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Label ISR : « un nouveau référentiel plus exigeant avant la fin 2022 »

Michèle Pappalardo vient d’être nommée présidente du comité du Label ISR. Elle revient sur sa mission : moderniser ce label. Lancé en 2016, ce dernier concerne aujourd’hui 780 fonds et 168 sociétés de gestion en France. Une révision nécessaire après les vives critiques formulées à son encontre. Un rapport de l’inspection générale des finances en fin d’année dernière le jugeait alors trop flou et en perte de crédibilité.

présidente du comité du label ISR
Michèle PAPPALARDO photographiée par Jacques LE GOFF le 2 septembre 2021

Quelles sont les grandes étapes de votre parcours professionnel avant d’arriver à la présidence du comité du Label ISR?

Michèle Pappalardo : Après l’Ecole nationale d’administration (ENA), j’ai commencé ma carrière en 1981 à la Cour des comptes. J’y ai officié pendant quarante ans dont notamment en qualité de rapporteure générale entre 2019 et 2021. Outre mes activités à la Cour, j’ai été directrice du cabinet de Michel Barnier, lorsqu’il était ministre de l’Environnement entre 1993 et 1995 puis à nouveau pour Nicolas Hulot entre 2017 et 2018. J’ai aussi été présidente de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, maintenant agence de la transition écologique) puis Commissaire générale au développement durable au ministère de l’environnement.

Une carrière riche qui m’a permis de développer une expertise sur les sujets de développement durable avant de fonder récemment mon cabinet de conseils sur ce sujet. Je ne viens donc pas du monde de la finance, ce qui est à la fois ma force et ma faiblesse. En tant que spécialiste, je suis à l’écoute de toutes les propositions en matière de finance durable et d’ISR. Je n’ai aucun a priori. Mais aujourd’hui, il faut inscrire la finance dans une démarche de durabilité pour rendre possible la transition écologique.

Quel regard portez-vous aujourd’hui sur le label ISR ?

MP : La France a vraiment été pionnière en matière d’investissement socialement responsable. Le label ISR a eu le mérite dès 2016 de faire de la pédagogie et de développer la mobilisation sur cette forme d’investissement. Mais il est aujourd’hui victime de son succès. Beaucoup de fonds ayant obtenu le label, il risque, de fait, de perdre en crédibilité. Notre objectif consiste donc à relever le niveau d’exigence du label. Les épargnants doivent avoir totalement confiance dans les fonds labellisés. Et il faudra aussi le rendre plus visible et plus facilement compréhensible.

Quelles sont vos premières pistes de réflexion ? 

MP : D’abord, il faut bien positionner le label public ISR dans le contexte des nouvelles réglementations européennes. Le nouveau référentiel devra prendre en compte la taxonomie européenne ou encore le récent règlement SFDR (Sustainable Finance Disclosure Regulation). Le label devrait être aussi cohérent avec les normes nationales, notamment la nouvelle loi climat et résilience. Aujourd’hui, il y a un foisonnement de pratiques et de méthodes ISR selon les gestionnaires. Mieux les encadrer semble nécessaire.

Ensuite, nous réfléchissons à intégrer la finance à impact. Cela répondra mieux aux attentes des épargnants et apportera davantage de lisibilité et de cohérence au label. Enfin, il est important de proposer aux épargnants une vision claire des spécificités des différents labels existants. Aussi, nous souhaitons travailler de concert avec les autres labels (comme Greenfin, Finansol). On peut imaginer différentes évolutions : un bouquet de labels plus ou moins thématisés, des labels avec des niveaux d’exigence différents…

A quelle échéance le label sera t-il réformé ?

MP : Dans les prochaines semaines, un guide de l’audit du référentiel du label ISR va paraître. Une manière de bien mettre noir sur blanc toutes les règles existantes, qui étaient parfois interprétées différemment entre les sociétés de gestion. Ensuite, le Comité du label se réunira 5 ou 6 fois par an. Il sera épaulé par trois sous-comités, composés d’experts opérationnels et d’académiques.

Le sous-comité prospectif, en particulier, va travailler très régulièrement sur des thèmes spécifiques. Ses travaux nous aideront à faire des propositions au ministère de l’Economie, des Finances et de la Relance. Notre objectif consiste à mettre en place un nouveau référentiel plus exigeant avant la fin 2022. Nous voulons mobiliser le plus grand nombre d’acteurs possibles pour faire progresser la démarche du label, le rendre plus lisible et convaincant. Les épargnants veulent s’assurer de l’utilité de leur placement et qu’il aura un impact globalement bénéfique sur l’économie, la société et l’environnement.