Simple nuage ou coup de semonce avant une sérieuse dégelée ? Le repli de plus de 1,3 % du CAC 40, des autres indices européens (l’Euro Stoxx 50 cède 1,2 %,le Dax allemand 1,4 %) et des indices américains (respectivement – 0,4 % pour les DJ IA et S&P 500 – 0,1% pour le Nasdaq Composite), le mercredi 22 mai surprend d’autant plus qu’un recul de cette ampleur n’est pas intervenu depuis deux mois.

Au-delà des prises partielles de bénéfices après l’ascension quasi-continue des places financières des deux cotés de l’Atlantique depuis le début de l’année, cette situation houleuse exprime les inquiétudes qui agitent les salles de marchés.

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Elles sont d’abord politiques et concernent autant l’Italie que les négociations entre la Chine et les Etats-Unis. De l’autre côté des Alpes, la bourse de Milan signé ainsi le plus fort retrait du jour, à-1,4 %, en raison d’une part des difficultés de la nouvelle majorité parlementaire à désigner un chef de gouvernement, et d’autre part sur son programme de gouvernement, forcément anti-européen, mais tirant à hue et à dia entre les extrêmes gauche et droite.

Des indicateurs européens qui marquent le pas

Ailleurs, il a suffit d’un nouveau tweet de Donald Trump à propos des négociations avec l’empire du milieu pour relancer les craintes d’une guerre commerciale entre les deux puissances.

Surtout, les salles de marché prennent note d’indicateurs avancés européens qui marquent le pas. Alors qu’elles tablaient sur un essoufflement de la croissance… américaine. D’où des chiffres accueillis tels une douche froide : ils signalent un ralentissement marqué au lieu d’une stabilisation attendue. Ainsi, le HIS Market montre une activité européenne qui ne gagne que 0,4 % au premier trimestre au lieu des 0,6 % prévus par le consensus de Reuters. Tandis que l’indice PMI des services glisse de 54,4 à 53,9, certes très au-dessus du pivot de 50 marquant une entrée en récession. Mais en-deçà des attentes de Reuters qui prévoyait 54,6. Idem pour le secteur manufacturier : il recule de 56 à 55,2 au lieu des 56 escomptés.

D’où l’effritement des cours du pétrole (le Brent est retombé sous les 80 dollars le baril), des matières premières et des valeurs concernées : ainsi à la clôture, Total abandonne 3,1 %. D’autant plus que des rumeurs de hausse de production de l’OPEP courraient d’une place financière l’autre.

Au bout du compte, ces indicateurs avancés en demi-teinte rappellent d’abord les difficultés à relancer et consolider la croissance européenne : la demande est là. Elle est tonique mais ne peut être satisfaite faute de main d’œuvre disponible. Ce rebond de l’activité qui intervient après plusieurs années de restructurations, caractérisées par des millions de suppressions d’emplois, cale sur des goulets d’étranglement. En effet, nombre d’entreprises avouent rencontrer les plus grandes difficultés à recruter. Et donc à augmenter leurs cadences de production.

Les politiques monétaires accommodantes

Reste à savoir si ces interrogations prolongeront ou pas les politiques accommodantes de la Fed américaine et de la BCE de Francfort. La première s’exprime en début de soirée, ce jour. Quant à la seconde, il lui faudra s’inspirer de la com’ de son homologue de Washington : si elle prolonge ses achats d’actifs, les marchés ne manqueront pas de penser que la croissance n’est pas encore au-rendez-vous. Si le calendrier est respecté, ils (re)connaîtront l’angoisse des futures hausses de taux directeurs, synonymes d’argent moins bon marché.