La Pax Americana a encore frappé le 8 mai : Donald Trump ayant dénoncé l’accord sur le nucléaire iranien, toute entreprise en affaires avec ce pays encourra les foudres américaines. D’où le sentiment de frilosité qui semble agiter les banques françaises : selon Les Echos du 17 mai dernier, la Société Générale se livrerait à un forcing effréné auprès de ses PME et ETI concernées. Échaudée par l »amende de 8,9 milliards de dollars infligée à BNP Paribas en 2014 pour viol d’embargos au Soudan, à Cuba et en Iran, la Société Générale menacerait de fermer leurs comptes. Elle serait passée à l’acte pour ceux de leurs salariés dépêchés sur place !

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L’Opep doit ainsi faire une croix sur les 3,8 millions de barils-jour. A en croire Bank of America, le Brent, qui tutoie la barre des 80 dollars, pourrait se hisser à cent dollars ! En pareil cas, l’économie française subirait un coup d’arrêt : toute hausse de dix dollars du baril ampute la croissance de 0,5 %. Si l’Opep ne compense pas cette pénurie le 22 juin prochain, Air France KLM, chez qui les prix du carburant font et défont les bénéfices, vivra des jours encore plus difficiles.

Total parmi les grands perdants

A moins que le Blocking Status de l’Union Européenne ne neutralise les sanctions américaines, Total figure parmi les plus grands perdants de cette nouvelle donne : elle est la première major à obtenir un permis d’exploitation dans ce pays, début 2016 : 50,1 % du projet gazier South Pars 11. Total a beau jeu d’affirmer que les 400 000 barils quotidiens alimenteront la consommation iranienne, les autorités américaines risquent de se montrer intraitables. Tant pis pour son investissement de 40 millions d’euros. Tant mieux pour son partenaire chinois, CNPC, qui récupérera la moitié d’un gisement de cinq milliards de dollars. Total à fait ses comptes : 30 % de ses actionnaires sont américains et les banques de ce pays financent 90 % de ses dix milliards d’investissements. Quid des parapétrolières CGG, Technip, Vallourec ? Eux aussi risquent de plier bagages.

Problèmes pour l’automobile…

Ce dilemme se pose aussi à l’automobile française : miser sur un pays de 80 millions d’habitants et au taux de croissance tonique (3,5 % l’an dernier, avec un PIB à de 426 milliards de dollars et un revenu per capita à 5252 dollars) ou ménager la première puissance mondiale ? PSA n’a pas vendu une seule auto aux Etats-Unis depuis 2011 ou Nissan, l’allié de Renault, pèse 9 % du marché. En Iran, l’alliance vise 300 000 autos annuelles et le lion un plus de 444 000 ventes. Toutes deux bénéficient d’une cote d’amour aussi forte qu’ancienne malgré un précédent départ vécu comme un camouflet par les Iraniens. Les équipementiers auto Valeo, Faurecia, Michelin, Plastic Omnium, etc. ont trop à perdre dans les sables persiques : ils travaillent aussi avec les marques américaines. Et se fournissent aussi outre-Atlantique.

L’industrie pharmaceutique et la construction impactées

Comme l’industrie pharmaceutique (Sanofi, Virbac, Boiron…), les secteurs des matériaux de base et des infrastructures alléchés par un pays où tout ou presque est à reconstruire ou bâtir : Saint-Gobain, Vicat, Lafarge-Holcim, Arkema, Solvay et les géants du BTP. La sanction vise directement les industries des métaux, tel Arcelor-Mittal.

Au bout du compte, le désengagement s’avérerait relativement indolore puisque leur activité sur place n’a pas vraiment eu le temps de monter en puissance. Pour Airbus, Safran, Thalès et consorts, il s’agit presque d’une bonne nouvelle : à court terme, l’annulation de leur premier contrat détendra des cadences de livraisons au bord de la surchauffe…
Reste Coface. Cela ne risque-t-il pas d’aboutir des créances irrécouvrables pour les clients de l’assureur-crédit ?