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La K-POP fond pour les « Bowie Bonds »

Les groupes de pop et de rock multiplient les émissions d’obligations gagées sur les royalties, sur les revenus de leur catalogue d’œuvres existantes ou à venir, ou d’actions de leur société de production. Mais les rendements « rock’n roll » de ces instruments financiers sont à la mesure des risques qu’ils font courir aux investisseurs.

Dollars

N’importe quel fan de David Bowie vous toisera d’un œil chargé de commisération si vous comparez son idole à BTS, le groupe star de K-Pop (Korean Pop). Et pourtant. Comme « Ziggy Stardust », les sept « Boys Scouts à l’épreuve des balles » ont pris le chemin de la Bourse en cédant 20 % de leur société de production, Big Hit Entertainment (BHE), le 15 octobre dernier. En 1997, Ziggy Stardust lançait les premiers Bowie Bonds, des obligations à dix ans gagées sur les revenus de son catalogue d’œuvres existantes, préemptées par l’assureur britannique Prudential, moyennant une « avance » de 55 millions de dollars.

David Bowie, Prince, James Brown et d’autres se sont ainsi affranchis de leur maison de disques, sans perte de pouvoir d’achat puisque ces royalties cédées étaient compensées par leurs tournées à guichets fermés. Le tout, avant l’avènement du piratage en ligne, qui fera des années plus tard plonger les majors !

Les actions de BHE, sursouscrites plus de six cent fois, ont littéralement explosé lors de leur première cotation, avec un gain de 91 % en clôture, valorisant BTS quatre milliards de dollars ! Au-delà des succès commerciaux du boys band, les investisseurs se ruent sur un groupe qui apporterait au moins deux milliards de dollars au PIB sud-coréen grâce à sa capacité à multiplier les produits dérivés. Ces véhicules sont en théorie accessibles aux investisseurs particuliers. Mais comme beaucoup d’obligations privées, l’étroitesse de ce compartiment et leur faible liquidité les rendent hors d’atteinte pour ces derniers.

Deux mois après, l’action BHE s’est érodée de moitié mais reste au niveau du cours d’introduction. De quoi illustrer l’adage cher à Warren Buffet : « quand la musique s’arrête… ». Car le groupe promet à ses investisseurs un concentré de risques de haute intensité. D’abord, parce qu’il pèse 98 % des revenus de sa société-mère. Tout comme il n’est pas à l’abri du flop, de passer de mode ou de se séparer. Ensuite, il faut compter avec ce qui, il y a soixante ans de cela, aurait pu faucher en pleine gloire la carrière de Johnny Hallyday : les sept boy scouts vont connaître l’épreuve des balles (à blanc), puisque le service militaire est toujours en vigueur au pays du matin calme. D’où une parenthèse d’au moins deux ans dans leur agenda.