Avec son pouce, il balance des munitions calibrées à 140 signes comme un shérif de western appuie  son index sur la gâchette de son ‘pacificateur’. Plutôt qu’un communiqué de presse, Donald Trump préfère la messagerie instantanée Twitter. Comme son prédécesseur. Mais à la différence de Barack Obama, l’actuel président des Etats-Unis ‘twitte’ sur tout ce qui bouge et ne s’est pas assagi une fois assis derrière le bureau Ovale. « Il faut le comprendre : le soir il s’ennuie tellement qu’il passe son temps à pianoter des tweets sur son smartphone, allongé sur son lit » ironisait Édouard Carmignac, le 19 avril dernier, au cours de la présentation des perspectives trimestrielles de sa société de gestion d’actifs Carmignac Gestion.

40% des tweets postés entre 6 heures et midi

Le dirigeant de la société d’investissement a raison sur toute la ligne, à un détail près : Donald Trump est bien un ‘twitto’ compulsif.  Sauf que ces salves ne partent pas le soir, mais tôt le matin : 40 % entre 6 heures et midi, et surtout 15 % de 7 à 8 heures… soit pendant l’émission Fox & Friends et surtout alors que les « morning meeting » des gérants battent leur plein.

De même, pour en décrypter le sens, il faut distinguer au préalable leur origine. Ainsi, comme certains policiers aux deux armes, l’une à la ceinture et l’autre a la cheville, Donald Trump dégaine soit depuis son compte officiel, @POTUS, soit depuis son compte personnel @Realdonaldtrump : autant le ton des premiers messages du président Trump demeure mesuré, autant les salves tirées par ‘Real Donald’ vitrifient ces cibles, pour les déstabiliser. Et instaurer un rapport de force favorable à ses intérêts.

Volatilité naturelle

 « Il ne s’agit pas vraiment d’actes potentiellement déstabilisant, mais ils créent une volatilité naturelle » soulignait Edouard Carmignac lors de la dernière présentation des perspectives trimestrielles de son entreprise. Bien sûr, quand, le 6 décembre 2016, il dézingue le budget du futur Air Force One, Boeing en prend pour son grade : le jour même, le titre dévisse de 1 % et efface un milliard de dollars de sa capitalisation. Idem une semaine plus tard lorsque Lockheed-Martin se retrouve dans sa ligne de mire pour le « coût exorbitant et hors de contrôle » du programme F 35 : l’action plonge de 5 % le 12 décembre suivant.

10 000 suppressions d’emploi

D’autres ténors du big business ne sont pas épargnés. Tels Général Motors ou Toyota descendus en flamme pour préférer le Mexique aux Etats-Unis pour y fabriquer des automobiles vendues de l’autre côté du Rio Grande sans acquitter de droits de douane. Les salves trumpiennes des 5 janvier et 28 avril 2017 entraînent des chutes de leurs cours de 1,89 % pour le premier et de 3,04 % pour l’autre. Les dégâts sont limités comparés à ceux subis par Macy’s qui, en 2015, fera l’objet d’un boycott : certains accusent l’actuel président d’être à l’origine de la suppression de  10 000 emplois.

Pour le plus grand profit des pétromonarchies

Du coup, les échanges musclés de Donald Trump avec ‘Rocket Man’, le leader nord-coréen, la Chine ou l’Iran agitent tant le marché des devises que celui de l’or ou les cours du brut. Lorsqu’il avise son homologue nord-coréen de la taille de son bouton nucléaire, le baril gagne 3,65 % le 11 février 2017. Pour le plus grand profit des pétromonarchies du Golfe… et des producteurs américains, situés dans des États votant massivement pour lui. Sans oublier l’Iran, accusé de « jouer avec le feu », le 3 février 2017. « Autant de boucs émissaires idéaux, tout comme la Sillicon Valley et les GAFA, en particulier Amazon et son président Jeff Bezos, pour les électeurs de Donald Trump » reprend Édouard Carmignac. Qui pointe ensuite l »échéance des élections de mi-mandat cet automne, cruciale pour sa majorité au Congrès.

Donald Trump se garde cependant de franchir la ligne jaune. Aussi bien avec la Chine qu’avec la Russie. Avec ce dernier pays, autant allié que contradicteur, en particulier au Moyen-Orient, les tweets présidentiels conduisent à baisser le rouble, et, in fine, à redonner un avantage compétitif aux exportations russes. D’abord  interpellés pour laisser filer sa monnaie et fermer son marché intérieur, l’empire du Milieu et son dirigeant Xi Jinping se voient aujourd’hui bombardés d’éloges. L’explication tient dans l’influence de Pékin pour ramener Pyongyang à la raison et à la table des négociations sur l’arme nucléaire. Justement, Donald Trump a trop besoin d’un accord historique pour se lancer dans la bataille électorale de cet automne…

Des alertes Trump

Wall Street s’est adapté. Grâce à des start-ups comme Trigger (gâchette en anglais), DataMinr, StockTwits ou Motif Investing. Elles développent des applications fournissant des données pour investir. Toutes y incluent de quoi connecter les marchés aux réseaux sociaux. La première fait mieux : ses alertes Trump préviennent lorsque le président s’exprime sur une valeur cotée ou sur les conséquences à prévoir de ses tweets sur diverses classes d’actifs.