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L’œil de l’expert : « Donner un sens à l’épargne cumulée des Français avec la création d’un Livret H »

Par Vincent Cudkowicz, cofondateur et directeur général de bienprévoir.fr.

Vincent Cudkowicz, cofondateur et directeur général de bienprévoir.fr.



Qui aurait pu imaginer que la France se retrouve avec des hôpitaux débordés lors des trois vagues successives du Covid 19 ? Cette crise a mis en lumière la sous-capacité de nos centres hospitaliers.

Les chiffres de l’OCDE le démontrent d’ailleurs très nettement. Le nombre de lits d’hôpitaux est de 6 pour 1.000 habitants en France quand il est de 8 en Allemagne et de 12,4 en Corée du Sud. Le nombre de lits en soins intensifs est de 3 pour 1.000 habitants en France, contre 6 en Allemagne.

Tout le monde s’accordera donc à dire qu’il est urgent pour notre pays de s’équiper davantage dans le domaine de la santé. Ce sujet faisait d’ailleurs partie de l’un des quatre piliers du « Ségur de la santé » en juillet 2020.
Sur le dernier plan de 19 milliards d’euros annoncé par le gouvernement dans le cadre de la phase II du Ségur, seuls 1,5 milliards d’euros vont servir les infrastructures et des installations. En France, il manque 130.000 lits d’hôpitaux pour atteindre le niveau de nos voisins d’outre-Rhin. Le financement de ces lits d’hôpitaux (hors foncier) nécessite ainsi la mobilisation de 40 milliards d’euros.

Mobiliser l’épargne des Français

Faisons appel à l’épargne des Français pour reconstruire notre offre de santé. Cela répondrait notamment à un besoin sociétal majeur et inédit depuis l’après-guerre, tout en satisfaisant une attente des épargnants qui cherchent à donner un sens, une utilité à leurs placements financiers.
Certes, des solutions existent déjà. Dans le financement des infrastructures à travers des solutions immobilières notamment. Par exemple, les supports d’investissement en immobilier collectif de santé (SCPI santé), qui permettent d’investir dans des infrastructures sanitaires et médico-sociales, ou d’accueil des personnes âgées. Dans le financement des fonds propres des entreprises, aussi, via des fonds à thématique santé.

Pour autant, ces solutions d’investissement bien que très accessibles restent très confidentielles au regard de l’enjeu auquel la France en particulier et le monde doivent faire face. Les investisseurs qui souhaitent profiter aujourd’hui des mégatendances mondiales liées notamment au vieillissement des populations, peuvent engager leur épargne sur des fonds à thématique santé. Ces fonds gèrent des participations sur tous les continents dans des entreprises engagées dans la santé en ciblant des univers exigeants en ressources et avec un sens sociétal fort comme la télémédecine, la sérologie, l’oncologie.

Cependant, il est nécessaire d’aller plus loin. En mobilisant l’épargne abondante et inédite des Français pour encourager celle-ci à servir à la reconstruction sanitaire du pays. Les Français auront en effet mis de côté pendant cette crise près de 165 milliards d’épargne supplémentaire, à fin 2021, d’après la Banque de France.

Créer un Livret H (pour hôpital)

Une partie de cette épargne devra certes participer à la relance de la consommation, mais une autre partie pourrait financer la croissance du nombre de lits d’hôpitaux manquants, ne serait-ce que pour se mettre au niveau des équipements de l’Allemagne.

Il s’agit de reproduire peu ou prou l’objet d’origine du Livret A, qui était censé financer le logement social dont notre pays manquait (et manque toujours). Aujourd’hui, le pays fait face à un nouveau défi majeur qui peut mobiliser les intérêts des épargnants et des collectivités locales. Un Livret H offrant des rendements sensiblement plus attractifs que le Livret A remporterait assurément un grand succès.