L’année boursière 2017 a finalement tenu ses promesses. Aux Etats-Unis, les indices ont battu des records historiques à maintes reprises (+ 27 % pour le Nasdaq et + 22 % pour le Dow Jones(1)) sous l’impulsion des valeurs technologiques, à l’image d’Apple dont le cours a bondi de plus de 46 % ! L’Europe n’est pas en reste avec des hausses comprises entre 10 et 15 % pour les indices français CAC 40 et allemand DAX, dans un contexte d’accélération de la croissance économique sur le Vieux Continent.

Pour surperformer les indices en 2017, il fallait viser les situations en retournement (+ 134 % pour AirFrance-KLM), les valeurs cycliques comme STMicroelectronics (+ 70 %), les dossiers spéculatifs (+ 93 % pour Ubisoft et + 54 % pour ADP) ou certaines thématiques porteuses comme le luxe (+75 % pour Kering et +34 % pour LVMH). A l’inverse, il était trop tôt pour miser sur le pétrole (baisse de près de 30 % pour Vallourec et TechnipFMC) ou sur la distribution (- 23 % pour Carrefour).

Après un tel rally boursier, les indices auront du mal à reproduire les mêmes performances en 2018. Même si les résultats des entreprises ont été au rendez-vous en 2017 et si les perspectives pour la nouvelle année se présentent plutôt bien – le consensus des analystes financiers table sur une croissance des profits de l’ordre de 8 % pour les titres du CAC 40 –, les valorisations deviennent de plus en plus tendues, surtout à Wall Street où l’indice large, le S&P 500, capitalise encore près de 18 fois les bénéfices attendus en 2018. A titre de comparaison, les valeurs françaises apparaissent plus abordables avec un multiple de 14,7 fois pour le CAC 40.

Mais les anticipations de résultats peuvent considérablement évoluer en fonction de plusieurs paramètres comme l’application effective de la ré- forme fiscale aux Etats-Unis, la vitesse de remontée des taux d’intérêt dans le monde, l’évolution des cours du pétrole et des matières premières ou la recrudescence des tensions géopolitiques.

Plus les marchés seront chers et plus le risque de correction grandira. Il convient donc de construire un portefeuille bien équilibré entre valeurs cycliques, valeurs de croissance et valeurs de rendement (voir notre sélection) en maintenant une vigilance élevée sur la qualité des dossiers et leurs prix. Et en adoptant une stratégie de stockpicking, où sont privilégiées les entreprises dont les qualités propres permettront de se démarquer par rapport à leur secteur ou à l’environnement général.

1 – BNP Paribas

Pénalisé jusqu’a présent par les politiques ultra-accommodantes des banques centrales, l’établissement devrait retrouver en 2018 un environnement plus favorable dans les activités de détail avec la remontée anticipée des taux d’intérêt. Son plan d’économies et de digitalisation accroît la visibilité sur les perspectives et la distribution du dividende. De quoi réduire une décote de 15 % par rapport à la situation nette par action (74,30 euros).

2 – Coface

La filiale du groupe Natixis spécialisée dans l’assurance crédit retrouve un contexte plus propice. L’amélioration de la conjoncture et les restructurations engagées dans le cadre du plan Fit to Win commencent à porter leurs fruits et devraient se traduire par une nette progression des bénéfices en 2017 et 2018. Non seulement le titre sert un rendement supérieur à 3 %, mais il comporte une dimension spéculative dans la perspective d’un désengagement de Natixis du capital.

3 – Renault

Renault est à la fois une valeur cyclique et de rendement. Son bilan est solide (2,4 milliards d’euros de trésorerie nette à la fin du premier semestre 2017) et le constructeur est capable de générer du cash dont une bonne partie peut être reversée aux actionnaires. Renault est porté par un marché automobile européen dynamique, mais il dispose aussi de beaux relais de croissance en Russie, en Chine et au Brésil. La valorisation est modeste à moins de 5 fois les profits attendus pour 2017 et le titre procure un rendement supérieur à 4 %.

