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Vin : investissez dans les bonnes bouteilles !

Mêlant plaisir et intérêt financier, le vin constitue une bonne opportunité de placement. Même si certaines étiquettes prestigieuses sont au plus haut, les tickets d’entrée sont encore abordables pour nombre de domaines. Et les marges de valorisation importantes.

S’intéresser au vin comme placement de diversification reste incontestablement une bonne option. Rien que sur le Bordelais, une des régions les plus recherchées, les progressions en un an sont significatives. Ainsi, pour l’indice iDeal Bordeaux, qui agrège les crus les plus représentatifs et qui est calculé par la plateforme iDealwine depuis 2001, la progression sur 2020-2021 est de 12,39 %. Sur dix ans, la hausse atteint presque 33 %. Les chiffres sont encore plus marquants pour le Rhône : +13,93 % sur un an et + 70,27 % sur dix ans.

Mais pour réaliser de bonnes affaires, encore faut-il sélectionner les bonnes bouteilles ! Nous avons demandé à iDealwine, leader des ventes aux enchères en ligne de vins, de dégager les grandes lignes incontournables pour l’amateur qui voudrait constituer (ou compléter) sa cave. Entre valeurs sûres et crus prometteurs, il y en a pour tous les budgets. Nous avons retenu le millésime 2010, d’abord parce qu’il est de très grande qualité dans l’ensemble des régions (à Bordeaux ou dans le Rhône, les réussites sont nombreuses) ; ensuite parce qu’il s’agissait d’avoir un historique suffisant et de pouvoir regarder l’évolution de la cote sur les cinq dernières années. Les vins retenus sont ceux de domaines représentatifs et qui présentent du potentiel de valorisation. Il faut surveiller les ventes aux enchères pour les dénicher, mais on peut aussi rester sur le même domaine et viser d’autres millésimes.

Quoi qu’il en soit, investir dans le vin implique de viser le long terme (cinq-huit ans minimum) et suppose de diversifier sa mise tant en termes de prix, de millésimes que de régions.

Valeurs sûres : dans le Bordelais ou en Languedoc, des prix encore abordables

Bordeaux et Bourgogne, ces deux régions sont celles où se nichent les vins les plus convoités et les plus chers. Le Romanée Conti 2010, par exemple, approche actuellement les… 15 000 euros. En cinq ans, sa cote a explosé de 71 %. Les progressions sont encore plus spectaculaires avec les Chambolle-Musigny, Chambertin Clos de Bèze ou Meursault qui affichent des envolées à trois chiffres. Revers de la médaille, pour ces trois crus, le potentiel de valorisation est désormais plus contenu. Mais ils constituent d’excellents fonds de cave dont la rentabilité est réelle et relativement sûre pour le long terme. Dans une logique patrimoniale, on mixera ces grandes signatures avec d’autres Bourgogne plus accessibles, notamment en bio ou dans des domaines montants (voir ci-dessous).

Ceux dont le budget est plus limité et qui veulent rester dans du classique sans risque pourront se tourner vers quelques très jolies pépites bordelaises comme Château Figeac ou Château Haut-Bailly ou encore, en Languedoc, le remarquable domaine Grange des Pères. Compte tenu de son potentiel de garde, le trio devrait continuer à se valoriser confortablement dans le temps.

Le Rhône, quant à lui, a rattrapé son retard et est devenu une région d’investissement cotée avec des appellations comme Hermitage ou Côte-Rôtie. Des domaines très réputés comme celui de Jean-Louis Chave et de Guigal, avec leurs vins reconnus pour leur longue garde, devraient s’apprécier tranquillement mais sûrement dans les années à venir.

Icône absolue du Languedoc, le domaine de la Grange des Pères a été repris il y a près de trente ans par Laurent Vaillé, vigneron au talent exceptionnel, récemment décédé. Son travail rigoureux et méticuleux dans les principes de la biodynamie l’a conduit a créé au fil des millésimes des assemblages atypiques de syrah, de mourvèdre et de cabernet-sauvignon, quitte à produire sous l’appellation « Vin de pays ». Un vin rare, à la production très limitée, extrêmement prisé des connaisseurs et dont la cote ne cesse de rendre hommage à son créateur.

Bio : des pépites dans toutes les régions

De l’Alsace à Bordeaux, du Beaujolais à la Corse en passant par la Loire, le Rhône, le Languedoc ou la Provence, le phénomène touche toutes les régions de France. Ceux qui attribuaient il y a quelques années la tendance bio à un effet de mode se sont trompés. Qu’il s’agisse de vins produits selon des méthodes de culture et de vinification raisonnées, écologiques, bio, biodynamiques ou nature, leur part ne cesse d’augmenter pour atteindre 14 % des vignes en 2019. Quatre vignobles se trouvent en tête de ce mouvement durable et représentent près des trois-quarts (72 %) des volumes mis sur le marché : le Languedoc-Roussillon, le Rhône, le Bordelais, et la Provence. « Cet univers attire un écosystème d’amateurs particulièrement pointus et souvent précurseurs dans leurs choix de consommation, souligne Angélique de Lencquesaing, fondatrice d’iDealwine. D’ailleurs, plus les vins sont prestigieux – et coûteux – plus l’exigence d’une viticulture « propre » se fait insistante. »

Tendance récente : l’engouement pour les vins nature, vinifiés naturellement (levures indigènes, sans intrant et sans ou avec très peu de soufre ajouté, sans techniques physiques brutales). En Bourgogne, le domaine Bizot a explosé la cote en cinq ans avec + 999 % pour le millésime 2010. Le ticket d’entrée est aujourd’hui élevé (plus de 1 000 euros), mais le potentiel d’appréciation est loin d’être épuisé. Rappelons qu’un vin nature, selon ses caractéristiques (tanins, acidité, taux de sucre…), pourra révéler des qualités de garde notables et pourra se conserver parfaitement une dizaine d’années.

