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Investir dans les montres : ciblez les bons millésimes

Les montres vintage ont le vent en poupe. Pour viser la plus-value à long terme, mieux vaut connaître les bons crus, autrement dit les meilleures années de chaque modèle. Décryptage et conseils.

                                                                                                    

Rien de tel que d’investir dans le temps en choisissant l’instrument qui le mesure : la montre. Il faudra toutefois faire le juste compromis : d’un côté, le pur investissement de long terme, sans aucun affect ; de l’autre, la belle pièce que l’on compte revendre mais dont le charme opère malgré tout et que l’on souhaite porter. C’est dans cette dernière catégorie que rentrent les montres vintage (autrement dit, tous les modèles d’avant 1970), très convoitées depuis quelques années car on y trouve les plus belles pièces de collection. Attention cependant, il ne faut pas acheter n’importe quoi à l’aveugle. Certains millésimes sont plus porteurs que d’autres. Comme pour le vin, il existe en effet des dates qui garantissent quasiment la valorisation en fonction du modèle.

Pourquoi il faut privilégier le millésime 1969

C’est le millésime le plus célèbre de l’horlogerie vintage, et donc un des plus convoités. La raison : l’année a vu la création de plusieurs modèles qui ont bousculé le marché, techniquement comme esthétiquement. A commencer par la Heuer Monaco (Heuer est par la suite devenue TAG Heuer). La montre est bleu électrique et carrée. C’est désormais un classique mais, à l’époque, Heuer est trop en avance sur son temps. Le public reste relativement indifférent à la pièce et la Monaco ne rencontre pas un franc succès. Techniquement, elle n’était pas non plus très au point. Elle est d’abord équipée du Calibre 11 de source Dubois Dépraz. Aujourd’hui, ce mouvement est étroitement associé à la légende de la Monaco. Pourtant, à l’origine, il n’est resté que six mois en production avant d’être remplacé par une déclinaison jugée plus fiable. Même si aujourd’hui le Calibre 12 est devenu le standard de la Monaco, le Calibre 11 d’origine est un collector recherché. Il l’est d’autant plus que Steve McQueen a porté la pièce dans son film culte Le Mans, sorti deux ans plus tard, en 1971. L’aura de l’acteur a eu un impact retentissant sur la cote de popularité de la montre.

Steve McQueen, sur le tournage du film Le Mans

Autre modèle de 1969 révolutionnaire : la Zenith El Primero. Premier mouvement mécanique capable de mesurer le 1/10e de seconde, il est introduit sous la référence A 386 et est immédiatement reconnu comme un tournant décisif dans la chronométrie. Il est toujours en production, tout comme le modèle et ses multiples rééditions.  A noter : ce mouvement El Primero a également animé la mythique Rolex Daytona, sortie six ans plus tôt (1963). De nombreuses Daytona en ont été équipées jusqu’en 2000, date à laquelle Rolex a introduit ses propres mouvements maison. Dans les 2 cas, la valorisation est garantie : la Daytona « El Primero » était en vente en 2000 pour 4 629 euros, tandis qu’au 1er février 2020, la Rolex Cosmograph Daytona acier lunette noire cotait, elle, à 12 400 euros.

Quant à l’Omega Speedmaster, elle ne date pas précisément de 1969 – elle a été lancée en 1957 –, mais y est intimement associée. Le 21 juillet 1969, lors de la mission Apollo 11, l’astronaute Buzz Aldrin portait en effet une Omega Speedmaster, seule montre approuvée par la Nasa pour tous ses vols habités. Estampillée « Moonwatch », l’Omega Speedmaster est ainsi le premier garde-temps porté sur la lune. De ce fait, il est devenu un modèle iconique et sa cote s’est envolée. Les modèles de 1957 à 1961 se trouvent en général autour de 30 000 euros, mais il est possible de dénicher des exemplaires originaux de 1969 en dessous de 10 000 euros, l’offre étant assez abondante.

L’originale ou la réédition ?

La question se pose lorsque les pièces d’époque ne se trouvent plus, ou dans des conditions défavorables : non expertisées, modifiées, abimées, sans boîte ou sans papiers. Il est dans ce cas préférable de passer son chemin. Le millésime ne fait pas tout, une bonne montre est avant tout une montre qui fonctionne.

Si la pièce se fabrique toujours, les deux cotes sont indexées l’une sur l’autre : celle du modèle originel sera d’autant plus élevée que le modèle en collection courante est lui aussi toujours couru. C’est le cas de la Daytona de Rolex (1963), de la Royal Oak d’Audemars Piguet (1972) ou de la Nautilus de Patek Philippe (1976). Plus la pièce convoitée se rapproche du millésime de sa création, plus elle sera cotée. A l’inverse, porter son dévolu sur une montre vintage, voire une marque, qui a totalement disparu reste un exercice périlleux. A éviter donc.

Les pièces à acheter

La Heuer Monaco, dotée de son mouvement original Calibre 11, reste un bon placement. Elle se vendait en 1969 à 1 100 francs (1 286 euros). Estimée 8 000 euros en 2013, elle se négocie aujourd’hui entre 11 000 et 18 000 dollars (9 300 et 15 200 euros).

La Heuer Monaco, de Heuer.
Prix : de 9 300 à 15 200 euros

La Nautilus de Patek Philippe est toujours extrêmement courue et représente un placement avec très peu de risque. Par exemple, une Nautilus 3700/1a de 1979 s’échange actuellement plus de 200 000 dollars (169 200 euros).

La Nautilus, de Patek Philippe.
Prix : 169 200 euros

La Royal Oak d’Audemars Piguet. Toujours au catalogue, elle se décline en de très nombreuses variations de diamètre, de métaux et de complications. Le modèle à trois aiguilles demeure une valeur sûre. Certains millésimes représentent d’excellents placements, comme la Royal Oak 5402ST A Series des années 1972-1973, qui cote environ 110 000 dollars (93 000 euros).

La Royal Oak, d’Audemars Piguet.
Prix : 93 000 euros.

Cotations établies par Watchbox, à date selon état, présence de la boîte et/ou de papiers, et après expertise.