L’histoire méconnue de Roche Bobois, cette réussite familiale qui entre en Bourse

Depuis les années 70, le groupe Roche Bobois investit sur son image d' »art de vivre à la française ». L’histoire de la marque, bien plus ancienne, n’a pas été un long fleuve tranquille.

Le canapé « Mah Jong » séduit sa clientèle depuis quarante ans, contribuant à la réussite de Roche Bobois, l’enseigne d’ameublement haut de gamme née du rapprochement de deux familles et qui va tenter l’aventure de la Bourse. L’histoire du groupe remonte au début du XXe siècle, à l’occasion d’une rencontre entre les familles Roche et Chouchan, comme le raconte Philippe Trétiack dans son livre « Roche Bobois, 50 ans de design ». 

A cette époque à Paris, l’établissement Roche, fondé en 1898 par le fils d’un marchand de bestiaux originaire de Dordogne, Fernand Roche, est en concurrence avec le grossiste de meubles « Au Beau Bois » ouvert en 1923 par Albert Chouchan, le fils d’un immigré biélorusse. Les deux grossistes se croisent régulièrement. Les affaires de Fernand Roche perdurent avec son fils Jacques, qui sauve l’entreprise de la faillite en 1936, puis avec ses petits-fils Philippe et François, qui reprennent les rênes en 1959. 

Albert Chouchan est quant à lui contraint de vendre son magasin en 1940, mais l’entrepreneur ne baisse pas les bras et reprend tout de zéro dès la fin de la guerre. Il intègre ses fils Patrick et Jean-Claude, qui prennent sa suite et font prendre un virage plus contemporain aux meubles de l’enseigne.

Les meubles scandinaves en catalyseur

C’est l’intérêt commun pour les meubles scandinaves apparaissant sur le marché européen au début des années soixante qui rapprochera les deux familles. En 1960, les établissements Roche et Beau Bois (Bobois par contraction) décident un mariage professionnel et ouvrent une boutique commune boulevard Saint-Germain à Paris. 

La nouvelle enseigne va importer les nouveautés du mobilier scandinave, alors que les pastiches de meubles de style dominent le marché français et qu’Ikea naît tout juste en Suède, en misant simultanément sur la publicité à une époque où celle-ci s’appelle encore « réclame  ».

Les premières collections Roche Bobois voient le jour en 1964, un succès qui permet à l’entreprise d’ouvrir dès 1965 son premier magasin hors de l’Hexagone, à Uccle en Belgique. 

Le groupe se fait peu de temps après une renommée mondiale avec la sortie de son canapé « Mah Jong » dessiné en 1971, qui avec ses mosaïques de coussins connaît un succès tel qu’il « a généré plus de 15 millions d’euros de chiffre d’affaires à lui seul depuis son lancement », a expliqué lundi le président du directoire de l’enseigne, Gilles Bonan, en présentant le projet d’entrée en Bourse.   

Sous l’impulsion de Philippe et François Roche, l’entreprise va profiter de l’attrait croissant des consommateurs pour les canapés en cuir en lançant la création de l’enseigne Cuir Center en 1976, représentant aujourd’hui près de 15% des activités du groupe. 

Roche Bobois se concentre sur les attentes des consommateurs

Le développement à l’international de Roche Bobois va se poursuivre avec l’ouverture en 1974 d’un premier magasin aux États-Unis, à New York. 

Le pari sera payant pour l’enseigne car d’après Gilles Bonan, les États-Unis représentent actuellement « le deuxième plus grand marché de Roche Bobois » avec « des revenus supérieurs au chiffre d’affaires réalisé en France ». 

Depuis les années 70, le groupe investit sur son image d' »art de vivre à la française » et s’immerge dans le domaine culturel, en collaborant avec plus d’une cinquantaine de designers et artistes parmi lesquels le styliste japonais Kenzo Takada, le couturier Jean-Paul Gaultier en 2010 ou l’architecte Jean Nouvel en 2016.  

Avec un « positionnement haut de gamme » qui « tend vers le luxe » à l’international, l’enseigne mise sur un « modèle de développement mixte, alliant franchises et magasins » affirme Gilles Bonan. 

Pour le président du directoire, la concentration de Roche Bobois sur un « rôle d’éditeur plus que de fabricant de mobilier » lui a permis de « ne pas être pénalisé par un outil industriel » et de se concentrer pleinement sur les attentes des consommateurs.  

En 2013, les familles fondatrices ont cédé 12% du capital du groupe au fonds d’investissement Tamburi Partners, constitué de grandes familles italiennes. 

Actuellement, les familles Roche et Chouchan détiennent au total 60% des parts. Le groupe de mobilier, qui a réalisé près de 250 millions d’euros de ventes en 2017, veut ouvrir son capital pour entamer « une nouvelle phase de développement ». 

La famille Chouchan va céder 7% de plus du capital, et restera propriétaire à hauteur de 16,6% contre 37% pour la famille Roche. 

Les deux familles resteront « liées par des pactes d’actionnaires » explique le président du directoire, qui tient bien à préserver « cette notion de pérennité » familiale considéré comme « un véritable atout pour échapper aux vicissitudes du court terme », et une façon de « rassurer les actionnaires ». 

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