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Le Livret A rémunéré à 3 % dès le 1er février

Le nouveau taux du Livret A passe de 2% à 3%, un niveau sans précédent depuis 2009 mais toujours nettement inférieur à l’inflation.

Livret A
Crédit : Sipa.

C’est désormais officiel. Le taux du livret A passera à de 2 à 3 % le 1er février 2023, a annoncé Bruno Le Maire vendredi 13 janvier. Cette nouvelle vient confirmer les prédictions qui évaluaient la revalorisation du placement préféré des Français ces dernières semaines. Dans la foulée, le ministre de l’Économie a également fait savoir que le taux du Livret d’épargne populaire (LEP) a aussi été revalorisé, 4,6 à 6,1%. « Nous serons le seul pays en Europe qui proposera à ses compatriotes un livret d’épargne garanti à un taux supérieur à l’inflation », s’est réjoui le ministre sur France 2. Enfin le livret de développement durable et solidaire (LDDS) va passer à 3 %.

Cette annonce se fait généralement en deux temps : le gouverneur de la Banque de France propose un taux, suivant une formule prenant en compte l’inflation et les taux interbancaires, auxquels les banques s’échangent de l’argent à court terme, puis le ministre de l’Économie et des Finances le grave dans le marbre. Tout cela devrait intervenir coup sur coup à la mi-journée. Le taux du livret d’épargne, placement le plus populaire en France, qui était il y a un an à son niveau plancher de 0,5%, a doublé une première fois au 1er février 2022 puis une nouvelle fois au 1er août, pour atteindre 2%. Le nouveau taux annoncé vendredi sera applicable au 1er février.

L’inflation toujours élevée en France — à 5,9% en décembre selon les derniers chiffres de l’Insee publiés vendredi — et le relèvement des taux directeurs de la Banque centrale européenne (BCE) laissent à penser que le résultat du calcul sera autour de 3,2% ou 3,3%, selon Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’épargne, interrogé par l’AFP. 

500 milliards d’euros sur les Livrets A et LDDS

Le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau évoque depuis quelques semaines une hausse « significative ». Mais il a tenu mercredi à tempérer les ardeurs des plus optimistes, en soulignant devant la commission des finances du Sénat que sa recommandation « devrait prendre en compte dans ses quelques possibilités d’ajustement le bon équilibre entre la juste rémunération de l’épargne populaire et la préservation d’un coût de financement raisonnable de notre économie, dont le logement social en particulier ».

Les quelque 500 milliards d’euros déposés par les Français sur les livrets A et livrets de développement durable et solidaire (LDDS), dont la majeure partie est centralisée par la Caisse des dépôts (CDC), sont destinés à financer le logement social, l’économie sociale et solidaire ou encore les économies d’énergie dans les logements. Si le relèvement du taux est une bonne nouvelle pour les épargnants, il est donc moins bien vécu par les collectivités territoriales et les acteurs du logement social, dont les prêts auprès de la CDC sont souvent indexés sur ce taux.

La remontée du taux est aussi accueillie froidement par les établissements bancaires qui conservent dans leurs coffres une partie des dépôts. Il pourrait en coûter par exemple autour de 2 milliards d’euros cette année au groupe BPCE, via notamment ses caisses d’épargne.

Plus de 55 millions de livret A

Les banques « craignent qu’une telle hausse du taux du livret A le rendrait très attractif et inciterait trop d’épargnants à se détourner des placements en assurance », avance Eric Dor, directeur des Études économiques à l’école de commerce IESEG. Parmi les rendements annoncés depuis le début de l’année par les gestionnaires des fonds euros en assurance vie, aucun n’atteint pour l’instant la barre des 3%.

Et la marge de remplissage est grande : les plus de 55 millions de livret A, plafonnés à 22.950 euros, n’étaient garnis qu’au quart de leur capacité à fin 2021, selon la Banque de France. Le taux du Livret d’épargne populaire (LEP), réservé aux ménages les plus modestes, va lui aussi bénéficier d’une revalorisation très importante. Sa formule, calquée sur le taux d’inflation, pourrait dépasser pour cette année les 6%, affirmait mardi le directeur général de la Caisse des dépôts Éric Lombard, auditionné par la commission des finances de l’Assemblée nationale. « J’en profite pour lancer un appel: il y a 7 millions de personnes qui pourraient avoir un LEP et qui ne l’ont pas ouvert », avait-il ajouté. Encore faut-il que les personnes éligibles aient la capacité d’épargner.