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Préservez la valeur de vos montres

Une fois votre collection horlogère constituée, le plus dur reste à faire ! Pour qu’elle se valorise au fil du temps, il faudra, en effet, respecter certaines règles. Revue de détail.

Justificatifs : ne jetez rien !

La conservation d’une pièce achetée neuve obéit à une règle extrêmement simple : tout ce qui est vendu avec la montre doit rester avec elle. Boîte et papiers sont une évidence, de même que la facture originale. Gardez également les étiquettes, autocollants de numéro de série, le mode d’emploi, voire le ticket de caisse et le sac de transport, s’il est siglé de la marque de la montre. Si tout est correctement préservé, à l’abri de la lumière et de l’humidité, la montre pourra être revendue selon la dénomination consacrée : « full set ». Aux enchères, ce sont les lots les plus prisés. Plus la pièce est ancienne, et notamment si elle finit par ne plus être produite, plus le « set » en question prendra de la valeur.

Une démarche complémentaire peut être utile, surtout qu’elle est rarement assurée spontanément par les marques, encore moins par les détaillants multimarques : l’enregistrement de la montre auprès de la maison concernée. Il se fait de plus en plus souvent par son site Web. L’opération permet également, parfois, de bénéficier d’une extension de garantie non négligeable, soit entre une et trois années supplémentaires. Le dispositif, qui comprend les coordonnées complètes du propriétaire et le numéro de série individuel de la montre, peut également contribuer à son bon remboursement en cas de vol.

Enfin, certaines maisons, comme Ulysse Nardin, permettent une traçabilité complète du cycle de vie de chacune de ses montres enregistrées grâce à la blockchain : son « pedigree » (différents propriétaires, dates de cession, caractéristiques techniques complètes, etc.) la suivra de manière authentifiée et inviolable tout au long de sa vie.

Stockage : le juste choix

Seul le coffre-fort fait foi sans aucune exception ! C’est non seulement un gage de sérénité mais aussi, en bien des cas, une exigence de l’assurance. Il existe plusieurs marques sur le marché. Les coffres achetés en grande surface ou sur le Web sont à proscrire. Trop légers, ils peuvent souvent être soulevés et embarqués en l’état, sans même parler de leur résistance.

Les standards sont stricts. Ils se divisent en différentes classes de 1 à 6 (selon la valeur contenue) suivant la norme la plus connue, NF A2P. Elle s’applique à la plupart des grands constructeurs, comme Fichet Bauche, Solon ou Forestier. On trouve aussi la norme VDS, notamment appliquée par l’allemand Hartmann Tresore. Elles garantissent toutes un niveau de résistance anti-intrusion, mais aussi une protection contre le feu ou l’eau.

Certains modèles sont équipés de leur propre alarme anti-intrusion (norme EMA). Cette technologie et ces métaux blindés ont un poids : un « petit coffre », pour une douzaine de montres fera plus de 100 kg. Attention, un coffre inférieur à 450 kg doit toujours être scellé pour être en conformité avec les prescriptions de l’assureur.

A défaut d’un coffre personnel, optez – ou combinez-le – avec un coffre en banque. Les tarifs sont indexés sur la valeur contenue, et propre à chaque banque. Il faut compter en moyenne une centaine d’euros par an pour des valeurs pouvant aller jusqu’à 30 000 euros, le double pour une collection de 150 000 euros.

L’avantage du coffre en banque est sa quasi-inviolabilité. Ses deux inconvénients : la contrainte de ne pouvoir s’y rendre qu’aux horaires d’ouverture, et la souscription de contrats parfois semestriels, le plus souvent annuels. Les offres manquent encore hélas de flexibilité, notamment pour un ponctuel dépôt « estival » de ses montres.

Entretien : le remontage est essentiel

Une montre est conçue pour être portée. Si elle ne l’est pas, elle se dégrade. « Les huiles qui sont en son mouvement et qui en assurent la lubrification vont se condenser et entraver, voire bloquer, le train de rouages », explique Paul Reclus, horloger et responsable SAV Bucherer à Paris. Remettre en marche une montre qui n’a pas tourné depuis longtemps, c’est aussi prendre le risque de diffuser ces huiles sèches au sein du mouvement, ce qui va considérablement aggraver les problèmes ». A défaut de porter ses montres, il faut donc les remonter régulièrement.

Pour une montre à remontage manuel, l’opération devra être faite soi-même, à la main, idéalement deux fois par mois. « Dans ce cas, ne jamais remonter trop fort sa montre et s’arrêter si possible juste avant le point de butée », poursuit l’horloger. Pour celles à remontage automatique, elles peuvent soit être remontées à la main, soit mises sur des remontoirs automatiques. La place exigée dans le coffre-fort sera alors beaucoup plus importante. « Dans tous les cas, une montre qui tourne régulièrement devra faire l’objet d’une révision de base tous les deux ans, majeure tous les cinq ans ».

Assurance : faites expertiser régulièrement

Qui dit assurance dit valeur. Et qui dit valeur dit… expertise. « C’est une opération à renouveler régulièrement pour actualiser la valeur de sa collection », explique l’assureur spécialisé Pierre-Laurent Herlory, chez Axa. Certaines marques, comme Rolex ou Patek Philippe, peuvent faire des sauts de valeurs quasi annuels. S’ils ne sont pas pris en compte régulièrement, l’indemnisation pourrait être plus complexe ».

Il existe deux types de contrats : agréé (sur la base d’une facture, d’une expertise) ou déclaré (par le propriétaire). Les assureurs généralistes proposent des contrats par tranches de valeurs. Les spécialistes peuvent assurer à l’euro près. Dans les deux cas, le contrat d’assurance pourra soit être une annexe du contrat habitation, soit faire l’objet d’un contrat dédié, plus onéreux mais souvent plus précis et donc plus juste.

Transport : le juste minimum

Le voyage est souvent l’occasion d’emporter avec soi des pièces que l’on ne porte pas tous les jours, comme de belles montres de plongée si l’on part au soleil, ou des baroudeuses « tool watch » pour un trek. L’idée est toutefois de ne pas en emporter plus de deux, pour deux raisons.

La première, évidente, est de ne pas exposer un trop grand nombre de pièces au risque de vol. La seconde, plus subtile, est le contrôle douanier : en cas de franchissement de frontière, essentiellement pour les vols retour vers la France, la douane est susceptible d’exiger les factures authentiques de chaque montre. L’exercice est d’autant plus risqué au retour des pays à forte « culture » de contrefaçon : Chine, Afrique du Nord. En ce cas, il convient d’emporter avec soi chaque montre accompagnée d’une copie de la facture originale ou bien une Carte de libre circulation à faire établir par les Douanes avant le départ.

Concernant les conditions de transport, voyagez léger. Contrairement à une idée reçue, si vous n’emportez qu’une seule pièce, ne la portez pas : vous lui épargnerez le portique magnétique de sécurité de l’aéroport, dont l’intensité du champ peut lourdement perturber une montre. L’opération est réversible (environ 10 euros chez un bon horloger), mais autant l’éviter. Pour deux pièces et au-delà, c’est un compromis plus cornélien : bagage en soute (qui peut être perdu), ou bagage cabine (qui passera aux détecteurs magnétiques).