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Le retour en grâce de l’art du Moyen-Age

Souvent méconnues ou mal comprises, les œuvres datant du 5e siècle au début du 16e retrouvent un large public d’amateurs. Ce regain d’intérêt n’entraîne pas une hausse des prix.

Qu’il soit roman ou gothique, l’art du Moyen Age, appelé Haute Epoque par les professionnels du marché, a longtemps été boudé du public, à l’exception d’une poignée de collectionneurs passionnés et érudits. Il est vrai qu’il nécessite des connaissances historiques et une bonne culture du catholicisme qui, pendant cette période de plus de 1 000 ans (476-1492), étendue jusqu’au premier quart du XVIe siècle par les experts, régissait la société et les arts. C’est pourquoi nombreux sont ceux qui ont longtemps considéré l’art de la Haute Epoque comme réservé aux musées et aux amateurs de châteaux forts. En dix ans, cette mentalité a changé. Les marchands spécialisés constatent que la clientèle rajeunit, de jeunes entrepreneurs issus de la nouvelle économie poussant les portes de leurs galeries pour y acquérir de belles pièces.

Sano di Pietro (Sienne, 1405-1481), Madone à l’enfant entourée de Saint-Jean, Saint-Bernard de Sienne et les anges, peinture sur bois, vendue 107 100 dollars, Sotheby’s.

Les statues et les retables, diptyques ou triptyques, sont les plus répandus. On en trouve dans toutes les tailles, qu’il s’agisse de petits objets de dévotion en ivoire ou de grandes représentations de saints en bois ou en pierre dont certaines ont conservé leur polychromie d’origine. Des manuscrits et livres d’heures aux riches enluminures sont aussi proposés, ainsi que des objets en cuivre repoussé ou en émaux champlevés, une technique de travail de l’émail spécifique au Moyen Age. De superbes tableaux primitifs à fonds d’or sont régulièrement mis en vente chez les commissaires-priseurs. Les meubles sont plus rares et moins recherchés car difficiles à intégrer dans un intérieur contemporain.

Enfant Jésus bénissant, bois sculpté, Malines, vers 1500, vendu 6 500 euros, Pierre Bergé & Associés.

Pour trouver ces œuvres d’art il faut suivre l’agenda des maisons de ventes en consultant La Gazette Drouot. A Paris et en province, elles sont nombreuses à organiser chaque année des « enchères Haute Epoque », comme l’Etude Jean Emmanuel Prunier à Louviers (Eure). Plusieurs galeristes parisiens sont des spécialistes, notamment Brimo de Laroussilhe, Gabrielle Laroche ou Alexandre Piatti. D’autres se consacrent à un mode d’expression artistique, à l’exemple de la Galerie Sismann pour la sculpture.

L’Adoration des mages, chêne sculpté, partie d’un retable, Pays-Bas septentrionaux, fin 15e, adjugée 10 400 euros, Pierre Bergé & Associés.

Quant à l’éventail des prix, il est large. En 2016, chez Christie’s, deux pleurants du tombeau du duc de Berry, préemptés par le musée du Louvre, ont atteint 5 millions d’euros. Tout récemment, une Dormition de la Vierge du début du XVIe siècle a dépassé les 400 000 euros. Mais l’essentiel de la marchandise de qualité s’échange entre 2 000 et 50 000 euros, et les pièces plus rares, entre 50 000 et 100 000 euros. Dans cette gamme, l’acheteur est certain de dénicher des merveilles. De plus, il ne perdra pas d’argent car c’est un secteur non spéculatif où les belles œuvres se vendent toujours à bon prix.