On finissait par le croire indestructible. Mais contre toute attente, Mariano Rajoy a été renversé par le Parlement espagnol, le 1er juin dernier. Après six ans au pouvoir, Le Premier ministre conservateur n’a pas résisté au scandale de corruption et de blanchiment d’argent qui éclabousse le Parti Populaire. Par un jeu de renversement d’alliances, la majorité parlementaire a porté à La Moncloa, le siège du gouvernement, son challenger socialiste, Pedro Sánchez avec seulement onze voix d’avance. Ce retournement intervient alors même que l‘Italie, qui jusque-là cristallisait toutes les craintes des marchés financiers, parvenait à constituer un gouvernement.

Situation complexe

Hormis une crise politique, les deux pays ne partagent rien. Davantage, la situation gouvernementale semble plus complexe de l’autre côté des Alpes. Là-bas, en effet, le nouveau gouvernement, alliance entre deux extrêmes, ne semble d’accord sur rien.

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Certes, à Madrid, Pedro Sánchez devra satisfaire sept partis, jongler entre les revendications séparatistes basques et catalanes et celles des partisans de l’unité nationale. Dans les deux états, la probabilité d’élections générales anticipées à brève échéance est élevée. Voire très élevée. Mais, sauf événement majeur, la situation devrait se décanter très vite en Espagne : Ciudadanos, parti de centre-droit, figure en tête des sondages. Tandis qu’en Italie, le M5S et le MSI resteraient dominants mais non majoritaires.

Contraste entre deux économies

Le contraste entre les deux économies est tout aussi saisissant. Bien sûr, les deux pays bénéficient d’une reprise depuis cinq ans. Mais elle est trois fois plus musclée en Espagne. Ainsi, de 2013 à l’an dernier, le PIB ibérique s’est apprécié de 11,6 %, soit 2,8’% par an. Contre 3,4 % sur la période en Italie, soit o,8 %. La balance penche également en faveur du Royaume à l’aune des finances publiques : outre un endettement maîtrisé (tandis que la dette italienne frôle les 130 % du PIB), le déficit budgétaire à fondu de 4,5 points contre seulement 1,4 points sur les quatre dernières années.

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Les marchés financiers ne s’y sont pas trompés et, au bout du compte, démontrent un discernement certain. Les spreads espagnols, ou taux souverains face aux taux allemands, n’ont pas vraiment évolués. Au contraire du yoyo observé sur les spreads transalpins. Tandis que le psychodrame autour de l’attribution du ministère des Finances déchirant les deux leaders de la ‘majorité’ parlementaire et la présidence de la République, ils culminaient à 314 points d’écart avec les taux à dix ans allemands, le mardi 30 mai. La tension n’est retombée qu’une fois adopté un compromis entre les partis, et un gouvernement annoncé : vendredi 1er juin, le différentiel italo-germanique retombant à 230 points, et même à 216 points le lundi 4 juin. Tandis que, dans le même temps, le différentiel germano-espagnol n’évoluait pas ou presque.

La conclusion s’impose d’elle-même : bien qu’allergiques aux incertitudes, les marchés peuvent faire preuve d’indulgence pour peu qu’elles concernent un pays sur la bonne voie.