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Épargne : une hausse du taux du Livret A pour le 1er mai ?

Une énième hausse du Livret A au 1er mai est néanmoins jugée sensible en pleine élection présidentielle française.

Livret A
Crédit : Sipa.

Une bonne nouvelle pour l’épargne de 54,9 millions de Français ? Après une première augmentation de 1 % le 1er février dernier, le taux du Livret A pourrait de nouveau augmenter le 1er mai. La raison : la hausse des prix estimée à 4,5 % sur un an en mars selon les données de l’Insee, rapportées par Le Parisien. « Si l’on applique la méthode de calcul, c’est-à-dire la moyenne arithmétique entre l’inflation enregistrée sur le dernier semestre, à 3,20 %, et la moyenne des taux à court terme en euros, à – 0,57 %, le taux serait aujourd’hui compris entre 1,25 et 1,5 %, analyse Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’épargne. En théorie, c’est envisageable. »

Les revalorisations du Livret A et du Livret de développement durable et solidaire (LDDS) avaient déjà été envisagées le 1er février et le 1er août. Mais en juillet 2021, un arrêté offre désormais la possibilité au gouverneur de la Banque de France de le réviser, par anticipation, tous les trois mois : soit le 1er mai et le 1er novembre.

Une mesure possible si « la variation de l’inflation ou des marchés monétaires est très importante ». « C’est le cas, puisque l’inflation atteint des records sous l’effet de la crise ukrainienne, précise Mathieu Plane, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Il ne serait pas illogique d’intervenir avant le 1er août, pour protéger autant que possible l’épargne des ménages. »

10,5 milliards d’euros déposés sur le Livret A les deux premiers mois de l’année

Pour l’heure, la Banque de France n’a pas encore réagi. « Nous étudierons la recommandation du gouverneur, s’il y en a une », ajoute-t-on à Bercy. Néanmoins, une énième hausse au 1er mai est jugée sensible. Elle aurait lieu en pleine élection présidentielle et serait perçue comme une stratégie électoraliste du président sortant Emmanuel Macron. « Mais ce ne serait pas juste une décision politique. Elle serait cohérente avec le contexte économique et conforme à la loi, explique Mathieu Plane. Il faut surtout regarder si cela serait cohérent avec la politique qui est menée. »

De son côté, le gouvernement semble plutôt privilégier la relance de la consommation. « Ce serait sans doute un mauvais signal envoyé, admet Philippe Crevel. Chaque hausse du taux du Livret A, même légère, entraîne une collecte massive. Nous avons pu le vérifier en début d’année. » En février, les ménages ont déposé près de 3,5 milliards d’euros sur leur Livret A et Livret de développement durable et solidaire. Et 10,5 milliards sur les deux premiers mois de l’année. Ce qui porte l’encours à 479,9 milliards d’euros selon la Caisse des dépôts. « Les Français privilégient toujours l’épargne de précaution, assure Mathieu Plane. Mais avec un rendement négatif, même avec un taux à 1,3 %, je doute que cela ralentisse durement la consommation. »

Autre option pour le gouvernement : ne bonifier que le Livret d’épargne populaire (LEP), destiné aux ménages fragiles et avec une ouverture sous conditions de ressources. Son taux pourrait passer de 2,2 % à 3,2 % avec l’inflation actuelle. « Cela protégerait en priorité les plus modestes face à l’inflation, ça pourrait être une solution, estime Philippe Crevel. Et en même temps, les Français pourront se demander pourquoi le gouvernement agit pour le LEP et pas pour les autres livrets… »