4 – Air Liquide

Longtemps pénalisé en Bourse par le scepticisme provoqué par le rachat de l’américain Airgas, en 2015, le titre est en train de rattraper son retard et ce mouvement devrait se poursuivre. Le groupe profite à la fois de l’amélioration globale de la conjoncture et de l’intégration plus rapide que prévu de cette nouvelle filiale qui lui permet d’être leader aux Etats-Unis. Le programme de 300 millions d’euros d’économies est d’ores et déjà réalisé à 70 %. Air Liquide va maintenant pouvoir se concentrer sur les synergies de revenus entre les deux groupes. Avec à la clé de bonnes surprises lors des prochaines publications.

5 – Atos

Malgré une croissance organique limitée sur son métier d’origine d’infogérance, Atos a été capable de faire progresser significativement son chiffre d’affaires et ses résultats ces dernières années grâce à des acquisitions judicieuses et au développement de ses activités Big data et Cybersécurité. Sa filiale Worldline, spécialisée dans les paiements électroniques, connaît aussi une dynamique soutenue et représente un actif facile à valoriser. Avec une trésorerie nette estimée à plus de 700 millions d’euros à la fin de l’année 2017, le groupe peut poursuivre sa politique de croissance externe agressive.

6 – Edenred

Très exposé au Brésil où il réalise 40 % de ses profits, le leader mondial des services prépayés va mieux. Les objectifs de l’exercice ont été confirmés et visent une hausse de 9 % du résultat opérationnel courant, à taux de change et périmètre constants. Pour 2018, le groupe devrait bénéficier de l’amélioration de la conjoncture au Brésil et en zone euro, de la montée en puissance des activités de diversification dans la gestion des frais professionnels et des paiements inter-entreprises et de la hausse des taux d’intérêt sur la rémunération des dépôts versés par les clients en échange de l’émission de chèques et cartes cadeaux.

7 – Vinci

L’exercice 2017 a marqué un point d’inflexion dans les métiers cycliques du contracting (bâtiment, route et énergie) avec un retour, à la fin de septembre, à la croissance du chiffre d’affaires (+3,8 %) et du carnet de commandes (+ 9 %). Ce dernier va encore augmenter avec les projets du Grand Paris. Parallèlement, le groupe souhaite monter en puissance dans les concessions aéroportuaires avec sans doute à la clé une prise de contrôle d’ADP (Aéroports de Paris). Bref, la visibilité est excellente sur les perspectives de hausse des profits des prochains exercices et le dividende va continuer de progresser

8 – Schneider Electric

Le spécialiste de la gestion de l’énergie et des automatismes a retrouvé une dynamique de croissance plus soutenue qui lui a permis de relever ses prévisions à deux reprises au cours de l’année 2017. Le groupe, implanté de longue date en Chine, est aujourd’hui récompensé de ses efforts puisque ses ventes dans ce pays renouent avec une croissance à deux chiffres. Grâce à une meilleure sélectivité des projets, la marge d’excédent brut d’exploitation peut encore s’améliorer après la hausse de 50 à 70 points de base attendue pour 2017.

9 – Spie

Pénalisé cet été par des problèmes comptables résolus depuis, ce leader européen indépendant des services multitechniques pour l’énergie et les télécommunications a été contraint d’abaisser son objectif de marge brute d’exploitation pour 2017. L’année 2018 promet d’être bien meilleure grâce à plusieurs catalyseurs : le redressement des activités en France, dans le pétrole et le gaz, et l’effet positif de l’intégration en année pleine de la filiale allemande SAG. Les investisseurs tablent sur une croissance de 28 % et de 12 % du résultat net en 2018 et 2019. Des hypothèses valorisées modestement 13,4 et 12,3 fois.

10 – Vallourec

Massivement recapitalisé en 2016, ce leader mondial des tubes sans soudure principalement destinés à l’industrie pétrolière et gazière va mieux. Ses objectifs financiers ont été relevés en 2017 à trois reprises grâce au spectaculaire rebond du marché pétrolier américain et l’avancée plus rapide que prévu du programme d’économies. Pour 2018, un retour à un excédent brut d’exploitation positif est espéré. Il faudra attendre 2019 pour voir Vallourec générer à nouveau des flux nets de trésorerie positifs.

(1) Données sur la période comprise entre le 6 décembre 2016 et le 1er décembre 2017