Globalement, si les prix ont bien monté (+ 440 % pour le très convoité Saint-Joseph Gonon dans le Rhône, par exemple), il est possible de trouver des signatures à prix plus doux, comme dans le Bordelais, le Château Le Puy (32 euros) ou, dans le Beaujolais, le Morgon Côte du Py (44 euros). Dans cette région, plus de 70 % des crus vendus sur iDealwine depuis janvier répondent à des modes de culture bio. Du côté de la Bourgogne, les domaines de Bruno Clair, dont les vins sur les terroirs de Marsannay et de Gevrey-Chambertin sont toujours d’une très belle régularité, ou celui de Chandon de Briailles, en Côte de Beaune, qui travaille depuis 2005 en biodynamie et dont chaque cuvée illustre au fil des millésimes la finesse et la complexité des terroirs, devraient poursuivre leur belle appréciation.

Quelle que soit leur orientation, il est nécessaire aujourd’hui d’attribuer une part essentielle de sa cave d’investissement aux crus « écolos ».

De la sobriété, de la précision, du fruit et du goût. Les vins en appellation Morgon et Fleurie de Jean Foillard font honneur au gamay du Beaujolais. Vinifiées sans soufre, ses cuvées nature en « Côte du Py » sont à la fois veloutées et gourmandes, d’une grande intensité et d’une fraîcheur toujours soutenue. Une signature mythique du Beaujolais à suivre de près au moment où le père transmet son savoir-faire à son fils Alex.

Outsiders : de belles affaires dans le Jura

C’est indiscutablement la région qui monte. Avec tout juste 0,3 % du vignoble planté en France et un petit 2 % des ventes en volumes et en valeur sur iDealwine, le Jura séduit de plus en plus les amateurs de belles quilles. Pour preuve, les quelque 3 800 flacons jurassiens adjugés sur la plateforme en 2020 ont atteint une valeur totale en croissance de 43 % par rapport à 2019, pour un prix moyen par bouteille de 125 euros (+ 29 %).

Au menu : principalement des grands vins blancs de garde de type vins jaunes qui commencent à trouver leur place dans les caves d’investisseurs avertis. « Un certain nombre d’amateurs se sont détournés des grands bourgognes blancs, dont ils pouvaient juger les prix prohibitifs, au profit des grands chardonnays du Jura, beaucoup plus abordables et eux aussi de très grande qualité », explique Angélique de Lencquesaing. C’est le cas avec le domaine Tissot (voir ci-dessous) qui, malgré la hausse marquée en cinq ans, présente encore un point d’entrée accessible (65 euros) et, surtout, une bonne marge d’appréciation au vu de sa qualité.

Autres étoiles montantes : le Beaujolais et la Loire. Dans le premier, le prix moyen est toujours attractif (34 euros). On peut s’intéresser notamment au Château Thivin, un des plus beaux domaines de la région dont les vins en conversion bio sont régulièrement salués par la critique. Sa cote devrait encore monter à l’avenir, en dépit des + 91 % déjà engrangés depuis cinq ans. Quant à la Loire, « c’est l’une des régions les plus attractives du vignoble français pour les amateurs en quête de découvertes », avance Angélique de Lencquesaing. Deux domaines à surveiller : celui de Bel Air et celui de Stéphane Bernaudeau. La petite production de ce dernier explique en partie le prix (231 euros), mais les cuvées atteignent un tel niveau que la cote va encore grimper. Quant au Bourgueil Clos Nouveau, son potentiel de garde devrait soutenir la valorisation.

Ailleurs, de bonnes surprises sont aussi au rendez-vous. En Bourgogne, Sylvain Pataille conduit avec respect les 17 hectares de son domaine en Côte de Nuits et contribue brillamment à hisser la jeune appellation de Marsannay parmi les grands terroirs de la région. Dans le Bordelais, Château Siran est un margaux atypique qui n’hésite pas à intégrer une proportion beaucoup plus élevée que la moyenne de petit verdot dans ses assemblages. Résultat : une finale épicée qui s’accommode parfaitement avec une longue garde.

Converti à la biodynamie et certifié Demeter depuis 2004, le domaine de Bénédicte et Stéphane Tissot fait figure de référence incontournable dans les vins du Jura. La cinquantaine de cuvées différentes qu’ils signent en blanc et rouge d’Arbois, en côte du Jura et même en crémant, reflète une volonté remarquable de travailler toutes les expressions de leurs terroirs. Minéral et tendu à souhait, ce flacon blanc a quasi doublé sa valeur en cinq ans. Et ce n’est pas fini…