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Au Salvador, le pari sur le bitcoin du président perçu comme un échec

Le Président salvadorien a adopté en 2021 le bitcoin comme monnaie légale pour favoriser les transferts. Une stratégie critiquée par la population.

bitcoin
Crédit : iStock.

Le bitcoin, dont les cours sont à la baisse, est utilisé par une minorité de Salvadoriens qui considèrent ce pari emblématique du président Nayib Bukele comme « un échec », selon une enquête universitaire publiée mardi 18 octobre. Quelque 75,6% des personnes interrogées disent n’avoir jamais utilisé la cryptomonnaie en 2022, et 77% considèrent que son adoption il y a 14 mois comme monnaie légale, à côté du dollar, « a été un échec », révèle le sondage mené par l’Université jésuite d’Amérique centrale (UCA). Le bitcoin « est la mesure la plus impopulaire du gouvernement, la plus critiquée et la plus mal appréciée », a déclaré le recteur de l’UCA, Andreu Oliva, commentant les résultats de l’étude.

Le Bitcoin destiné aux transferts des émigrés

L’idée du président Bukele était de favoriser les transferts d’argent des quelque 3 millions d’émigrés, principalement aux Etats-Unis, vers leurs proches restés au pays, en économisant les frais bancaires. Un enjeu stratégique, puisque ces transferts pèsent plus du quart du PIB du Salvador. Mais selon les données de la Banque centrale salvadorienne début septembre, un an après l’instauration du bitcoin, « moins de 2% » des envois d’argent des émigrés sont passés par la cryptomonnaie. En septembre 2021, le bitcoin tournait autour de 45.000 dollars, puis en novembre il a atteint 68.000 dollars mais après une chute vertigineuse il se négocie actuellement sous les 20.000 dollars.

Profitant de la dégringolade du prix, le président Bukele a acheté 80 bitcoins avec des fonds publics en juillet, portant le total des réserves du Salvador à 2.381 unités. Selon l’étude de l’UCA, 77% de Salvadoriens estiment que leur président « ne devrait pas continuer à dépenser l’argent public pour acheter du bitcoin ».

L’enquête s’est également penchée sur le régime d’exception en place au Salvador depuis mars dans le cadre de la « guerre » aux gangs décrétée par M. Bukele, qui a entraîné l’arrestation de 55.000 membres présumés de bandes criminelles, les redoutables « maras ». La population l’approuve toujours massivement, à 75,9%, mais à neuf points de moins qu’en mai (84,8%).