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Coinbase : une introduction record

L’introduction au Nasdaq de la plus importante plateforme de négoce de cryptomonnaies signe une nouvelle ère pour la finance mondiale. Mais rien ne prouve que le succès de Coinbase durera tout comme celui des monnaies électroniques.

coinbase
Crédit: iStock.

Coinbase a réussi son pari de la Bourse ! Introduite au Nasdaq le mercredi 14 avril, la plateforme d’échanges de cryptomonnaies a clos sa première journée de cotation à 328,28 dollars, soit bien au-dessus de son cours initial fixé à 250 dollars. Dès les premiers échanges, l’action de la société américaine s’envolait vers 381 dollars avant d’atteindre un point haut en séance à 429,54 dollars. Les jours suivants, la fièvre retombait. A 323 dollars le 19 avril, le cours de l’action était toujours au-dessus de sa valeur d’origine. Valorisée à 86 milliards de dollars, Coinbase se classe parmi les plus importantes introductions en Bourse (IPO) aux États-Unis, juste derrière celle de Facebook en 2012.

Une nouvelle ère pour la finance

Pour beaucoup, cette date du 14 avril 2021 restera à jamais comme un jour de rupture, au même titre que le 9 août 1995, quand les marchés accueillaient leur première valeur internet : Netscape, un navigateur-fournisseur d’accès. Selon eux, si cette IPO signait la bascule de l’économie dans l’ère du web, celle de Coinbase marquerait l’entrée de la finance mondiale dans l’ère des cryptomonnaies. Peu importe que ses fondateurs, Brian Armstrong et Fred Ehrsam (ce dernier étant aujourd’hui à la tête du fonds Paradigm), et ses actionnaires aient préféré empocher des dollars sonnants et trébuchants en vendant des titres plutôt que des bitcoins, via de nouvelles actions, pour financer l’expansion de leur bébé et manifester leur confiance dans les cryptoactifs.

Une stratégie payante

Pourtant, Coinbase a pris une longueur d’avance. D’abord parce que comme Netscape en son temps, il s’agit d’un seul « pure player » d’un nouveau modèle… doté d’un code, « COIN », qui l’authentifie illico comme La Valeur Bitcoin. Surtout, la stratégie de Brian Armstrong depuis 2012, distingue la scale-up de ses concurrents. Ensuite, sa présence sur toute la chaîne de valeur des cryptoactifs ne la cantonne pas au rôle de simple plateforme de négoce. Elle offre du trading sur une centaine de cryptodevises, le routage de titres, un service de gestion et de conservation, des logiciels pour les e-commerçants, etc., et bientôt, avec Visa, une carte de paiement. Enfin, l’entreprise a mis le paquet sur la sécurité : quand certains de ses concurrents étaient balayés par des piratages, seulement 0,004 % de ses quelques 56 millions d’utilisateurs étaient victimes de hackers. De quoi convaincre des milliers d’intermédiaires financiers. Le tout sans gonfler ses tarifs, rivés à 0,5 % par transaction.

D’où des performances impressionnantes : 56 millions d’utilisateurs à travers le monde et 223 milliards d’actifs sur la plateforme. Au premier trimestre 2021, les revenus de Coinbase ont atteint 1,8 milliard de dollars, pour un résultat net estimé entre 730 et 800 millions de dollars. Les actionnaires ont donc investi dans une entreprise rentable.

Une dynamique à confirmer

Mais rien ne permet de confirmer le maintien de cette dynamique. Car 56 % des revenus de Coinbase proviennent de deux cryptomonnaies : le Bitcoin et l’Ethereum. De plus, avec 96 % de ses recettes tirées de commissions sur transactions, la voilà scotchée au destin des devises numériques : si elles s’apprécient, tout ira bien. Dans le cas contraire… Enfin, sa domination auprès des utilisateurs mondiaux de « cryptos » pourrait agacer les régulateurs.

A moins que tel Netscape, Coinbase, à son tour ne soit avalé par un concurrent plus agressif. Sur ce point, son PDG Brian Armstrong a tout à redouter de brokers tels Robinhood, prêts à sacrifier leurs marges, déjà tenues, pour s’imposer sur un marché ultra-prometteur. Et risqué.