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Energies alternatives : « les opportunités ne manquent pas »

Entretien avec Xavier Chollet, gérant chez Pictet. Diplômé de HEC Lausanne et de l’université de Miami, il gère le fonds Pictet Clean Energy (4,9 milliards d’euros d’encours) depuis 2011. Ce spécialiste des énergies alternatives, et de la transition énergétique au sens large, a débuté sa carrière comme analyste financier chez Pictet AM.

Xavier Chollet, gérant chez Pictet. Crédit : Pictet.

Les actions du secteur des énergies fossiles ont affiché des performances record depuis le début d’année (+ 40% depuis janvier à fin septembre), qu’en est-il des énergies renouvelables ? 

Xavier Chollet : Les valeurs du segment des énergies renouvelables ou de la transition énergétique au sens large ont décroché en Bourse toute comme la plupart des actions depuis le début de l’année. Le fonds Pictet Clean Energy, qui investit pour un tiers dans les énergies renouvelables (solaire et éolien), le solde étant réparti dans les technologies liées à l’électrification (semi-conducteurs) et à l’efficience énergétique (pompe à chaleur…), a perdu 14% depuis janvier. Mais cette contreperformance s’explique notamment par le profil très croissance de ce type de valeurs. La hausse des taux d’intérêt a conduit à une chute de leur valorisation. Certaines ont perdu entre 40 et 50% de leur valeur. Une situation qui ne remet pour autant pas en question leurs fondamentaux.

Est-ce que la crise énergétique actuelle favorise aussi ces valeurs ?

X. C. : Avant même les difficultés d’approvisionnement de gaz et de pétrole à cause de la guerre en Ukraine, les énergies dites propres étaient déjà plus compétitives. En moyenne pour produire un mégawatt heure, cela revient au total – entre les coûts de construction, de financement et d’exploitation – à 33 euros pour une centrale photovoltaïque, 38 euros pour un parc éolien contre 168 euros pour une centrale nucléaire ou 108 euros pour une centrale charbon. Ces prix ne prennent même pas en compte les subventions publiques qui ont tendance à se pérenniser. La logique économique prédomine donc pour ces énergies propres. Face à l’explosion des prix de l’électricité, elles sont devenues encore plus attractives. Elles devraient le rester compte tenu des plans énergétiques décidées en Europe ou même aux Etats-Unis. La guerre en Ukraine a aussi montré notre dépendance d’approvisionnement face aux autres pays. C’est donc devenu un sujet de sécurité énergétique.

Est-ce que le nucléaire fait aussi parti de vos convictions ?

X. C. : Le nucléaire est une énergie de transition mais pas d’avenir. Il faut dix ans pour construire une nouvelle centrale et le problème du recyclage des déchets radioactifs n’a toujours pas été réglé. Cet été, la réduction de la production de certaines centrales françaises en raison de l’asséchement de la Loire qui ne permettait plus de refroidir les réacteurs interroge aussi sur l’avenir de cette énergie face au réchauffement climatique. L’arrêt de la production en raison des découvertes de microfissures ou de corrosion dans plusieurs réacteurs alertent aussi davantage sur les risques d’accident nucléaire, sans parler du risque de sabotage comme en Ukraine. Le solaire, l’éolien ou même l’hydrogène vert sont donc plus porteurs.

Quels sont les opportunités et les risques à surveiller ?

X. C. : Nous vivons aujourd’hui une situation rare car malgré un marché baissier, les opportunités ne manquent pas. Parmi les équipementiers, Enphase Energy a gagné par exemple 42 % depuis le début de l’année. Certaines valeurs se traitent encore avec une forte décote alors que leurs perspectives restent bonnes. Des spécialistes américains dans les semi-conducteurs de puissance, comme Onsemi ou NXP Semiconductors, se paient seulement 13 fois les bénéfices pour 2023. La transition vers les voitures électriques constitue une véritable aubaine pour certains titres, comme Albemarle, leader mondial dans le lithium. A court terme, il peut y avoir des bruits de marché liés par exemple au tarif réglementé de l’énergie. Notre scénario très positif pour les valeurs liés à la transition énergétique peut être remis en cause en cas de poursuite massive de la hausse des taux et d’une récession économique plus forte qu’attendue. A plus long terme cela restera un pari gagnant.