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Au Salvador, le Bitcoin devient une monnaie légale

Ce mardi 7 septembre, le Salvador devient le premier pays au monde à autoriser le bitcoin comme monnaie légale, en dépit des nombreux doutes.

Le Salvador, premier pays à autoriser le Bitcoin comme monnaie légale
Crédit: istock

« Demain (mardi), pour la première fois dans l’histoire, tous les yeux seront braqués sur le Salvador », a claironné lundi 6 septembre dans un tweet le président Nayib Bukele. Dans la foulée, il annonçait que le pays avait acheté ses premiers 200 bitcoins. Pour le chef de l’Etat et son gouvernement, cette cryptomonnaie permettra aux Salvadoriens d’économiser 400 millions de dollars de frais bancaires lors des envois d’argent par la diaspora, notamment installée aux Etats-Unis. Ces transferts représentent 22% du PIB du pays.

Pour la première fois, deux-tiers des 6,5 millions de Salvadoriens sont pourtant opposés à une décision du très populaire président Bukele. Ils font savoir, dans deux sondages distincts, vouloir continuer à utiliser exclusivement le dollar américain. Au Salvador, c’est la monnaie légale depuis vingt ans. « Ce bitcoin, c’est une monnaie qui n’existe pas, c’est une monnaie qui ne va pas profiter aux plus pauvres, mais aux plus riches », entame José Santos Melara. « Qui, étant pauvre, peut investir alors qu’il a à peine de quoi manger ? », s’enflamme ce vétéran de la guerre civile qui a déchiré le Salvador de 1980 à 1992. Vendredi, il était parmi les manifestants qui ont défilé contre la crytomonnnaie.

« Sans consultation » au Salvador

« Ce sont des décisions (prises) sans consultation par ce gouvernement et les parlementaires (…) les gens ne voient pas en quoi elles auront un impact positif pour changer de manière significative leurs conditions de vie », estime la directrice des sondages de l’Université centraméricaine (UCA) Laura Andrade. Selon l’UCA, 65,2% de la population n’est pas intéressée par le téléchargement du porte-monnaie électronique « Chivo » (« Super », en langage familier). Celui-ci est pourtant nécessaire pour effectuer des transactions de la vie quotidienne en bitcoins, et le gouvernement promet 30 dollars de bienvenue à l’ouverture.

Une semaine avant l’entrée en vigueur, plusieurs centaines de personnes ont manifesté dans la capitale. Ils ont notamment demandé au Parlement de renoncer au bitcoin. Mais la cryptomonnaie a aussi ses partisans. Jorge Garcia, un coiffeur âgé de 34 ans utilise le bitcoin depuis maintenant trois ans. Il estime que c’est une monnaie « d’avenir » et espère que « sa valeur va monter ».

Le Parlement salvadorien est dominé de manière écrasante par les partisans du président Bukele depuis les dernières élections législatives. En juin, il a voté la loi qui fera du bitcoin une monnaie ayant cours légal au Salvador. Celle-ci oblige à « accepter le bitcoin comme moyen de paiement ». La valeur du bitcoin « sera établie librement par le marché », stipule la loi.

Afin de poursuivre la mise en oeuvre de la réforme, les députés ont approuvé mardi, à la demande du président Bukele, la création d’un fonds de 150 millions de dollars. Celui-ci sera destiné à garantir la convertibilité automatique du bitcoin en dollars américains. En outre, 200 distributeurs automatiques qui permettront d’échanger des bitcoins sont en cours d’installation. Certains gardés par des militaires pour prévenir leur dégradation par des opposants.

Volatilité

Des économistes, mais aussi la Banque Mondiale, le Fonds monétaire international (FMI) ou la Banque interaméricaine de développement (BID) n’ont pas caché leur sceptiscisme. Cette mesure aura « un impact négatif » sur les conditions de vie des Salvadoriens en raison de « la forte volatilité du taux de change » du bitcoin, et aura un impact « sur les prix des biens et services », selon l’économiste de l’Université du Salvador Oscar Cabrera. « Le bitcoin, c’est la promesse d’un « Titanic que personne ne gouverne », s’inquiète Oscar Cabrera, également ancien président de la Banque centrale du Salvador.

Le fait que la valeur de la cryptomonnaie soit déterminée « exclusivement par le marché » en fait une monnaie « hautement volatile », insiste la Fondation salvadorienne pour le développement économique et social (Fusades). Elle estime par ailleurs « inconstitutionnel » d’imposer « l’acceptation obligatoire du bitcoin comme moyen de paiement ».

Le populaire président Bukele est critiqué pour son autoritarisme et son mépris de la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Il a accusé l’opposition de vouloir « faire peur » à la population en dénigrant le bitcoin. Les Etats-Unis ont appelé le Salvador à « se protéger des acteurs malintentionnés ». Ils ont conseillé d’opter pour un usage du bitcoin « réglementé », « « transparent » et « responsable ». Ils craignent le blanchiment d’argent par des réseaux criminels, notamment de trafic de drogue.