A partir du 1er janvier prochain, si le projet de loi de finances est voté en l’état, le compte-titres va redevenir compétitif avec une fiscalité moins forte, celle du prélèvement forfaitaire unique (PFU) : 12,8 % pour la taxe sur la plus-value des valeurs mobilières et 17,2 % avec les prélèvements sociaux, soit au total 30 %.

Actuellement, les gains peuvent être taxés jusqu’à 65 %. Jusque-là, le plan d’épargne en actions (PEA) profitait donc d’un avantage fiscal certain. Mais celui-ci est assorti de fortes contraintes. Il faudra les mettre désormais en balance avec un compte-titres où l’on peut investir en toute liberté, et bientôt, avec une fiscalité moins pénalisante.

Un point sur la fiscalité

Petit rappel sur la fiscalité du plan d’épargne en actions : huit années après le premier versement, si vous sortez une partie ou la totalité du capital présent sur votre plan, les gains accumulés – les dividendes et les produits de cessions – sont exonérés de l’impôt sur le revenu.

En revanche, vous devrez régler les prélèvements sociaux au taux en vigueur au moment de la sortie du capital et, en cas de retrait partiel, vous ne pourrez plus effectuer de nouveaux versements. Attention, cela ne veut pas dire que vous devez figer vos positions au sein de votre plan pendant huit ans. Vous pouvez réaliser autant d’opérations que vous le souhaitez, à condition de laisser vos gains dans votre PEA.

Si vous n’atteignez pas les huit années de détention requises, tout n’est pas perdu. Lorsque vous sortez le capital entre cinq et huit ans, vous ne perdez pas l’exonération fiscale mais vous devez clôturer votre plan. Si c’est avant cinq ans, par contre, les gains sont soumis à l’impôt progressif sur les revenus et le PEA doit également être fermé.

L’ensemble de ce dispositif fiscal devrait rester inchangé après le 1er janvier 2018. Simplement, avant cinq ans, les gains seront désormais assujettis au prélèvement forfaitaire unique de 30 %.

La carotte fiscale liée au plan d’épar­gne en actions est accompagnée de contraintes spécifiques, que l’on ne retrouve pas pour un compte-titres. D’abord, le capital placé est plafonné à 150 000 euros. Ensuite, les actions détenues en direct doivent concerner des sociétés dont le siège se trouve dans un des pays de l’Union européenne, auxquels s’ajoutent la Norvège et l’Islande.

Quant aux Sicav, elles doivent être investies en actions européennes à hauteur de 60 % – c’est 75 % pour les fonds communs de placement (FCP). De plus, des opérations comme les ventes à découvert ou le service de règlement différé (SRD) ne sont pas possibles avec un PEA. Vous ne pouvez pas non plus y inclure des options d’achat (call) ou de ventes (put) pour couvrir vos positions.

En revanche, toutes ces opérations sont envisageables à partir d’un ­compte-titres, enveloppe également ouverte à la totalité des zones géographiques d’investissement. De surcroît, il n’y a pas de plafond de dépôt sur un compte-titres.

La prochaine harmonisation fiscale par la « flat tax » doit-elle vous faire renoncer à votre PEA et à ses contraintes ? « Ce sont des produits complémentaires sur un horizon de temps différent, explique Gilles ­Monat, directeur général de Saxo Banque France (1). L’idéal est de détenir les deux. Le PEA est conçu pour une épargne dont le particulier n’a pas ­besoin à court terme, car c’est un ­investissement sur la durée, au moins sur cinq ans. S’il pense avoir besoin de cette épargne avant, le compte-titres lui permet d’investir sur les marchés financiers et de débloquer l’argent au moment où il le souhaite. »

Pas question de jeter aux orties votre enveloppe fiscale adorée. Mais il peut être judicieux d’en réviser quelque peu la composition. Après tout, si le compte-titres permet d’accéder à près de 29 000 titres cotés, le PEA en propose tout de même 5 800. Voilà déjà de quoi noyer celui qui ne serait pas suffisamment aguerri au suivi de ­l’actualité financière ou l’épargnant qui n’aurait pas assez de temps à consacrer à la construction et au suivi régulier d’un portefeuille boursier.

Pour remédier à cela, la meilleure solution peut être de se tourner vers les Sicav et les FCP. Ces produits sont commercialisés par des gestionnaires qui vous proposent de souscrire à un portefeuille d’actions déjà construit et aux objectifs de gestion clairement définis.

Et, cerise sur le gâteau, certains fonds éligibles au PEA peuvent même vous ouvrir les portes de plusieurs places financières internationales. Alors pourquoi s’en passer, surtout si cela vous permet d’améliorer encore un peu vos gains ?

Chassez les fonds qui ont amplifié la hausse des marchés

Depuis cinq ans en effet, les valeurs européennes connaissent des parcours boursiers très porteurs. Pour les fonds éligibles au plan d’épargne en actions, il a donc été plutôt aisé de vous proposer de belles performances.

Reste maintenant à savoir si celles-ci se rapprochent de celles des meilleures Sicav de leur catégorie. Notre tableau (voir ci-dessous) qui recense les dix meilleurs supports éligibles présents dans notre cote ­Sicav et éligibles au PEA, vous en donnera rapidement une idée.


Que retenir ? Ce sont essentiellement les gestions tournées vers les petites et moyennes entreprises françaises qui ont le mieux performé. Si vos fonds ne sont pas présents dans ce tableau, attachez-vous à voir si leur performance est très éloignée ou non de celles mentionnées, et si leur univers d’investissement est plus limité ou plus large, ce qui peut justifier en partie cet écart.

Par contre, là où vous devez sérieusement vous interroger, c’est si l’une de vos lignes figure dans la liste des cinq fonds ayant obtenu les moins bonnes performances depuis cinq ans (voir tableau ci-dessous). En l’occurrence, ce sont surtout les produits les plus prudents à dominante monétaire qui ont marqué le pas.


Ce constat fait, il est temps d’inclure les meilleurs gérants dans votre PEA et pour cela, de le nettoyer un peu. Premier conseil, puisque votre horizon d’investissement est d’au moins cinq ans, il ne faut pas hésiter à prendre un peu plus de risque. Aussi, parmi les valeurs européennes, nous vous recommandons plutôt les petites et moyennes entreprises. Si leurs ­valorisations peuvent chuter brutalement à court terme, elles offrent de très bons potentiels de rebond sur le long terme.

Allié de l’investisseur, le temps permet de lisser les à-coups. Deuxième conseil : intéressez-vous aux sociétés non cotées. Mais attention, seulement au travers des FCPI (fonds communs de placement dans l’innovation). Ces fonds sont gérés par des experts capables de tirer le meilleur parti de cet univers très ­particulier où se côtoient le meilleur comme le pire en matière d’investissement. Troisième et ultime conseil : pensez à diversifier les lignes de votre portefeuille, cela vous permettra de minorer l’impact d’un éventuel retournement de marché.

(1) Saxo Bank France vient de lancer une offre PEA avec la possibilité d’investir uniquement en direct via des actions ou des fonds indiciels (ETF).