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Horlogerie : cap sur les valeurs sûres !

Crise du coronavirus oblige, les collectionneurs privilégient les modèles sans risque. Jaeger-Lecoultre, Patek Philippe et Rolex rééditent donc leurs pièces iconiques en jouant sur des variations stylistiques qui en renforcent l’attrait.

Oyster Perpetual Datejust 36

Les tendances 2021 en matière d’horlogerie épousent celles de 2020. Les collectionneurs épargnent, les liquidités disponibles sont massives comme en attestent les très bons scores récents des ventes aux enchères de Christie’s et Phillips. Pour l’achat de pièces neuves, marques et collectionneurs se polarisent vers les valeurs sûres. La raison en est simple : il est difficile de s’engager à l’achat de montres que l’on n’a pas vues en détail ni essayées. Et les marques ne manquent pas d’alimenter les variations, quitte à pousser jusqu’à des situations parfois incongrues.

Ce fut le cas chez Cartier. La marque a dévoilé une Tank Cintrée… que personne ne pourra acquérir. Célébrant les 100 ans de sa création, cette édition anniversaire, réalisée à 150 exemplaires, a été intégralement vendue avant même l’ouverture du salon. Gestion de la pénurie, besoin de créer de la demande ? La question se pose car, proposée en si petite quantité, la Santos 100e Anniversaire a surtout provoqué beaucoup de frustration. Malgré tout, l’opération reste hautement habile pour soutenir la côte d’une telle rareté sur le second marché. Voilà donc un exemplaire qu’il faudra surveiller de près auprès des professionnels de l’occasion, tant sa cote est appelée à monter.

Une Reverso véritablement innovante

Jaeger-LeCoultre a joué une partition similaire. Cette année, la manufacture fêtait les 90 ans de sa mythique Reverso. Son modèle anniversaire, la « Nonantième », sera produite à 190 exemplaires (39 000 euros). Comme pour d’autres maisons, il s’agit de reproduire un modèle iconique, rassurant, avec une pointe mesurée d’innovation afin de séduire les collectionneurs contemporains. Dans ce modèle, Jaeger-LeCoultre a, par exemple, introduit de nouveaux modes d’affichage : un indicateur des heures semi-sautant numérique, situé sur le verso de la montre. Un détail pour les néophytes, mais un réel attrait pour les connaisseurs car cela n’avait jamais été fait depuis 1931.

Deux modèles Patek Philippe revisités

Chez Patek Philippe, au moins deux modèles phares traduisent cette volonté d’offrir des pièces emblématiques qui incarnent des investissements sûrs. L’incontournable Nautilus d’abord. Certains modèles, notamment à cadran bleu, exigeaient près de dix ans d’attente ! Patek Philippe vient d’en dévoiler trois nouvelles versions : acier cadran vert (30 400 euros), acier cadran vert avec lunette sertie (82400 euros), or rose et cadran bleu avec second fuseau horaire (92 600 euros).

En parallèle, la marque renouvelle sa Calatrava. Le choix de ce modèle n’est pas anodin : simple, trois aiguilles, c’est la plus accessible des pièces de la manufacture, et très souvent la porte d’entrée de l’univers Patek Philippe. La maison offre donc un nouveau produit d’appel avec une esthétique revue, au travers d’une lunette au motif « Clou de Paris », cette micro-gravure qui présente une multitude de carrés saillants sur tout le pourtour de la montre. Le motif n’est pas nouveau : il a été introduit en 1934. La pièce est proposée en or gris ou or rose, à 25 800 euros. Si elle n’affichera pas la cote de sa cousine Nautilus, elle manifeste néanmoins la volonté de la marque de s’ouvrir à une clientèle plus large.

Déclinaison de motif chez Rolex

Rolex a elle aussi renouvelé l’une de ses pièces maîtresses, la Datejust 36, en transposant cette fois le motif de sa lunette… sur l’intégralité du cadran ! Un exercice de style peu commun mais toujours une valeur sûre et à suivre (Datejust 36 Oyster, 36 mm, acier Oystersteel et or jaune, 11 000 euros).

A noter : à côté du retour des valeurs sûres, une autre tendance se fait jour. Celle de la « montre responsable ». Le phénomène n’en est qu’à son amorce et touche surtout les emballages. De réels progrès ont été faits. Alpina, pour sa récente Seastrong Gyre, a conçu une contre-boîte en papier FSC abritant un écrin en plastique recyclé (ABS) dont le garnissage est constitué de bouteilles en plastique recyclées (rPET). Breitling vient de concevoir une boîte expédiée à plat (réduction du volume transporté), entraînant 60 % de moins d’émissions de CO2 de transport.

Concernant les matériaux utilisés, le titane fait une percée avec le coup de butoir butoir de Panerai avec sa eLabID. Alors qu’avec l’acier, le taux de recyclage en horlogerie est infime, la maison italienne montre qu’une pièce en titane est possible avec un poids total recyclé à plus de 98 %. Un « proof of concept » proposé malgré tout à 60 000 euros.