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Où s’arrêtera la ruée vers le Bitcoin ?

Le bitcoin, première cryptomonnaie décentralisée, a dépassé les 20.000 dollars pour la première fois mercredi, dopé par un appétit des marchés pour le risque qui a fait tripler en un an sa valeur hautement spéculative.

Crédit: iStock.

Mercredi après-midi, le bitcoin coûtait 20.12,40 dollars et voyait son prix presque multiplié par trois depuis le début de l’année. Quelques instants après avoir atteint un plus haut historique à 20.787,35 dollars, selon les données compilées par l’agence Bloomberg, puis même 22.655 dollars jeudi matin selon des données de Morningstar.

Cette récente envolée a démarré fin octobre avec le lancement d’un service d’achat, de vente et de paiement par cryptomonnaie par le géant des paiements en ligne Paypal. Même si ce dernier est un service pour les particuliers, cette décision a achevé d’assoir une forme de respectabilité pour cet actif auprès des fonds d’investissement traditionnels qui le boudaient jusqu’alors à cause de sa volatilité extrême.

« L’utilisation du bitcoin par des investisseurs traditionnels ne fait que commencer », préviennent les analystes de la banque JPMorgan, qui comparent la monnaie numérique et décentralisée à l’or. « Nous avons également commencé à voir les institutions financières se mettre à la crypto-monnaie avec de nombreuses banques et fonds spéculatifs réputés qui ont acheté du bitcoin cette année », ajoute Yoni Assia, PDG et co-fondateur d’eToro.

Pour de nombreux adeptes du bitcoin, ce dernier tire son attrait de sa décentralisation. Créé par un réseau lui-même inventé par des anonymes en 2008, il ne dépend d’aucune institution. La cryptomonnaie propose une alternative plus moderne que l’or au dollar, qui évolue actuellement à des niveaux très bas en raison des mesures d’assouplissement monétaire des banques centrales, prises pour relancer l’économie face à la crise du Covid-19.

Prudence conseillée

« La période des fêtes de fin d’année pourrait être assez plaisante pour le bitcoin », en raison de la vague d’optimisme déferlant sur tous les marchés, estime Craig Erlam, analyste chez Oanda, qui remarque que la hausse intervient justement alors que la Réserve fédérale américaine (Fed) se réunit. « Nous nous attendons à ce que cette tendance se poursuive en 2021, car les craintes d’inflation continuent de s’intensifier dans le monde entier », estime Yoni Assia. Cette souplesse des banques centrales profite aux autres actifs à risque : mardi, l’indice américain Nasdaq, à dominante technologique, a terminé sur un nouveau record.

Cependant, d’autres acteurs du marché incitaient à la prudence: « la dernière fois que le prix du bitcoin a bondi et atteint des sommets, il est retombé très rapidement », rappelle Laith Khalaf, analyste chez AJ Bell, qui appelle les investisseurs alléchés par la performance de 2020 à « n’investir que de petites sommes, que l’on peut se permettre de perdre ». La Banque de France incitait quant à elle à la prudence, en août dernier, allant même jusqu’à qualifier le Bitcoin de « pseudo monnaie ».

Variations vertigineuses

Adossé à aucun actif ni à l’économie d’aucun pays, le prix du bitcoin a observé des variations vertigineuses. En 2017, le bitcoin avait commencé l’année à moins de 1.000 dollars, et avait vu son prix s’envoler au fil des mois avant une véritable flambée entre mi-novembre et mi-décembre, quand les prix avaient quadruplé en moins d’un mois.

Après avoir atteint un sommet à 19.511 dollars le 18 décembre, les cours avaient fondu tout au long de 2018, pour finir à un peu plus de 3.000 dollars. Cette volatilité, ainsi que le coût élevé des transactions, explique que pour l’instant, si le bitcoin a réussi à intéresser les investisseurs, son utilisation comme moyen de paiement reste limitée.