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Un chef-d’œuvre de William Bouguereau en vente à New York chez Sotheby’s

La jeunesse de Bacchus, une des œuvres les plus abouties du roi des peintres académiques William Bouguereau, pourrait atteindre 25 à 35 millions de dollars.

William Bouguereau Sotheby's

C’est à New York en mai prochain que Sotheby’s mettra en vente l’une des œuvres majeures de William Bouguereau (1825-1905). Il s’agit d’un immense tableau de six mètres de long et trois mètres de haut ayant pour thème « La jeunesse de Bacchus ». L’artiste a mis trois ans pour achever ce chef-d’œuvre monumental.

Cet immense tableau est très représentatif de l’art académique de Bouguereau, artiste adulé de la deuxième moitié du XIX e siècle. Lors de sa présentation au Salon de 1884, il rencontre immédiatement un grand succès auprès du public même si les critiques ne s’accordent pas sur les raisons pour lesquelles le tableau leur semble critiquable. Certains parlent en effet d’une chaste bacchanale alors que d’autre évoquent une indécence absolue.

Les onze protagonistes qui forment une frise sur un fond de paysage sont à hauteur d’homme. Le cortège dionysiaque est plein de vie, de mouvements, de couleurs. Un homme porte Bacchus. Une bacchante tombée à terre semble sortir du cadre. Deux satyres soutiennent Silène vacillant sur son âne alors que des centaures dansent au son d’une double flûte. Comme de coutume dans ses tableaux mythologiques, Bouguereau en profite pour peindre des nus, aux corps parfaits, déliés comme une liane, à la carnation idéale, éburnéenne pour les femmes, plus hâlée pour les hommes.

Une merveille de l’art académique

La jeunesse de Bacchus est une œuvre étourdissante de virtuosité, une merveille de l’art académique. Elle appartenait jusqu’à présent à la descendance de l’artiste et n’avait quitté son atelier qu’à trois reprises en 135 ans, la dernière fois lors de sa présentation dans le cadre de la rétrospective organisée au Petit Palais à Paris en 1984. Je me souviens encore de l’effet que cette œuvre avait eu sur moi. J’étais resté sans voix devant le tableau pendant plusieurs minutes, fasciné, hypnotisé et happé par la scène, scrutant les visages, appréciant la beauté des corps exposés. Et j’étais ensuite reparti avec un soupir avec l’impression d’avoir voyagé, d’être entré dans la mythologie comme si cette dernière était devenue réalité.

Bouguereau demandait de son tableau 100 000 francs, somme très importante à l’époque sans être pour autant irréaliste puisque l’Angélus de Millet s’était vendu 160 000 francs. Un riche américain en offrit au peintre 70 000 francs qui refusa de baisser son prix. Bouguereau écrivit à Boussod, son marchand : « Si je ne trouve pas de ce tableau la somme demandée… je trouverai moyen de m’en débarrasser en l’offrant plus tard au Louvre… ». Il est malheureusement peu probable qu’il trouve sa place sur les cimaises d’un musée français

Le tableau sera exposé en avant-première chez Sotheby’s New York du 14 au 24 mars et sera proposé aux enchères le 14 mai lors de la vente du soir d’art impressionniste et moderne. Cette œuvre magistrale est estimée 25 à 35 millions de dollars et pourrait séduire un grand musée américain.