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Amundi écope d’une amende de 32 millions d’euros

Le géant européen de la gestion d’actifs vient de se voir infliger une lourde amende pour manipulation de cours sur produits dérivés. L’AMF pointe aussi la défaillance de son dispositif de détection des abus de marché.

Crédit: iStock.

La Commission des sanctions de l’Autorité des Marchés financiers ne transige pas lorsqu’il s’agit de manipulation de marché ! Amundi vient d’en faire les frais avec une amende de 32 millions d’euros. Un record, juste derrière la sanction de 35 millions d’euros prononcée en 2017 à l’encontre de Natixis AM. Mais qui a, depuis, été ramenée à 20 millions d’euros par le Conseil d’Etat. Concrètement, l’Autorité reproche au leader européen de la gestion d’actifs (près de 1 800 milliards d’euros d’encours à fin juin 2021) d’avoir manipulé le cours du Future Euro Stoxx 50 (FESX). Un contrat à terme sur l’indice des 50 plus grandes valeurs de la zone euro.

Un cours faussement dopé

Les faits remontent à 2014-2015, mais ils n’en demeurent pas moins d’une exceptionnelle gravité. Il est reproché à Ludovic Delion, un gérant d’Amundi, d’avoir procédé à des « wash trades » sur FESX, c’est-à-dire des achats et des ventes simultanées pour faire grimper le cours. Quand l’opération était positive, les gains étaient portés sur le fonds phare de la maison, Amundi Patrimoine. Quand il s’agissait de pertes, ces dernières étaient allouées aux fonds GRD, dédiés aux entités du Groupe Crédit Agricole Assurances (c’est-à-dire à la gestion directement du portefeuille de l’assureur).

Une pratique là aussi interdite, qui va à l’encontre de l’intérêt des porteurs. Depuis Amundi a indemnisé les fonds GRD à hauteur de 48,1 millions d’euros. Mais la société de gestion n’en demeure pas moins fautive de graves manquements selon l’AMF : défaillance de son dispositif de détection des abus de marché, non-déclaration d’opérations suspectes, non-respect de l’intérêt des porteurs…

Une connivence entre professionnels

Pour mener à bien les transactions litigieuses, le gérant passait par Gregory Saey, un professionnel de la table de négociation d’Amundi Intermédiation. Ce dernier transmettait ensuite les ordres, majoritairement à Tullett Prebon via Thomas Vignon. Tous les protagonistes de cette affaire sont sanctionnés. Tulliet Prebon écope d’une amende de 5 millions d’euros, Thomas Vignon de 20 000 euros, tandis que Ludovic Delion et Gregory Saey se sont vu infliger une interdiction d’exercer pendant dix ans.

Cette décision peut faire l’objet d’un recours. Elle n’est pas sans rappeler des affaires retentissantes passées, comme celle du trader Nick Leeson de la Baring’s en 1995 ou, plus récemment, de Jérôme Kerviel. Les produits dérivés, en particulier les contrats à terme, étaient eux aussi au cœur de ces scandales. En tant qu’épargnant, mieux vaut se méfier de ce type de gestion complexe, souvent opaque et donc pas toujours réalisée dans l’intérêt des investisseurs.