, ils ont rapporté autour de 5 % d’après le fournisseur de données SIX. Même si les taux étaient déjà très faibles, ils ont encore baissé l’an passé, phénomène qui permet de revaloriser les obligations en portefeuille.

Il n’empêche, les rendements ne devraient pas s’améliorer en 2020, compte tenu de la position toujours très accommodante des banques centrales. On parle même de « lower for longer », c’est-à-dire de taux bas pour longtemps. Dans ces conditions, il est difficile de protéger la valeur de votre investissement. « 75 % des obligations d’Etat à travers le monde offrent aujourd’hui un rendement négatif pour les investisseurs européens couverts contre le risque de change », rappelle Vincent Juvyns, stratégiste chez JP Morgan AM. Même les bons du Trésor américain, qui affichent un taux facial à 1,8 % sur dix ans, ne rapportent rien si vous couvrez ce placement contre l’évolution du dollar par rapport à l’euro. Pour avoir un peu de rendement, il faut accepter de prendre beaucoup de risque en s’orientant vers des obligations à haut rendement ou de la dette émergente.

Pour éviter de vous exposer fortement à ces deux classes d’actifs particulièrement périlleuses, tournez-vous plutôt vers des fonds obligataires qui peuvent en partie investir sur ces segments mais prendre aussi d’autres paris pour limiter les risques. Ce sont souvent des fonds baptisés unconstrained, c’est-à-dire sans contrainte de gestion. Ils utilisent différentes marges de manœuvre sur les marchés obligataires pour trouver du rendement en regardant tous les profils d’émetteurs, quel que soit leur niveau de notation ou leur nationalité.

Fonds diversifiés flexibles

« Les fonds diversifiés ont encore toute leur place dans un portefeuille, mais il faut vérifier que leur gestion s’adapte réellement à l’environnement de taux bas », commente David Tissandier, responsable de la multigestion chez DNCA. Un prérequis indispensable, qui permet d’éliminer de nombreux produits. La plupart des fonds diversifiés ont bien performé par le passé surtout grâce à leur dimension obligataire. Privilégiez plutôt aujourd’hui les plus flexibles, en vérifiant toutefois qu’ils n’adoptent pas une approche 100 % actions si vous voulez protéger votre capital en cas de repli boursier. Tournez-vous aussi vers des gérants qui se montrent réactifs sur les marchés, qui sont capables de changer de style de gestion, de secteurs d’activité ou même de zone géographique rapidement. Mais là encore, attention ! Certains n’utilisent pas vraiment leur marge de manœuvre et n’ont de flexible que le nom attribué à leurs fonds.

Parmi les produits stars du moment, vous retrouvez H2O Multistratégies de H2O AM, mais compte tenu de l’augmentation de ses frais de gestion et des risques importants pris par la maison de gestion pour parvenir à ses bons résultats (+140 % de performance en cinq ans), nous lui préférons trois fonds flexibles adoptant des approches plus raisonnables.