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« Les critères ESG doivent être revisités en y intégrant davantage le social et la sobriété »

François Soulage, l’ancien président du Secours Catholique et président du comité d’éthique de Kaori, nouvelle association d’épargnants responsables et solidaires lancée en début d’année, revient sur les évolutions récentes en matière d’investissement socialement responsable.

François Soulage, président de l’association Kaori.

La guerre en Ukraine a-t-elle changé votre point de vue en matière de critères environnementaux et sociaux ?

François Soulage : Au sein de Kaori, nous avons fait le choix d’adopter une approche pragmatique de l’investissement durable. Il est difficile aujourd’hui de mener une politique d’exclusion très restrictive. La guerre en Ukraine a montré les limites de cette approche. Il faut pouvoir continuer à aider les Ukrainiens à se défendre face à la Russie. Le secteur de l’armement peut actuellement avoir sa place dans un portefeuille mais avec une grande prudence.

De même, il est compliqué aujourd’hui d’exclure les énergies fossiles ou le nucléaire. Nous aimerions certes privilégier uniquement les énergies renouvelables mais elles ne suffisent pas à combler nos besoins. Ce sujet nous a conduit à faire évoluer notre modèle d’investisseur en privilégiant les acteurs engagés dans la sobriété énergétique. Pour le moment, nous avons identifié quelques fonds chez plusieurs sociétés de gestion. Mirova, Sycomore ou encore OFI Asset Management s’intéressent par exemple à cette thématique. Mais cela restera un axe essentiel parmi nos critères de sélection de fonds à l’avenir. Il faut investir dans des entreprises qui se projettent dans le monde de demain. Elles doivent être capables d’innover tout en limitant le recours à nos ressources naturelles. 

Le récent scandale Orpéa vous a-t-il conduit à vous monter plus vigilant ? 

François Soulage : Il est évident que les investisseurs doivent davantage s’interroger sur le modèle économique des sociétés dans lesquelles ils investissent. Pour cela, il faut étudier l’ensemble de leur écosystème. Il est nécessaire de s’assurer de leurs bonnes pratiques en interne mais aussi vis-à-vis de leurs fournisseurs, de l’Etat (bon usage des fonds publics)…Il faut aussi s’interroger sur l’avenir de sociétés qui dégagent une forte rentabilité, celles qui versent d’importants dividendes ou encore qui rémunèrent très largement leurs dirigeants.

Face aujourd’hui à un environnement conjoncturel qui se dégrade, notre économie ne peut être fondée que sur une approche plus durable. Il faut s’assurer que la croissance ne se fera pas au détriment des plus pauvres. La dimension sociale voire sociétale est donc très importante. Le travail d’analyse des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance reste donc complexe et doit tenir compte des évolutions sur le marché. 

Quels conseils donneriez-vous à un épargnant qui souhaite avoir une démarche plus responsable dans ses placements ? 

François Soulage : Si on veut donner une dimension vraiment responsable à ses investissements, il ne faut pas se focaliser sur le seul critère du rendement. Il vaut mieux privilégier un fonds qui offre une performance moindre mais régulière plutôt qu’un produit très bon mais seulement à court terme. De plus, la sélectivité reste clef. Les entreprises dotées de capitaux propres solides, d’un faible niveau d’endettement et d’une croissance raisonnable seront davantage capables de faire face à des conditions de marchés plus difficiles (hausse des taux, ralentissement économique…).

Si vous sélectionnez des gérants, il faut avant tout s’assurer de leurs capacités d’analyse durable. Renseignez-vous sur les équipes qui suivent ce sujet. Leur nombre et leur expérience sont clefs. Le monde change très vite. Des gérants expérimentés peuvent davantage s’adapter.